Relire Virgile

Relire Virgile

Nous vous recommandons l’émission de France Culture du 30/11/2021, consacrée à Virgile.



La lecture de L’Énéide nous apprend à traverser une crise, à rester debout quand tout s’effondre. […] Ce livre nous apprend à trouver du sens dans la douleur et à rester debout avec dignité, et surtout à trouver un sens collectif à une tragédie.

L’Énéide et Énée nous apprennent la capacité, la force, la dignité qu’il faut pour traverser l’inéluctable, pour ne pas tomber, pour ne pas s’effondrer, pour ne pas céder, mais pour continuer à résister, à avancer, pour construire. Énée a son passé, sa vie entière, la ville de Troie perdue dans les flammes, il ne sait même pas comment arriver à Rome, mais il sait qu’il doit continuer. Il nous enseigne le sérieux, l’honneur, l’idée de la transmission. Il part pour construire, pour reconstruire un avenir pour son fils et après son fils, pour tout un peuple, jusqu’à nous.

La mort est le suprême scandale, mais pourtant on peut pas céder, il faut continuer.

Andrea Marcolongo

« Ô mes compagnons, leur dit-il, ce n’est pas d’aujourd’hui que nous connaissons le malheur : vous avez souffert de pires maux, et la Divinité mettra encore un terme à ceux-ci. Vous avez vu de près la rage de Scylla et ses écueils mugissants ; vous avez éprouvé ce que sont les rochers des Cyclopes. Rappelez votre courage ; congédiez la tristesse et la crainte. Peut-être un jour aurez-vous plaisir à vous souvenir même de ces épreuves. Un long chemin de hasards et de périls nous conduit vers le Latium où les destins nous montrent de tranquilles foyers. Là ils nous permettront de ressusciter le royaume de Troie. Tenez bon. Gardez-vous pour le temps du bonheur. »

Virgile, L’Énéide, Livre I, d’après la traduction André Bellessort.

Dans Les Géorgiques, Virgile attire notre attention sur les détails de la vie, de la création, avec beaucoup d’humour. Il détourne le grand projet de faire une sorte d’œuvre agronomique. Il y avait beaucoup de traités d’agronomie dans l’Antiquité, des textes consacrés à la res rustica. Il va s’en servir pour raconter une vision du monde et même une vision de l’Histoire. Dans ce texte, il parle philosophiquement de la mort, de la guerre, des guerres civiles, des cataclysmes, des tsunamis, des tempêtes, des épidémies. Il nous offre tout un panorama de l’existence humaine et historique.

En fait, tout ce livre est écrit pour dire :

Nec morti esse locum.
Les Géorgiques, Livre IV.

Il n’y a pas de lieu dans la mort. C’est là la déclaration de foi de ce livre. Le seul lieu est la Terre sur laquelle nous habitons.
Virgile remet au goût du jour la légende d’Orphée. Il montre ainsi la vanité, l’inanité d’aller chercher quelqu’un dans un royaume qui n’existe en fait pas. Le seul royaume, c’est le nôtre.

Virgile regarde la culture d’où l’empire romain est issu, la culture hellénistique. Il s’engage dans cette compétition avec la culture hellénistique. Il veut raconter un grand récit pour faire littérairement un acte de fondation. […] Cela pose la grande question de la traduction au sens large : il s’agit de traduire la culture qui nous a précédés, qui nous a portés, influencés, la retraduire dans notre propre langue, dans nos propres schémas, légendaires, mythologiques, littéraires pour faire quelque chose de neuf.

Frédéric Boyer

Pour écouter l’émission dont nous vous avons donné un aperçu :

https://www.franceculture.fr/emissions/sans-oser-le-demander/virgile-peut-il-nous-sauver


Pour approfondir :

  • L’Art de résister. Comment L’Énéide nous apprend à traverser une crise, Andrea Macolongo, Gallimard, 2021.
  • Le Souci de la terre, Nouvelle traduction des Géorgiques, Virgile et Frédéric Boyer, Gallimard, 2019

Visuels effectués d’après une illustration de Bartolomeo Pinelli

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