Pénélope – Prix de l’AFPEAH 2024

Pénélope – Prix de l’AFPEAH 2024

Si nous sommes très heureux de féliciter les talentueux lauréats de la 6e édition du Prix de L’AFPEAH (Jury adultes), nous tenons également à féliciter tous les candidats qui ont participé ! Certaines nouvelles ont remporté énormément de suffrages et ont suscité l’adhésion de nombreux membres du Jury. La synthèse que nous avons rédigée vous donnera un aperçu du plaisir que nous avons eu à découvrir des textes de si grande qualité !

Présentation de la 6e édition du Prix de l’AFPEAH

La sixième édition du Prix littéraire de l’AFPEAH a réuni près de 1000 participants venant de sept pays (Autriche, Angleterre, Belgique, Congo-Brazzaville, France, Pays-Bas et Suisse), d’établissements publics et privés, ainsi que d’établissements français à l’étranger, autour du personnage de Pénélope. Encouragés par leurs enseignants de lettres et de langues anciennes, collégiens et lycéens, individuellement ou par groupes, ont écrit une nouvelle proche ou éloignée du récit odysséen qui éclaire la personnalité et les actions de l’épouse du héros homérique. L’éloignement d’Ulysse et la béance laissée par son voyage ont mis en relief l’individualité de Pénélope, reine d’Ithaque.

Le texte homérique

Dans le texte homérique, Pénélope est l’archétype même de la fidélité, figure de résistance, de prudence et d’intelligence. C’est la femme modèle, affligée « d’un deuil sans mesure », celle qui en tous points s’oppose à Clytemnestre, l’épouse scélérate. Mère autant que femme, Pénélope a constamment le souci de son fils Télémaque. Figure exemplaire, apparemment secondaire, face à un Ulysse, vainqueur de cités et de monstres, Pénélope incarne aussi le pouvoir et la légitimité dans une société qui dysfonctionne. Elle est citadelle assiégée qui se replie à l’écart du chaos du monde, de sa violence et de ses déviances. Elle ne cède ni aux avances des multiples prétendants qui la tourmentent, ni elle n’assiste au massacre que commet Ulysse pour reprendre les rênes de son royaume, elle rappelle les traditions à ceux qui la courtisent sans en respecter les usages (XVIII, 275-280). Et lorsque c’est nécessaire, elle incarne la loi rappelant ainsi les règles de l’hospitalité qui sont dues à tous, y compris aux plus humbles (XVIII, 221-225). Elle tisse enfin une toile symbolique qui lui permet de gagner du temps et de différer des noces intolérables. Ionna Papadopoulou-Belmehdi rappelle d’ailleurs dans Le Chant de Pénélope que le tissage est toujours surdéterminé “par la figure d’Athéna, vierge tisserande dont la quenouille, tout comme la lance, exprime l’idée d’une virginité inviolable” (p. 22)

Cependant, le rôle de ce motif constitutif qui a évidemment maille à partir avec la maîtrise du temps puisque chaque nuit nie l’écoulement de chaque jour, est aussi à considérer dans le rapport que Pénélope entretient avec le pouvoir. Il n’est pas anodin que la toile constitue le linceul de Laërte le preux, l’ancien roi d’Ithaque, qui a préféré les marges de la campagne aux salles du palais, absent donc mais encore présent, d’autant plus présent qu’il est constamment question de son linceul interminable. En inscrivant son tissage dans un temps long, Pénélope semble ainsi avoir la possibilité de différer la mort d’une des figures clés du pouvoir à Ithaque. Ce faisant, elle permet aussi à Télémaque de grandir.

En résistant par ce tissage, elle impose également aux prétendants une autre version du schéma que les siens tentent de lui imposer : immobilisant le temps, elle interrompt les flux matériels et régaliens, elle nie la mort, elle fait exister l’absent, les absents. Alors que tous ont renoncé, Pénélope exhibant le vide, par le biais d’une toile funèbre qui n’en finit pas d’exister, rappelle qu’elle est la belle-fille de l’ancien roi, l’épouse d’un homme qui peut revenir et la mère d’un garçon qui peut remplacer son père à la tête d’Ithaque. De fait, le premier échange qui a lieu entre elle et un Télémaque, bien jeune encore et bien téméraire, est celui d’une apparente relégation :

« Rentre plutôt chez toi t’occuper des travaux qui t’incombent,
Le métier à tisser, la quenouille. Parler sera l’affaire des hommes,
surtout de moi, qui détiens le pouvoir dans cette demeure ». (I, 356-357)
[Notre édition de référence est, sauf de rares exceptions, la traduction de Philippe Brunet, éd. du Seuil]

Télémaque n’est pas prêt, il faudra toute l’ingéniosité de sa mère et de son père pour qu’il ne meure pas précocement. Pendant plus de trois années, la toile n’en finit pas de se faire et de se défaire comme les ondulations de la mer qui ont éloigné Ulysse de sa terre et des siens. Alors qu’Ithaque est ravagée par les prétendants qui pillent les récoltes et égorgent « d’innombrables moutons et bœufs cornus marche-torse » (IV, 320), Pénélope est la garante de la lignée et du pouvoir d’Ulysse. Celui-ci le sait bien puisqu’au fond des enfers il demande à l’âme d’Anticléia, sa mère :  

« De mon père, et du fils que j’ai laissé sur Ithaque
dis s’ils possèdent mon patrimoine, ou si un autre homme
les détient : Ulysse ne rentrera plus, doit-on dire.
De mon épouse enfin, dis-moi le cœur, dis-moi l’âme :
Est-elle auprès de mon fils, gardant sa maison de main ferme »  (XI, 174-178)

En reine affligée, mais déterminée, Pénélope a gardé « au creux de sa paume robuste » la belle clé d’airain qui conduit à la « dernière » chambre où se trouvent les trésors d’Ulysse. L’intimité de Pénélope ne peut se conquérir, elle procède d’une série d’emboîtements secrets et ordonnés. Son intimité est celle d’une reine qui franchit les seuils à elle seule réservés, qui gravit des escaliers, une échelle pour accéder aux coffres bien rangés qui contiennent des étoffes précieuses et l’arc qui permettra à Ulysse de reconquérir Ithaque. L’intimité de Pénélope est enfin celle du lit symbolique, axis mundi, autour duquel Ulysse érigea leur chambre, du lit bâti dans une souche d’olivier que nul jamais ne pourrait déplacer, emblème de la permanence et de la stabilité qui caractérisent les époques heureuses, figure de la racine, de l’ancre vers laquelle ne cesse de tendre Ulysse ballotté  « sur le dos immense de l’onde ». 
       
La Pénélope d’Homère incarne donc la rectitude et l’ordre qui siéent à une reine, elle surnage malgré le désordre du monde et offre une figure de femme providentielle, aux antipodes d’Hélène, la mal inspirée, qui suscita dix années de terrible guerre. Rien d’étonnant dès lors à ce que la discrète reine d’Ithaque soit au terme de l’Odyssée célébrée par le texte et les dieux :

« Pénélope, qui sut garder souvenance d’Ulysse,
Son époux ! jamais ne pourra s’éteindre la gloire
de sa vertu ; les dieux immortels feront un poème,
charme des hommes mortels, à Pénélope la sage » (XXIV, 195-198)

Le sujet proposé cette année impliquait de faire passer le personnage secondaire au premier plan du récit. Les élèves ont alors exploré les silences de Pénélope, ses apparitions fugaces, sa retenue prudente. Dans ces nouvelles qui déplacent la focalisation narrative sur le personnage féminin, Pénélope se révèle, son identité se pare de nouvelles expansions qui approfondissent ou reconfigurent le personnage homérique. Très poétiques pour une grande partie d’entre eux, ces récits nous disent aussi quelque chose de notre temps et de la place réservée aux femmes. Nombreux sont en effet les textes qui témoignent d’une réalité difficile : Pénélope devient de la sorte le porte-étendard des héroïnes du quotidien, de ces femmes seules, épuisées, de ces mères célibataires qui doivent accepter des emplois précaires, ou des tâches qui les dévorent et les vident de leur propre substance  comme dans “@Aumilruse”, certaines doivent continuer à protéger leurs enfants… D’autres se voient contraintes d’épouser un homme qu’elles n’ont pas choisi, d’où l’étonnante surdétermination du mythème des prétendants dans certaines réécritures. En fait, l’actualisation du personnage dans des univers contemporains transpose de manière judicieuse la servitude et la violence avec lesquelles l’épouse d’Ulysse doit composer. Tout comme son ancienne aïeule, la Pénélope 2024 doit encore se battre pour s’imposer : « Le maître s’est absenté, la femme dirige mais cela ne fait pas d’elle une maîtresse », écrit Clara Godard dans  “Lettres à un exilé.”

Il serait cependant réducteur de n’évoquer la richesse de ce corpus qu’en prenant en compte la dimension anthropologique des textes. Pénélope est en effet à considérer dans son rapport au temps, à l’espace et aux autres.

Si une majorité de nouvelles ont conservé les cadre et temps mythiques de la mer Ionienne, plusieurs représentent la lointaine Ithaque sous différentes latitudes et temporalités, tantôt fidèle à son écrin maritime de l’Antiquité, tantôt modernisée et dépaysée : sur les terres d’Aquitaine, aux temps des troubadours et de l’amour courtois, où Margaux attend son seigneur (« Sa majesté Margaux de Blaye ») ; chez La belle Hélène, célèbre maison de couture parisienne, travaille une stylistique talentueuse et réputée (« La folle histoire de Pénélope ») ; sur le plateau d’une émission de téléréalité, terrain de jeu favori d’une reine de la toile dans « @Aumilruse » ; en zone occupée par les Allemands, où Pénélope guette le retour d’Ulrich (« The Bloody Thread ») ; dans le Haut-Karabakh, sur une terre dévastée par les missiles et les obus (« L’odyssée d’Astrigh »);  au Vél d’Hiv où la rafle sépare brutalement le couple dans « Pénélope, la résistante » ; sur une île pénitentiaire au large de la Guadeloupe où officie le gardien de phare Clément Penelle dans « Des années de veille » ; enfin, sous la pluie londonienne et autour d’une table en bois d’olivier, où Penny attend patiemment son lieutenant anglais dans « Belle journée, n’est-ce pas ? ». 


Bien que souvent modernisé, voire désacralisé, le mythe ne perd pas l’un de ses axes symboliques majeurs : la représentation du temps et de la mémoire. Par son attente, Pénélope est un être du temps, du temps long. Dans la nouvelle « Pénélope ou les mailles du temps » l’anaphore « il reviendra » évoque l’espoir face à l’écoulement inexorable des « Heures, filles du Temps ailé » ; un état qui n’est d’ailleurs pas dénué de jouissance : « Je fais de mon attente un plaisir », dit-elle. L’attente est aussi l’espoir de l’accomplissement d’un désir, ce que la nouvelle « Lettres à un exilé » exprime par la belle formule « je t’espère ». La patience s’illustre aussi par les nombreuses images d’un horizon scruté, comme les premières lignes d’« Un retour inattendu », de « La Reine Elfe » et de « De fil en aiguille » : « De guerre lasse, la fidèle Pénélope s’était résolue à abandonner son métier à tisser […] Au matin du sept mille trois centièmes jour, la reine d’Ithaque versa tant de larmes que les Sirènes remarquèrent leur présence dans l’écume et alertèrent Ino ».  L’inscription du personnage dans un temps long est manifeste dans “La grande annonce de Perchépodepisse” où Pénélope devient une originale et déconcertante figure de sage : “Pénélope se sent terriblement fatiguée aujourd’hui. Elle est dans son lit majestueux fusionné à un olivier et elle tricote une couverture pour son futur troisième petit-enfant, qu’elle espère avoir le temps de connaître car quatre-vingt-quatre ans c’est déjà un bien bel âge. De ses beaux yeux bleus, Athénaïs suit attentivement les gestes appliqués et parfaits de sa grand-mère qui manie si bien les aiguilles.”
Le temps se mesure aussi à la métamorphose de la nature autour de Pénélope, pour le meilleur (l’épanouissement du rosier dans « Sa Majesté Margaux de Blaye ») et pour le pire, quand Ulysse foule la terre d’Ithaque recouverte d’une lèpre végétale,  à l’image de la sauvagerie des hommes qui l’ont corrompue dans « Le dernier acte de l’humanité ». Femme de mémoire, Pénélope entretient l’image d’Ulysse pour elle-même et pour son fils Télémaque. La fidélité conjugale se double d’une attention maternelle et protectrice. Dans « La Reine d’Ithaque », Pénélope prodigue des conseils à son fils : « tu es maintenant plus vieux que ton père quand il est parti pour Troie […] Tirésias et la Sibylle nous ont transmis leurs oracles […] Tu dois quitter Ithaque […] ». 

Le portrait psychologique de Pénélope s’enrichit également de traits physiques. Plusieurs nouvelles nous livrent une image autant réaliste que symbolique. Ainsi, dans « La Reine d’Ithaque », Pénélope « avait encore les cheveux noirs comme la nuit, mais sa peau brunie par le soleil n’avait plus le teint de la colombe, ce qui la rendait plus humaine, […] Elle avait des petits yeux marron, un nez aquilin et des lèvres rouge sang. Son long cou arborait une petite tache de rousseur. », une tache qu’elle partage avec Octavia, la nouvelle reine de l’île, à moins qu’elle ne signale l’ultime subterfuge de Pénélope qui cache à Télémaque sa décision de rester à Ithaque, ou bien qu’elle n’évoque l’oiseau à poitrine rousse de l’espèce Penelope pineata ou Penelope purpurascens, peut-être identique à l’ « oiseau de feu rougeoyant » qui s’envole à l’ouverture et à la clôture de « La Reine Elfe ».

Renouant avec  son passé de « jeune nymphe » (XI, 448) car elle est à nouveau “femme au seuil du mariage” [Ionna Papadopoulou-Belmehdi, 23] et à l’instar d’autres figures féminines telles Hélène, Calypso, Circé et les Naïades du sanctuaire des Nymphes (XIII, 104), Pénélope s’adonne aux travaux virginaux, elle tisse. Dans la nouvelle « La toile du destin », cet art est cependant moins associé à la ruse qu’à la trame du temps, qu’à l’entrelacement « des fils du passé, du présent et du futur », dans l’espoir de retarder le choix d’un époux et de renouer avec l’être disparu. Dans « Lettres à un exilé », la conscience du temps et l’art ne font qu’un : « J’ai le cœur endurant et les doigts agiles » écrit Pénélope. Les Moires, dont dépend le destin d’Ulysse, assaillent la jeune femme : « les trois petites vieilles chuchotent dans mes cauchemars » ; comme dans « Pénélope ou les mailles du temps » où « les Moires au divin fuseau menacent d’achever, à tout instant, le Destin de Laërte aux sages conseils ». La fluidité du geste manuel, la souplesse du fil sont comparables à l’eau et le tissage est une réminiscence de la houle qui a emporté Ulysse : « J’ai pris les fils les plus fins de la Grèce, ceux qui coulent entre mes doigts » ; « Le fil coulait entre ses paumes telle une rivière d’ivoire, brillant d’une lueur laiteuse qui semblait venir des filaments eux-mêmes ». Dans la nouvelle « Sans lui », l’attente se mesure aussi au refrain ponctuant le récit « Cela fait deux jours maintenant et cela commence à me peser » puis au décompte des sept mailles qu’il reste à tisser : « Sept / Je trouve que ce gris se marie bien avec ce vert d’eau / Six / Cinq / Quatre / Et si je reste prisonnière du temps à jamais ? / Trois / Deux ». Que tisse Pénélope dans ces réécritures ? Contrairement à l’épopée homérique qui ne mentionne pas de motif tissé sur le linceul de Laërte, quelques nouvelles ont suggéré de belles images poétiques mariant toujours le thème du temps à ceux de l’eau et du chant plaintif : est-ce Ulysse naviguant « sur des flots tumultueux, guidé par les étoiles scintillantes » comme le suggère la nouvelle « La toile du destin » ? Est-ce « le peuplier et le lac vert d’eau » de la nouvelle « Sans lui » ? Est-ce la carte du ciel rappelant le tissage diurne et l’effilage nocturne ? Est-ce le chant de Pénélope lui-même, par une subtile forme de mise en abyme : « De fil en aiguille, je tisse et je tresse / Les tristes souvenirs de mon histoire / Qui prennent la couleur d’un au revoir / Et la saveur amère de la vieillesse. » (« De fil en aiguille ».)

L’impatience et l’expérience de l’attente attisent des pensées jalouses. Dans la plupart des nouvelles reçues, Pénélope gagne en complexité, nous avons accès à ses pensées torturées, à son inquiétude, la discrète de l’Odyssée se révèle dans les récits qui lui sont consacrés, à l’image du personnage des Héroïdes d’Ovide. Dans « Pénélope ou les mailles du temps », deux autres figures allégoriques se joignent aux Heures pour tourmenter la jeune femme : « Famine la pernicieuse » et « Misère au visage balafré ». Pénélope est aussi en proie au doute sur la fidélité d’Ulysse. Dans « Lettre à Calypso », elle unit son destin à celui de sa rivale, dans un questionnement touchant et empreint de compassion  : « Est-ce ainsi que tu passes tes jours, Calypso ? As-tu toi aussi usé ton regard vers l’horizon dans l’espoir de voir s’y dessiner un navire, n’importe lequel ? […] Je pense souvent à toi ces derniers temps. T’a-t-il aimée ? ». Les premières lignes de la nouvelle « Penelope nunc sum » brossent le portrait d’une femme rongée par la jalousie : « Nous l’attendions si patiemment, si tendrement ce perfide, alors qu’il se prélassait dans les bras d’immortelles ! ». Le désespoir peut aussi ronger Pénélope à l’instar de l’héroïne d’Homère qui ne cesse de pleurer dans le secret de sa chambre et qui implore Artémis de la faire disparaître (XX-60-62; 79-82). L’héroïne de « Trop tard » accumule les dettes, ne peut plus payer son loyer, prend des anti-dépresseurs avant de se ressaisir. Dans « Pages d’une vie : Pénélope, entre absence et succès », la jeune femme doit, sans nouvelles d’Ulysse, s’occuper de son bébé, gérer ses partiels, ses révisions, et prend elle aussi des anti-dépresseurs. Dans « L’être perdu  » Pénélope envisage le suicide, « elle n’autorisait qu’elle à se voir telle qu’elle était : une coquille vide, fissurée, vide par un manque constant impossible à expliquer et fissurée par les épreuves douloureuses de la vie »; dans « Trahison », Pénélope prend le dernier fil qu’il lui reste et se pend lorsqu’elle découvre l’infidélité de son époux….

A rebours de la représentation traditionnelle d’une Pénélope passive, de nombreux textes brossent le portrait d’une femme active et déterminée auquel le récit confère certains des motifs prêtés d’ordinaire à Ulysse. Ainsi, l’attente se mue en action quand Pénélope veut retrouver Ulysse à tout prix ou le sortir de sa captivité. Dans la « Pénélepopée », elle embarque déguisée et refait, en accéléré, le trajet de son époux. Dans « De fil en aiguille », malgré les geignements du chien Argos, Pénélope prend l’apparence d’un vieux pêcheur à la barbe drue, tisse des filets et prend la mer. « L’odyssée de Pénélope », selon le titre d’une nouvelle, la conduit, avec Télémaque, jusqu’au royaume d’Hadès.
La mêtis, le plus souvent masculine dans l’épopée, est également l’apanage de Pénélope, épouse aux mille tours, quand elle se trouve assaillie par une horde de prétendants. Leur morgue incite Pénélope à agir, elle qui « sait enrouler les ruses en pelote » selon le vers d’Homère (XIX, 137). Les cent huit soupirants de l’épopée prennent les visages de Seigneurs d’Aquitaine, d’officiers allemands, d’ « aristocrates magnifiques avachis sur des lits majestueux » (« Penelope nunc sum »), d’une « masse d’êtres sauvages » (« Pénélope ou les mailles du temps »), d’elfes nains, d’abonnés du site de rencontre Philéros (« L’énigme de la mer »).
Dans une excellente satire du milieu des influenceuses, le mythème est détourné, la mêtis sert à assujettir autrui : « la Madone Aumilruse » réutilise de manière cynique les aventures d’Ulysse pour gagner de plus en plus d’argent, elle met en scène la vacuité de son existence dans la même perspective. Forte de son aura médiatique, Pénélope, l’influenceuse d’« @Aumilruse », menace son audience : « Mes pulsions se joueront de vos pulsions. Je tisserai, déchirerai, arracherai la toile de vos téléphones, je soulèverai la coque de vos cerveaux pour boire vos âmes ». Véritable reine des réseaux sociaux, adulée par un flot de fans, elle jouit d’une popularité grandissante et affiche un orgueil insolent : « La toile m’appartient […] Plus mes publications brûlent de virulence, plus les vues s’enflamment. Il faut violenter pour réussir » clame-t-elle dans l’interview de la nouvelle « @Aumilruse ». L’intelligence est mise désormais au service de l’artifice, de la superficialité dans un rapport à l’autre qui ne vise qu’à l’annihiler.
Celle que les vers d’Homère qualifient de « fourbe » par la voix d’Antinoos est d’une adresse sans égale dans les travaux qu’elle entreprend pour garder sa dignité ou parvenir à ses fins : elle fait construire un palais aux hautes tours dans « Sa Majesté Margaux de Blaye », elle retrouve Ulysse dans un repaire ennemi grâce à la même ruse que son époux « Je me nomme Personne ».  Dans « Rébellion d’une IA », P.E.N.E.L.O.P.E est le nom d’une intelligence artificielle à grand succès jusqu’à ce que son destin la lie à Ulyxar, une autre intelligence. Après une rupture dans leur fonctionnement, les deux programmes finissent par se retrouver au prix d’une mise à jour. Dans la même veine moderniste, Pénélope, reine de la toile, tisse des liens, des influences.


Le titre latin de la nouvelle « Penelope nunc sum » fait bien écho à la détermination et à  l’émancipation toujours accrue du personnage féminin  : « Comportons-nous en reine, et non en femme ! ». Gagnée par l’enthousiasme de Médée, Pénélope revêt les qualités de son époux « Je me sens poussée d’un souffle impétueux ! Je monte, je monte et jamais ne m’arrête : je suis une force qui va. Ici commence l’odyssée de Pénélope ». En contrepoint de l’extrait de L’Odyssée en exergue de la nouvelle (« Reprends tes travaux accoutumés, la toile et le fuseau. Le soin de parler appartient aux hommes »), Pénélope incarne la révolte au point d’être comparée à une amazone. De retour sur la plage d’où est partie la flotte d’Ulysse, Pénélope perçoit l’invitation d’une dryade à garder sa souveraineté et à ne pas céder à l’armée de nains qui l’assaille : « il était temps de se reprendre et de montrer au reste du monde que la Reine Elfe était toujours là et que son trône n’était pas à vendre. » (« La Reine Elfe »). Une phrase de « La Reine d’Ithaque »  sonne comme un véritable mot d’ordre : « le règne des hommes n’avait apporté que la guerre et la mort, et […] maintenant une nouvelle ère commen[çait], celle des femmes ». Dans cette intéressante nouvelle à chute, la reine est assez proche du personnage d’Homère dans la mesure où elle résiste avec détermination et s’impose comme reine et figure du pouvoir. Elle ose même affronter les dieux et échapper au destin que ces derniers lui avaient réservé pour garantir l’ordre et la paix à Ithaque. Dans « Le Stratagème inversé » la pugnacité du personnage féminin trouve son origine dans sa vision positive de l’existence. Alors que le monde sombre dans l’horreur de la guerre, ses certitudes vacillent un instant, mais elle se ressaisit, elle donne le change à son entourage : le linceul de Laërte se mue en faux préparatifs de funérailles. Pénélope refuse de croire à la mort de son époux. Mais ce ne sont là qu’expédients dérisoires, la jeune femme décide de retrouver Ulysse envers et contre tout : « Elle se fraya un chemin à travers des paysages dévastés, bravant les dangers de la guerre avec une détermination inébranlable. Les rencontres avec d’autres résistants, des alliés inattendus, devinrent les étoiles qui guidaient son chemin obscur.

Le tissage qui se voulait instrument d’une libération  se mue en piège,  Pénélope endosse alors le destin d’une autre tisseuse et rivale d’Athéna : « Je me sens prise au piège, empêtrée dans la toile d’Arachné » (« Pénélope ou les mailles du temps »). Loin du modèle de constance et d’abnégation et fidèle à l’étymologie de son nom, « celle qui déchire la toile », Pénélope prend les traits d’une révoltée. Les dernières lignes de la nouvelle « Pénélope ou les mailles du temps » nous plongent au cœur d’une crise profonde de persécution et d’anéantissement. Pénélope est assiégée par les démons de la patience. Le spectacle de rage culmine dans un ultime cri de lucidité : « Je suis Pénélope d’Ithaque et je n’attends plus ». La révolte se mue en vengeance meurtrière dans « La Reine d’Ithaque » où le monologue de l’héroïne se clôt sur une scène glaçante : « La laine imbibée du sang d’Ulysse passait et repassait sur la trame ».

A rebours de la violence de certaines scènes et de l’infléchissement négatif de la figure de Pénélope, plusieurs nouvelles célèbrent l’intensité des retrouvailles du couple. Les dernières lignes de « The bloody thread » peignent le couple en filant la métaphore du tissage : « Nous étions comme des funambules sur un fil d’or ensanglanté, des brebis innocentes, ignorant toute notion de souffrance. Nous marchions sur le fil de toutes les guerres et au-dessus de la peine du monde, voyant seulement le fil d’or, maintenant que la vie nous avait à nouveau solidement unis.» La scène de reconnaissance de la nouvelle « De fil en aiguille » est annoncée par un refrain entonné par Pénélope et par le flair d’Argos qui émeut tant son maître que Nausicaa en est tout attendrie. Plusieurs nouvelles ont mentionné l’olivier, de manière prosaïque, comme le matériau du tabouret de la tisseuse Pénélope (« Sans lui ») et celui de la table lisse d’un café ( « Belle journée, n’est-ce pas ? ») ; mais également de manière poétique, en référence au chant homérique. En effet, jouant un rôle clé dans l’ultime scène de reconnaissance de l’Odyssée, l’ « olivier longues-branches », consacré à Athéna, déploie déjà son ombre et protège le sommeil d’Ulysse à son retour au port d’Ithaque (XIII, 102), non loin du sanctuaire des Nymphes tisseuses. Son caractère monumental est célébré dans « Le dernier acte de l’humanité » :  « un olivier majestueux s’étend jusqu’aux cieux, touche les étoiles de ses feuilles et donne refuge à l’éclat des étoiles […] Alors que je le croyais mort, il a repris de la vigueur et s’est développé pour atteindre le cosmos ». La résistance de son bois (dont est issu l’outil offert par Athéna à Ulysse au chant V), l’entrelacement de ses branches à la manière des fils du tissage, la profondeur de ses racines en font l’arbre de l’union, du couple enfin réuni et de la mémoire de l’île, dont le symbole matériel est la couche nuptiale que Pénélope et Ulysse ont conçue à quatre mains dans « La Pénélepopée » : « Tu l’avais fabriqué tout seul ; à l’intérieur de l’enceinte poussait un olivier au feuillage léger, un arbre vigoureux, luxuriant, épais comme un pilier. Autour de lui, tu as construit la chambre, tu y as fixé les portes bien jointoyées, puis tu as scié le fût à la racine et je l’ai poli à la râpe de bronze.» 

Ainsi, le pied d’olivier enraciné dans le sol d’Ithaque symbolise le caractère intemporel du mythe de Pénélope sur la trame de laquelle collégiens et lycéens ont brodé leurs nouvelles. La parenté étymologique des mots « texte », « textile » et « tissu » nous rappelle combien l’art de l’écriture nous livre des images et nourrit notre imaginaire. La toile de cette sixième édition est un très bel ouvrage que nous vous invitons à découvrir à travers les nouvelles primées : ex-pli-quez-le, défaites les plis pour y découvrir sa trame, ses motifs, et le subtil travail de tissage des mots ! 

                             « Sa Majesté, Margaux de Blaye », Prix de l’AFPEAH 2024, niveau collège


Les membres du jury ont particulièrement apprécié le rythme de la narration, le caractère très visuel et des pauses descriptives ainsi que la richesse de l’arrière-plan historique de « Sa Majesté, Margaux de Blaye », une fiction datée de 1456, trois ans après la fin de la Guerre de Cent ans. 

En outre, le récit fait plaisamment alterner vocabulaire oral et termes désuets, il distille adroitement les motifs médiévaux de l’amour courtois dans une seigneurie d’Aquitaine (la rose et ses symboles, le tournoi, le rival en amour), dans un style déjà très alerte ainsi qu’en témoignent également l’usage de la ponctuation et l’ordre des mots :

« Charles de Blaye qui aimait bien guerroyer, prit un jour une décision capitale : il allait bouter les Anglais hors de Guyenne. Il leva une armée de cent cavaliers équipés d’une armure blanche et montés sur cent chevaux noirs et il partit, laissant derrière lui la cité de Blaye, mais aussi sa femme à qui il confia la citadelle pendant son absence. Mais dix ans plus tard, quand la guerre fut enfin terminée, Charles de Blaye n’était pas revenu. On attendit… en vain».

Offrant une reconstitution efficace de l’atmosphère médiévale où de mystérieux chevaliers apparaissent comme par enchantement et où des superstitions alimentent toutes les rumeurs, le récit renouvelle avec humour et intelligence la figure de Pénélope qui se mue en châtelaine insolente, un peu frivole et néanmoins déterminée. Il en est de même pour les épreuves évoquées : tantôt saugrenues et amusantes, tantôt en accord avec l’époque, elles font alterner petites malversations quotidiennes s’apparentant à une forme de vandalisme et « duel judiciaire ». Cette réécriture se lit sans inquiétude. Ainsi, les moments de tensions sont désamorcés par la vivacité du texte et le caractère incisif des portraits. Lorsque les prétendants décident de mettre un terme aux tergiversations de l’héroïne, le lieu choisi et la jeune femme croquée dans une pose convenue font sourire :

« Tous les Seigneurs d’Aquitaine avaient été réunis en urgence sur une colline des environs et, le lendemain, quand Margaux arriva, elle chercha immédiatement à tous les identifier.  Le Duc prit la parole en premier pour exposer la situation et expliquer que ce lieu propice à l’observation lointaine avait été choisi pour vérifier une dernière fois que Charles de Blaye n’était pas en vue et pour acter sa mort définitive. Tout le monde approuva la démarche et le moment du verdict arriva. Margaux était assise, mélancolique, la tête penchée reposant sur sa main droite qui soutenait son front. »

La qualité de l’écriture, les détails choisis avec soin et l’humour de cette nouvelle rafraîchissante où les prétendants sont métamorphosés en cactus lui ont permis de se distinguer d’autres récits tout aussi intéressants, parfois plus profonds, mais moins homogènes, ou moins originaux.


« Des Années de veille  », Prix Spécial de l’AFPEAH, niveau lycée



Le jury a le grand plaisir d’accorder à titre exceptionnel un Prix Spécial à « Des Années de veille »

Yann Smith a fait le choix de l’originalité, voire de l’audace dans sa réécriture du mythe : sa nouvelle est un joyau de concision et un modèle de transposition littéraire. Quel rapport avec Pénélope puisqu’au centre du récit figure un gardien de phare, Clément Penelle, ancien grognard fidèle à l’Empereur ? L’altération fictionnelle est manifeste. De l’hypotexte homérique, il reste cependant beaucoup, mais tout est si habilement distillé. 

Les choix onomastiques sont judicieux. Le patronyme Penelle est phonétiquement proche du nom de l’épouse d’Ulysse, son visiteur épisodique et ancien aide de camp s’appelle Eumée comme le porcher qui aide Ulysse et Pénélope.

L’évocation d’un décor maritime est habile, les îles de la Petite Terre et son horizon en camaïeu de bleus forment la toile de fond d’une lointaine et exotique Ithaque, tandis que le phare fait songer à la chambre haute de Pénélope.

En fait, le récit de Yann Smith est exceptionnel parce qu’il entrelace les motifs de manière subtile comme l’on entrelacerait des fils. Bien sûr, la tapisserie que le reclus brode et défait dans la solitude de sa tour évoque le linceul de Laërte. Cachée par un épais drap blanc, elle contient le cœur du gardien, son intimité secrète : le cadeau qu’il destine à l’Empereur, une offrande sans cesse recommencée, car il des fidélités qui se conjuguent avec l’idée d’un dépassement de soi et d’une exigence à travailler chaque jour. C’est là, une des qualités les plus grandes de cette magnifique nouvelle : l’auteur nous offre comme Homère une déclinaison de la fidélité, cette vertu qui oblitère l’être engagé dans la voie de l’ascèse et de l’abnégation. Etre fidèle, c’est avoir foi en l’autre au point de lui vouer son existence, certes, mais c’est aussi avoir foi en l’autre parce qu’il nous révèle à nous-même :

« En s’endormant, il repensa aux campagnes épiques qu’il avait menées dans le temps, à l’Empereur et à la maison Bonaparte, à la charge des cuirassiers et à celle des dragons, à la grenaille et à l’enivrante odeur de la poudre brûlée qu’il avait tant aimée. »

Comment ne pas lire dans cet extrait la nostalgie du vieux Chabert, Comte d’Empire, dans la nouvelle éponyme de Balzac ? Dans cette déclinaison du mythe, les influences s’entrecroisent en effet, la nouvelle rappelle non plus seulement Homère, mais Musset et sa Confession d’un enfant du siècle. Lumière symbolique dans un siècle qui se cherche, le phare de Penelle, illumine la mer, cette immensité sans bornes manifestes qui ravit Ulysse à Pénélope et l’Empereur au reste du monde. Le clair obscur qui marque l’atmosphère du récit évoque les lumières et les ombres de la geste napoléonienne et de toute l’histoire du XIXè siècle. L’actualisation de cette étrange figure de Pénélope a elle aussi, maille à partir avec l’Histoire des hommes, avec le pouvoir, la guerre et la paix. Mais si la femme d’Ulysse arrivait symboliquement à maintenir Laërte en vie en ne terminant jamais son linceul, l’Empereur est mort et avec lui, le souffle héroïque qui avait conduit des hommes à livrer bataille au reste du monde pour diffuser les idées de la Révolution. Si Ulysse et la paix reviennent à Ithaque célébrant ainsi le triomphe de la discrète et patiente Pénélope, Penelle s’égare dans une fidélité inféconde. La reconfiguration du personnage éclaire dans ce récit la faillite des idéaux et le caractère finalement dérisoire de l’action individuelle. Penelle s’abîme dans ses rêves héroïques, dans une nostalgie  vaine.

Le Jury a également choisi de récompenser ce récit étonnant car il est porté par une langue magnifique, nourrie de détails précis, renvoyant non seulement à un arrière-plan historique clairement énoncé, mais également à un quotidien ancré dans une autre temporalité. Les objets et les sensations sont restitués avec rigueur sans mot superflu dans une langue poétique et resserrée. L’humilité d’un être se lit à chaque ligne de cette geste singulière :

« La nuit était maintenant tout à fait noire. La fumée émanant de la pipe en écume de Clément y faisait des tâches grises, qui rapidement se dissipaient sous la brise légère. Le sable fin des longues plages de l’île sur lequel le gardien finissait sa pipe avait perdu toute la chaleur du jour. Il était désormais plus que temps d’allumer le phare. Clément monta donc les quelques quatre-vingts marches, entra dans la lanterne, alluma la lampe à huile, et la lentille de Fresnel commença à illuminer la mer des Caraïbes. »

« Lettres à un exilé », Prix de l’AFPEAH 2024, niveau lycée

De toutes les nouvelles reçues, celle de Clara Godard explore le plus la complexité et les contradictions d’un personnage proche à certains égards de la lucide Pénélope des Héroïdes d’Ovide. Elle est en effet tenaillée par un sentiment de révolte qui la conduit à s’interroger avec une grande acuité sur sa propre existence, une existence qui se défait chaque jour davantage alors qu’elle est impuissante à agir sur le cours de sa vie. La Pénélope d’Homère pleure constamment, celle-ci nous livre ses pensées. 

Composé de cinq lettres d’une grande intensité, l’ensemble a profondément ému les jurés adultes et adolescents. Pénélope l’épistolière s’y livre à une véritable joute avec l’absent et dévoile toutes les douleurs qui l’assaillent. 

Tout d’abord, le poids du temps que le tissage du suaire “Odysseus”  ne parvient pas à conjurer, puisqu’aux “fils les plus fins de la Grèce” se croisent ceux de sa souffrance et “le bruit de la navette de bois [qui lui] martèle le crâne.” Puis la menace masculine des « rapaces » semant le trouble au palais, tout comme l’érosion de son autorité maternelle, qui l’éloigne peu à peu de Télémaque.

Son désir de revoir Odysseus, exprimé par la belle formule « Je t’espère » et par la poésie de “A-t-il bien navigué mon amour ?”, se heurte au doute sur la fidélité du marin. Certaines phrases sont d’une ironie et d’une lucidité mordantes : « Profite du voyage Ulysse, profite du vin et des femmes, profite de la liberté que t’offre cette guerre loin de l’aride Ithaque […] Je suis furieuse, je sais que tu m’aimes et quelquefois c’est réciproque. […] J’ai plus besoin de toi que tu n’as besoin de moi. » 

La douleur la meurtrit dans sa chair et dans sa sexualité. L’absence exacerbe son désir : “Je cherche ta trace dans le lit mais le vide froid me jette encore plus dans ton absence. La nuit est cruelle pour ceux qui attendent. J’espère ton souffle, j’espère tes mains, tes yeux, ta peau, tes mots. Je n’en dis pas plus, ce serait irrévérencieux.” En effet, Pénélope suffoque et s’enflamme : “Je n’arrive plus à raisonner sous cette nuit de plomb […] La chaleur colle à mes tempes”. L’île devient le théâtre d’un malaise que le spectacle de la nature redouble : “Si tu savais combien je hais cette eau, combien je hais ces vagues, ce vent qui rythment l’attente.”. La guerre qui se joue à Troie fait écho aux tourments de son âme : “on finit notre existence dans une mare de sang à la nage”. 

Dans un style mêlant poésie et violence, Clara Godard peint une héroïne pugnace qui ne renonce à rien pour maintenir son pouvoir dans un monde dominé par les hommes. L’injonction de Laërte “Il faut sauver le palais […] Le palais a besoin d’un homme” est réfutée de manière cinglante par Pénélope “Ce n’est pas le palais qui a besoin d’un homme, c’est moi”. Pourtant, à l’orgueil affiché par Pénélope “Je suis intelligente. Je suis ta femme après tout” succède la reconnaissance d’une hybris aux accents tragiques “La vie est rude sous le ciel des dieux […] J’ai trop pris goût au pouvoir”. 

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Synthèse rédigée par Annabelle Presa et Tatiana Antolini-Dumas


Nouvelles ayant obtenu des points :
[Un nombre important de nouvelles a été écarté, faute de lien avec le sujet]
NB : Il est arrivé que certaines nouvelles portent le même titre, dans ce cas, nous avons donné les premiers mots du texte.

Niveau collège

Absence et attente   1
Continuer      3
De fil en aiguille       52
Didier Departdegateau       1
Elixir d’amour          3
En attente de toi #342b     12
Fille ou garçon?        2
L’ Odyssée d’Astrigh           7
L’énigme de la mer  17
L’épopée d’Aventura          6
L’épopée de Pénélope (Pénélope, reine d’Ithaque tissait sa toile)     15
L’escapade    6
L’être perdu             10
L’heure du choix      15
L’Odyssée de Pénélope (Dans un univers)          17
La Folle histoire de Pénélope         8
La grande annonce de Perchépodepisse 103
La Lapiventure         3
La main de Pénélope          11
La malédiction          8
La mort de Pénélope           3
La Pénélépopée       6
La reine d’Ithaque   74
La Rencontre entre Pénélope et Ulysse   9
La Romance  2
La ruse d’éléanor     8
La solitude de Pénélope     2
La solitude de Pénélope (aujourd’hui)    2
La Stratège pacifiste            15
La toile du destin     189
La tragique histoire de Pénélope  1
Le Contrat dissimulé           8
Le Crépuscule          15
Le Mythomag – Pénélope, la disparue d’Ithaque           4
Le récit de la servante        4
Le Royaume de Pénélope   6
Le Soir de trop         3
Le sourire de ma mère       4
Le Stratagème inversé        92
Le Tableau d’Ithaque         11
Le trésor enfoui d’Ithaque 3
Les héros de Pénélope        6
Les péripéties de Pénélope     5
Les Retrouvailles      5
Les Ruses de Pénélope       2
Ma fantastique histoire      3
Maudite         5
Merci mon fils          1
Mortel désespoir      2
Pages d’une vie : Pénélope entre absence et succès     9
Par amour     1
Pénélope       4
Pénélope – la colombe         4
Pénélope (Il était une fois)   4
Pénélope (je m’appelle)     1
Pénélope (Sur la péninsule)          5
Pénélope (Ithaque-La Reine Pénélope)   8
Pénélope 2050        6
Pénélope à la recherche d’Ulysse 2
Pénélope au 21e siècle       2
Pénélope dans l’espace      10
Pénélope et l’histoire de Poudlard     6
Pénélope et le retour hanté       3
Pénélope et le tissage         9
Pénélope et les GI.   3
Pénélope, la chance d’une vie       9
Pénélope, la Parisienne      69
Peripéteia     5
Philaé et Ulyss      5
Réécriture du mythe de Pénélope            8
Sa majesté Margaux de Blaye        200
Sans lui          114
Sous les étoiles     7
The bloody thread  98
Toujours y croire     1
Trahison (Depuis vingt ans)          4
Trop tard…   16
Une petite fille modèle       3

Niveau lycée

@Aumilruse          83
Aquarium      5
Au-delà de l’attente 5
Belle journée, n’est-ce pas?   62
Bip      5
C’était trop tard.       10
Chambre close          11
Correspondance à sens unique     13
Cuba aut Fatum       5
Déchéance     13
Dernière missive      11
Des années de veille  158
Des liens tissés         11
Hora veritatis                  9
Hors du tissu          55
Intrigue à Paris        2
Journal de bord        11
Juste un fil     8
L’Odyssée de Néosis              3
L’Odyssée de Pénélope (Si vous lisez cette lettre)   8
L’Odyssée mythic     13
La bataille pour la science  18
La divine marionnette         11
La fin de l’attente     14
La nouvelle… Pénélope       9
Là où le temps est meilleur            3
La Promesse  10
La reine d’Ithaque  82
La reine Elfe             70
La vendetta de Pénélope    8
Le dernier acte de l’humanité     72
Le Manque    7
Le mort vivant          6
Le Pari des dieux     8
Le Projet de Pénélope         2
Le retour inattendu   73
Le Tri de l’espoir      10
Le triste périple        6
Les roses de la pause          12
Les temps de l’attente         19
Lettre à Calypso     99
Lettres à un exilé    195

Mère et femme         3
On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs 7
Opération S.I.G.U      6
Pénélope (au MXIIIème)    3
Pénélope (Le jour se lève)  7
Pénélope la résistante.        10
Pénélope nunc sum           100
Pénélope ou les mailles du temps         109

Pénélope, la reine qui attendait son roi avec impatience     6
Pour les beaux yeux de Ptoligorthès      8
Prophétie      10
Rébellion d’une IA   16
Retour vers le futur 18
Tu n’étais pas là       6
Un châtiment éternel     8
Un match historique.     3

One thought on “Pénélope – Prix de l’AFPEAH 2024

  1. Encore une synthèse de haut vol! Bravo à toutes les deux.
    Plaisir de se replonger dans le vaste corpus des nouvelles que nous avons dû écarter si difficilement.
    Après Homère, Ovide et M Atwood, le visage de Pénélope aura trouvé en 2024 sa plus riche fontaine de jouvence.

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