L’obsession de la perfection : corps & réseaux sociaux

L’obsession de la perfection : corps & réseaux sociaux

Quand le « corps charnel s’absente au profit d’un corps-image mis en scène par la vidéo ou la photographie. » A. Gozlan

« L’idéalisation du corps sur les réseaux sociaux met en danger les ados » (extraits)

« La procureure générale du Massachusetts, Maura Healey, avait déjà tiré la sonnette d’alarme lors d’enquêtes antérieures : selon la magistrate, « l’utilisation d’Instagram est associée à des risques accrus de dommages à la santé physique et mentale des jeunes, notamment de dépression, de troubles de l’alimentation et même de suicide ».

« Huit Etats américains ont lancé en mars 2022 une enquête sur Tik Tok, une application qui héberge des vidéos musicales courtes suivies par plus d’un milliard d’utilisateurs. Outre-Atlantique, les autorités reprochent à ce réseau social de créer une dépendance des jeunes à ces vidéos, mettant en danger leur santé mentale. »

« Michaël Stora [Réseaux (a)sociaux : découvrez le côté obscur des algorythmes, Larousse, 2021] confirme : « A une période de mutations telle que l’adolescence, où la fragilité est normale, l’idéalisation du corps sur les réseaux sociaux est dangereuse. » Le corps n’est plus simplement une apparence mais devient un statut quasi existentiel. Aujourd’hui, celles qui font le plus appel à la médecine et à la chirurgie esthétiques ne sont pas les femmes de plus de 50 ans, mais celles âgées de 18 à 30 ans. Cette « dysmorphie sociétale », selon le psychologue, caractérisée par l’obsession sur une partie du visage ou du corps, est renforcée par les filtres photos, des outils qui permettent de modifier les traits du visage en affinant le nez, en agrandissant la taille de la bouche, et en ajoutant des taches de rousseur. »

Référence :
Article de Margot Favier in Le Journal du Centre Nièvre – jeudi 1 septembre 2022

« Réseau, mon beau réseau social, influence-moi ! »

Nous vous recommandons l’excellent article d’Angélique Gozlan, « Réseau, mon beau réseau social, influence-moi ! », in Adolescence, 2022/2, (T.40, n°2), p. 403-416


« Les influenceurs ont émergé avec l’expansion des réseaux sociaux. La définition de ce qu’est un influenceur est marketing, c’est un individu qui, par son pouvoir médiatique, sa position dans les réseaux sociaux, opère une influence sur sa communauté, notamment sur les habitudes de consommation. C’est comme cela que les influenceurs font du placement de produits dans leurs publications quotidiennes : la dernière crème de visage miracle, les dernières chaussures « stylées », l’eyeliner facilement applicable, etc. Mais ils peuvent aussi être lanceur d’opinions, de modes vestimentaires ou physiques (le « thigh gap », les fessiers proéminents avec une taille de guêpe).

Les adolescents en quête identitaire suivent nombre d’influenceurs. Ces derniers prennent alors une fonction de meneur autour duquel se rassemble la communauté virtuelle. Il existe une identification spéculaire narcissique des jeunes à cet influenceur qui se révèle à travers le fameux « j’aimerais ressembler à ». Les RSN offrent d’ailleurs de nombreuses fonctionnalités pour créer une image-corps inspirée de l’influence marketing : enregistrement de posts, filtres, vente de produits… Un des passe-temps contemporains est celui de scroller les images des fils d’actualité. Ce scroll hypnotise l’œil et anesthésie la pensée. »

Angélique Gozlan évoque ensuite le cas de plusieurs adolescents et analyse avec précision le rôle joué par les influenceurs.

Ainsi, Rose « commence une collecte d’images et de profils sur Internet, de femmes belles, toutes maigres ou minces, qui sont reconnues et aimées des autres (elle déduit ceci du nombre d’amis, de followers). Elle s’abonne à nombre d’« influenceuses », toutes prônant un corps « fitness », une alimentation « healthy ». Elle fait défiler le soir avant de se coucher ces profils Instagram. « Je me disais qu’elles étaient belles et que si je faisais ça ( ?), si je les regardais, si je les prenais comme modèles, je deviendrais comme elles », « Elles sont devenues un idéal. Je me disais que si elles étaient connues, c’est parce qu’elles étaient belles et maigres ». Petit à petit, se profile l’idée de « faire comme elles », pour « devenir comme elles ». 

Vous pourrez lire l’article que nous vous recommandons en suivant ce lien:

https://www.cairn.info/revue-adolescence-2022-2-page-403.htm

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