La volonté d’accroître l’importance du contrôle continu et de garantir son homogénéité (préconisation louable, au demeurant) se heurte malheureusement à la réalité du terrain.

LE POINT DE VUE DES PARENTS

En effet, les parents de l’association, dont certains ont des enfants qui passaient le baccalauréat cette année, soulignent le caractère inégalitaire du contrôle continu et des « évaluations communes » (anciennement nommées E3C) : la notation diffère énormément d’un établissement à l’autre, ce qui a une incidence considérable pour Parcoursup ; de plus, certains parents ont pu constater que les sujets issus de la BNS (Banque nationale de sujets), déjà donnés dans certaines classes, circulaient sur les réseaux sociaux avant même que d’autres élèves n’aient été évalués, ce qui permettait à ces derniers de préparer leurs devoirs en amont. 

Certains enseignants ont même donné à leurs élèves les sujets à réviser avant l’épreuve…

 LE POINT DE VUE DES PROFESSEURS : des problèmes d’organisation et des problèmes de fond


Comme les parents, les enseignants ont pu noter que certains professeurs n’hésitent pas à donner des indices, voire des corrigés à leurs élèves, avant les épreuves.
Les enseignants sont également confrontés à d’autres formes de fraude : objets connectés et effectifs lourds (classes à 35)  rendent la surveillance délicate et posent problème dans le cadre d’une évaluation comptant pour le baccalauréat. Il est, en effet, beaucoup plus difficile de frauder dans des conditions d’examen.

Témoignage

« Dès la première épreuve d’E3C, une collègue avait donné le sujet à ses élèves. J’ai eu à évaluer un corrigé-type plus ou moins bien restitué ». 

 Comme cela a pu fréquemment être souligné, la pression exercée par les élèves, les familles et l’administration (souhaitant parfois avoir la moyenne dans toutes les classes, quoi qu’il puisse se passer) confère au contrôle continu des allures de mascarade. Cette année encore les professeurs ont pu constater que les résultats des élèves étaient surévalués. La bienveillance a franchi une nouvelle étape. Le contrôle continu accroît le problème, surtout dans les lycées français de l’étranger où la scolarité payante exige un « retour sur investissement », où les professeurs en contrat local doivent mériter leur poste en donnant de bonnes notes…

Témoignage

« Lorsque les élèves arrivent en Seconde, il n’y a presque plus rien d’ancré dans leur mémoire. Le savoir est émietté, rendu ponctuel et éphémère en raison de ce type d’évaluations. En histoire-géographie, même les repères fondamentaux du brevet ne sont pas acquis. Pourtant deux mois à peine séparent le brevet de la rentrée, voire moins, dans certaines académies. »

Plus grave encore : le fait qu’il n’y ait plus d’épreuve terminale pour les disciplines du tronc commun a des répercussions considérables sur la façon d’étudier. Ce qui se passe au collège est très nettement accentué par ces modalités : le lycéen apprend ses leçons très superficiellement, au dernier moment, seulement pour le devoir prévu. Certains lycéens, et ils sont nombreux, raisonnent sur le court terme : pourquoi un élève absent essaierait-il de rattraper des contenus déjà évalués lors de son absence? 

La stratégie des absences sélectives aux devoirs va également s’aggraver. Les élèves ne planifient plus leur travail. À la moindre petite surcharge, de nombreux lycéens préfèrent s’absenter plutôt que d’avoir une note susceptible de faire baisser leur moyenne.  

Témoignage

« J’ai deux élèves qui n’ont fait que les deux premiers devoirs de l’année (il s’agissait d’évaluations très abordables, conformément à ce que l’on propose pour démarrer l’année). Ils ont été ensuite absents à TOUS les autres devoirs. Ce sont deux cas extrêmes. Mais j’ai eu beaucoup d’élèves qui ne sont venus qu’à un devoir sur deux. Cela a été une vraie calamité cette année. » 

Si la disparition des « épreuves communes » (telles qu’elles étaient organisées) est à saluer, si Pierre Mathiot a raison de prendre en compte, dans ses préconisations, l’hétérogénéité des évaluations et d’essayer de rendre le contrôle continu moins inégalitaire :

« les équipes enseignantes et les personnels de direction bénéficier[ont] respectivement de formations spécifiques qui les aider[ont] à mettre en œuvre, chacun dans son domaine de compétences, un contrôle continu robuste et équitable. Les corps d’inspection ser[ont] particulièrement mobilisés pour les accompagner » (« La fin du bac national ? Inspirateur de la réforme du lycée, Pierre Mathiot répond aux critiques », L’Obs, 3 juillet 2021),

si certains établissements ont déjà décrété que :

« les modalités d’évaluation des disciplines du contrôle continu devront être décidées en conseil pédagogique et votées en conseil d’administration »,

les professeurs constatent avec amertume et inquiétude que de telles décisions les transformeront en simples exécutants. La « liberté pédagogique » sera réduite à peau de chagrin, l’expression, elle-même, ne désignera plus rien.

Pour conclure, les membres de l’AFPEAH redisent leur attachement au baccalauréat, en tant qu’examen terminal et national, exigeant. Ainsi conçu, l’examen permettra à tous les lycéens qui le souhaitent d’envisager des études supérieures avec force et confiance. 

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