Prix Coup de Coeur 2026 (Collège)
Le Prix Coup de cœur de l’AFPEAH – Niveau collège (Jury de collégiens) est décerné à
Anaëlle Bony Virait,
Elio Gourinel
, Jules Negly,
Pierre Raguet
et Antoine Rosenrib pour “Cassandre et les Ides de Mars”
Professeur référent : Caroline Pernet
Ensemble scolaire Saint-Joseph, Pont-du-Château
« Cassandre et les Ides de mars »
Par un jour de marché, dans le forum romain, une jeune femme nommée Cassandre errait dans les rues de Rome. Cette dernière était perdue dans cette vaste cité. Après tout, elle venait juste d’arriver. Ce qui ne devait être qu’une courte escale dans son périple fut en réalité la fin de son parcours.
Cassandre venait de Delphes, en Grèce, où elle était devenue prophétesse. En plus de ses pouvoirs divins, c’était une jeune femme ravissante, dotée d’une beauté sans pareille. Elle possédait un visage doux, de longs cheveux flavescents et des yeux bleus aux pupilles foncées.
Tout à coup, elle fut prise par une sorte de transe, annonciatrice de sa vision de l’avenir. Elle se mit à trembler violemment et à suffoquer. Sa tête se leva vers le ciel, figée comme une statue de marbre. Ses yeux devinrent blancs et son visage se décomposa. Cette scène dura approximativement une minute, mais sembla en réalité durer une éternité. Les citoyens amassés autour d’elle pensèrent qu’elle était folle, qu’elle avait été envoyée par Pluton pour semer le trouble ou encore qu’elle était influencée par des intérêts politiques.
Subitement, elle énonça ces paroles :
« Quand les Ides de Mars auront sonné,
Dans un atroce spectacle sanglant,
L’aigle tout-puissant sera détrôné
Sous le joug de vingt-trois vicieux serpents ! »
Elle parcourut ensuite la ville et fit une seconde prédiction encore plus déroutante que la première :
« Je…Je…je ne vois plus rien … ce sera la fin…la fin de mon histoire.»
Les jours suivants, des présages de malheur se multiplièrent. Spurinna, l’haruspice, aurait prédit à César qu’un danger le menacerait jusqu’aux Ides de Mars. Des éclairs et des phénomènes étranges auraient été aperçus dans le ciel. Quelques jours plus tôt, des animaux sacrifiés auraient présenté des anomalies, dont l’un d’eux aurait été retrouvé sans cœur. Des troupeaux de chevaux auraient été vus errant sans maître, refusant toute nourriture et versant d’abondantes larmes. Enfin, la rumeur de statues suintant de sang se répandait dans Rome.
L’atmosphère était étrange et tendue, et Cassandre, en entendant tout cela, comprit que la population doutait. Elle pensa alors que sa prédiction serait, pour une fois, crue et que le malheur de Jules César pourrait être évité. Elle entreprit donc de lui rendre visite pour lui faire part de sa prémonition.
Arrivée au sommet du mont Palatin, là où se trouvait le palais de Jules César, Cassandre se présenta, mais les gardes, inflexibles, la repoussèrent. Elle comprit qu’elle ne parviendrait pas à entrer. Soudain, elle aperçut Jules César au loin. Tout s’accéléra. Elle pensa alors à crier pour attirer l’attention de César, mais si elle le faisait, les gardes l’arrêteraient. Elle avait prédit sa propre mort alors elle n’avait plus grand-chose à perdre. Et puis, si elle arrivait à sauver César, peut-être la sauverait-il en retour. Avant même de s’en rendre compte, elle cria sa prédiction, tout en priant de pouvoir la terminer. Malheureusement, les gardes la saisirent et l’emmenèrent jusqu’à la prison de Rome.
Lors de leur trajet jusqu’à la prison, Spurinna, le devin, aperçut Cassandre et la reconnut comme étant une prophétesse de Delphes. Après son passage, il se hâta d’aller voir Calpurnia, l’épouse de Jules César, pour lui parler de Cassandre, car celle-ci avait récemment fait un rêve annonçant un malheur à son époux. Spurinna n’avait pas su aider Calpurnia, mais il espérait que cette nouvelle prophétesse venue de Grèce pourrait la renseigner.
Alors, suivant les conseils de Spurinna, Calpurnia se hâta de rendre visite à Cassandre, qui avait été conduite en prison.
– Bonjour, c’est bien toi, Cassandre, la prophétesse grecque ?
– Oui, c’est moi…, répondit doucement Cassandre.
– Je suis Calpurnia, la femme de Jules César. J’ai fait un rêve étrange où il lui arrivait un grand malheur. J’ai vu la statue de César saigner par de nombreuses blessures et des Romains laver leurs mains dans son sang.
– Oh ! Moi aussi, écoute… et subitement elle déclama ces paroles :
« Quand les Ides de Mars auront sonné
Dans un atroce spectacle sanglant,
L’aigle tout-puissant sera détrôné
Sous le joug de vingt-trois vicieux serpents ! »
En entendant cette prédiction, Calpurnia sentit la panique l’envahir et refusa d’y croire. Elle accusa Cassandre de mensonge.
– Sorcière ! Tu n’es qu’un oiseau de mauvais augure. Tu veux troubler la paix de Rome, s’écria Calpurnia.
Furieuse, Calpurnia quitta la prison. Une fois calmée, elle s’interrogea : pourquoi n’arrivait-elle pas à croire Cassandre ? Son rêve ressemblait pourtant à la prédiction de la prophétesse… Non ! Ce n’était qu’une coïncidence, un simple rêve. Cassandre était bel et bien folle. Sur ces pensées, Calpurnia rentra chez elle sereinement.
Au palais des Césars, sur le mont Palatin, la tension montait. César, troublé par tous les présages de la semaine et sur les conseils de son devin, demanda à rencontrer Cassandre. Il ordonna qu’on la fit sortir du Tullianum, les geôles de Rome. Des gardes l’emmenèrent à sa rencontre.
Lorsque Jules César aperçut Cassandre, il fut aussitôt absorbé par sa beauté et son élégance remarquable. Il ne parvenait pas à détacher ses yeux d’elle. Son regard perçant lui fit oublier tous ses problèmes.
César s’adressa à elle d’une voix inquiète :
– La nuit dernière, j’ai fait un rêve où Jupiter me tenait la main et où je ne faisais plus partie de ce monde. Je vous ai fait venir ici pour que vous me prédisiez mon avenir.
A ces mots, Cassandre tomba à genoux, leva les mains vers César et commença à convulser. Elle semblait en transe. Paniqué, César avertit ses gardes et fit venir son épouse Calpurnia, qui avait aussi fait un rêve semblable au sien. Elle entra précipitamment et s’exclama avec virulence :
– C’est une sorcière, elle fait cela pour éviter la prison ou pour te séduire ! Rappelle-toi ce que Cléopâtre t’a fait.
– J’ai dû être aveuglé par sa beauté, elle a tenté de m’envoûter, répondit César troublé.
Sur ces paroles, César appela ses gardes pour reconduire Cassandre en prison. Au moment où ils la saisirent, elle se réveilla brusquement et lança un dernier avertissement :
– Aux Ides, le silence tombera, et Rome criera !
Le lendemain, Jules César se rendit à la Curie de Pompée. Lors de son passage devant les geôles de Rome, il entendit une voix aiguë :
– Je t’avais prévenu de ne pas y aller ! hurla Cassandre. Mais César ne se retourna pas et poursuivit son cortège vers la Curie. Une fois arrivé, César apostropha Spurinna :
– Les Ides de Mars sont arrivées.
– Oui, mais elles ne sont pas encore passées, répondit Spurinna, l’air inquiet.
Après ce court échange, le dictateur entra dans la Curie. Là, la statue de Pompée surplombait le lieu et semblait l’observer d’un air vengeur. Après un bref instant, le piège des conjurés se mit en place : Publius Servilius Casca lui infligea d’abord une blessure superficielle en lui éraflant la gorge avec un poinçon, puis les vingt-trois sénateurs le poignardèrent à leur tour. Quand vint le tour de Brutus, César lui dit :
– Toi aussi, mon fils !
Sur ces mots, dans un dernier râle, César s’effondra au pied de la statue de Pompée. C’est ainsi que la tyrannie de Jules César s’acheva, comme l’avait prophétisé Cassandre.
A cette même heure, dans les geôles de la prison, Cassandre fut prise d’un immense frisson. Elle n’avait jamais ressenti cela auparavant. Elle sut instantanément que l’heure de la mort de César était venue. Elle comprit aussitôt ce que cela signifiait pour elle : c’était inéluctable.
De son côté, Calpurnia apprit la terrible nouvelle peu de temps après. Sous le choc, elle repensa immédiatement à Cassandre. Pour elle, ce n’était qu’une sorcière, un oiseau de mauvais augure, une traîtresse. Elle l’accusa de tous ses maux. Elle ressentit alors un besoin insatiable de se venger, même si ce n’était que par dépit. Cassandre était la proie parfaite, la coupable idéale pour défouler sa peine. Celle dont César était tombé sous le charme allait bientôt payer sa beauté captivante.
Calpurnia prépara sa vengeance. Le soir venu, Calpurnia mit son plan à exécution. Elle chargea un garde d’empoisonner le dîner de Cassandre. Cassandre allait mourir. Résignée, Cassandre sentit son heure approcher. Elle prit son ultime dîner et sous l’effet du poison, ses yeux se fermèrent peu à peu, tandis que le corps de César, rapatrié chez lui, passait devant les geôles, un bras pendant hors de la civière. Elle comprit que personne ne pouvait échapper à la fatalité, pas même celle qui la voit venir. Elle s’effondra alors emportant sa dernière prophétie dans le royaume de Pluton. Pour Cassandre, c’était la fin.
