Prix Coup de coeur de l’Afpeah (Lycée et Collège – 2019)

Prix Coup de coeur de l’Afpeah (Lycée et Collège – 2019)

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30 Mai 2019, Le Jury d’élèves a décerné Le Prix Coup de coeur de l’Afpeah (niveau Lycée) à Mia GABRIEL, pour « Une Descente aux enfers ».

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Une descente aux Enfers

« Tu es ma muse, ma dryade,

Ensemble nous vaincrons les tempêtes.

Notre amour est la plus belle des sérénades,

Et notre histoire est digne des plus grands poètes ! »

Très amoureux, Orphée et Eurydice avaient l’habitude de sortir en boîte le samedi.

Mais ce soir-là, le destin décida que leur bonheur avait assez duré.

Orphée passait du bon temps avec ses amis. Ils riaient, ils profitaient. Le jeune homme était convaincu que rien ne pourrait venir interrompre son bien-être.

Il se trompait. Dans un coin isolé, à l’abri des regards, le Mal s’emparait d’Eurydice. Long, fin, sans un bruit, le serpent planta ses crocs dans la veine de la jeune femme. À mesure que son poison se répandait dans son corps, elle se sentait sombrer dans un parfait bonheur, dont elle ne pourrait désormais plus se passer.

On était allé chercher Orphée pour l’avertir, mais il était déjà trop tard, Eurydice avait entamé sa descente aux Enfers. Quand le jeune homme arriva, il trouva sa bien-aimée, assise sur le carrelage crasseux, une seringue plantée dans l’avant-bras. Jamais il n’avait ressenti pareille peur. Mais elle était vivante, elle respirait encore ! Son cœur, gorgé d’héroïne comme une éponge, battait toujours et, sous ses paupières fermées, ses yeux palpitaient comme si elle faisait un mauvais rêve.

Les semaines passèrent. Orphée n’oubliait pas. Au début, ça n’avait pas eu l’air vraiment grave. Eurydice gobait quelques pilules de temps en temps, mais ça ne pouvait pas bien faire de mal. Comment résister à ce goût sucré de fruits et de caramel ? Puis, elle avait essayé de nouvelles drogues, parce que « c’était bien de varier les plaisirs ». Elle promettait de rester sage et de ne jamais trop exagérer sur sa consommation mais, malgré toutes ses belles promesses, elle finit par tomber dans le besoin constant de sentir de la drogue lui couler dans les veines. Et cette passion, trop grande pour elle, finit par la consumer. Elle s’isolait à la cave et n’en remontait jamais. C’était devenu sa prison.

Orphée était inconsolable. Tous les soirs, il laissait échapper son chagrin en longs sanglots, seul avec ses souvenirs et le fantôme de son amour perdu. Il respirait la douce odeur d’Eurydice imprégnée dans les draps. Il l’aimait à mourir. Oui, c’est ça, il l’aimait à mourir. Mourir d’amour ou d’overdose, qu’importe ? Tout ce qui comptait était que son amour soit toujours vivant. Orphée, cependant, était dans une impasse : il n’en pouvait plus de vivre avec une toxicomane, mais comment pouvait-il oublier cette passion ardente ? La situation était devenue insoutenable pour le couple. Le jeune homme savait qu’elle souffrait autant que lui, et que toutes ces drogues l’entraîneraient de plus en plus vers le fond. Il fallait stopper cette descente aux Enfers, c’était devenu une question de vie ou de mort.

Alors, dans un élan héroïque, il descendit dans la pénombre de la cave, comme était descendu Ulysse aux Enfers. Là, tout n’était que désordre et chaos ! Dans la pièce régnaient une chaleur atroce et une odeur nauséabonde. L’ampoule nue, accrochée au plafond, faisait danser sur les murs des ombres inhumaines. Pareils à Cerbère, trois rats, cachés dans un coin, observaient fixement Orphée de leurs yeux luisants, comme prêts à lui bondir dessus pour l’entraîner dans les ténèbres. Assise par terre au milieu de cet obscur décor, Eurydice était en transe. Une seringue traînait à ses pieds, entre un petit tas d’herbe et une boîte remplie de poudre blanche…

Orphée s’approcha doucement. Le jeune homme regarda ce visage qu’il avait autrefois tant chéri, et ne le reconnut pas. Eurydice semblait avoir trente ans de plus. Ses traits, autrefois fins et doux, étaient maintenant remplacés par de vilaines rides. Sa peau était d’un blanc sale, et des taches sombres couraient sur son corps. Elle semblait baisser la tête honteusement, mais il vit quand même ses yeux. Leur bleu cristallin s’était teinté d’une sombre clarté, iris laiteux dans un regard ténébreux.

Et sa joie de vivre… Toute sa joie de vivre avait disparu, comme disparaît la neige au printemps.

En réalité, Orphée l’aurait cru morte s’il n’avait pas senti son souffle.

Orphée s’assit en face d’Eurydice et, quand elle plongea son regard dans le sien, il vit des larmes dévaler ses pommettes. Son cœur se serra dans sa poitrine. Par pitié … ou par amour ? Il passa une main sur la joue de la jeune femme et essuya avec son pouce ses yeux mouillés. Puis il la prit dans ses bras, et lui chuchota à l’oreille :

« Tu es ma muse, ma dryade,

Ensemble nous vaincrons les tempêtes.

Notre amour est la plus belle des sérénades,

Et notre histoire est digne des plus grands poètes ! 

Jamais je ne t’abandonnerai,

Entre tes mains tu tiens mon sort

Je ne peux vivre sans toi pour de vrai,

Et être loin de toi est pire que la mort. »

Alors, pour la première fois depuis des mois, le regard d’Eurydice s’illumina. Comme si enfin elle se souvenait de sa vie, comme si enfin elle se souvenait du bonheur.

Orphée la serra encore plus fort dans ses bras :

« Je te promets de ne jamais t’abandonner !

– Orphée … la voix d’Eurydice commença à trembler … Je veux m’en sortir ! Je veux recommencer à vivre avec toi, comme avant ! Je le veux, plus que tout au monde ! Mais je n’y arrive pas …! Je n’arrive pas à arrêter ! C’est trop dur ! C’est trop bon ! »

Orphée lui caressa doucement la joue :

« Eurydice …Tu es ce que j’ai de plus cher, tu es ma raison de vivre. Et rien n’est plus irremplaçable et plus triste à perdre que la raison de vivre. Nous allons nous en sortir. Nous sommes plus forts que le destin ! Nous allons vivre ! Vraiment ! Simplement ! ENSEMBLE !

-… Donne moi la force d’y arriver…! »

Il l’embrassa tendrement puis, en la prenant par la main, l’aida à se relever. Elle avait du mal à tenir debout, ses jambes avaient perdu l’habitude de marcher. Orphée l’accompagna jusqu’au pied de l’escalier mais, arrivée à celui-ci, Eurydice s’arrêta… Elle avait une condition…

« Plus jamais ! dit-elle. Je ne veux plus jamais retourner en soirée tant que je ne serais pas sûre d’avoir décroché ! »

Elle est courageuse, pensa Orphée. Elle a toujours été très courageuse.

Et il lui promit, sur tout l’amour qu’il avait pour elle, qu’il respecterait sa condition.

Eurydice sourit tristement. Puis Orphée la prit par le bras et, ensemble, ils remontèrent la pente.

Chaque jour qui passait l’éloignait un peu plus de l’enfer. Orphée retrouvait son Eurydice, joyeuse et pleine de vie comme autrefois ! Elle se libérait doucement de sa dépendance, retrouvait peu à peu sa vitalité. De cette épreuve, leur amour s’intensifia. Ensemble, ils se sentaient invincibles !

Pensant qu’elle était enfin sortie de ce sombre tunnel, Orphée emmena Eurydice en soirée…

Tout se passa bien jusqu’à ce qu’il la quitte des yeux.

Elle se retrouva face à son ancien dealer qui lui proposa de nouvelles sensations, une pilule inoffensive,  »juste pour essayer  ». À cet instant précis, tout bascula.

Orphée la retrouva à contre-cœur dans les toilettes. Adossée contre le mur. Il s’approcha d’elle. La prit dans ses bras. Il savait.

Elle le regarda en larmes.

« Tu m’avais promis… » lui dit-elle.

Puis elle posa sa tête sur son cœur. Et s’endormit à tout jamais…

Mia Gabriel

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Camée, Musée de l’Ermitage, Saint-Petersbourg

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Prix coup de coeur, niveau collège

30 Mai 2019, Le Jury d’élèves a décerné Le Prix Coup de coeur de l’Afpeah (niveau collège) à Raslane Nachid, pour « Stéphane, le nouvel Orphée » (Collège François Truffaut, Gonesse)

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Stéphane, le nouvel Orphée

Ce matin-là en classe, Madame Madipo, ma prof principale, nous avait parlé de notre devoir d’écriture de fin d’année. On devait rédiger un texte en rapport avec le mythe d’Orphée. Cette année, toutes les classes avaient un devoir en lien avec la mythologie ou le folklore d’une civilisation actuelle ou disparue, nous on était tombés sur la mythologie grecque. Les classes supérieures devaient écrire quelque chose sur les leprechauns, les lutins irlandais. Je trouvais qu’on avait eu de la chance d’avoir ce mythe-là : presque tout était déjà fait, il suffisait juste d’aller sur internet et de se servir, mais attention à ne pas se faire prendre par le « robot plagiat », un appareil installé dans le collège pour éviter que l’écriture de textes soit trop simple. Personnellement, je rédige moi-même mes textes, pas comme certains de mes soi-disant amis (qui ne sont amis avec moi que par intérêt) qui ne se donnaient même pas la peine de réfléchir un minimum au sujet. Comme d’habitude, nous avions un temps pour poser des questions sur l’œuvre. La première question venait de Coralie, ma meilleure amie (ma seule véritable amie à vrai dire), elle avait demandé à la prof:

« Pourquoi, quand Eurydice est morte, Orphée ne s’est-il pas donné la mort pour la retrouver, vu que tout le monde allait dans les Enfers, ils se seraient retrouvés sans condition ?

Notre prof avait répondu :

-Tout simplement parce qu’Eurydice aurait été aux Champs-Élysées alors qu’en se suicidant Orphée aurait atterri au Tartare, le lieu des âmes damnées. »

Martin, un camarade de classe, avait répliqué :

« Mon grand frère m’a dit un jour, quand j’étais petit, que les damnés pouvaient s’échapper du Tartare si Hadès les aimait bien. Là, Orphée aurait pu le charmer pour retrouver Eurydice ? »

La prof répondit qu’elle n’en avait jamais entendu parler mais qu’elle se renseignerait et qu’elle nous le dirait dans la semaine si cela pouvait nous aider pour nos récits.

En rentrant chez nous, Coralie et moi, nous décidâmes de faire la course, le dernier dans notre rue (nous sommes voisins) serait une poule mouillée. Elle commença à courir avant moi et me cria:

« Dépêche-toi de me rejoindre ! »

Elle regarda longuement la route, se mit en plein milieu et me répéta :

« Dépêche-toi de me rejoindre ! » Elle dit cela d’une manière angoissée tout en restant sur la route. Elle avait quelque chose de bizarre. Soudain, je vis une voiture qui fonçait sur elle à toute vitesse, elle ralentit au dernier moment, mais Coralie restait sur place et continuait à me faire signe de la rejoindre. On aurait dit qu’elle avait abandonné toute volonté, c’était la première fois que je la voyais ainsi. Je lui criai de se décaler. Elle me répondit, sur le même ton :

« Rejoins-moi ! »

Dans ma tête une seule pensée me venait : « ELLE VA MOURIR, SI ELLE RESTE LÀ. » Puis une autre pensée remplaça la précédente et me glaça : « ELLE SE SUICIDE ». Cette idée me paralysa.

L’impact me ramena à la réalité, tout cela n’avait pas duré plus de trente secondes mais cela m’avait semblé une éternité. Voir le corps au sol, inerte, sans vie de Coralie me fit vomir. Une part de moi me disait que j’aurais pu la sauver. L’autre lui en voulait d’avoir fait ça. Oui, pourquoi avait-elle fait ça ? Je repensais alors à ce qu’elle m’avait dit juste avant l’impact : « Rejoins-moi ». Ces deux mots envahissaient tout mon esprit, ces deux mots me firent dire qu’elle avait vu cette voiture et qu’elle s’était réellement suicidée. Je sortis de ma torpeur quand le conducteur de la voiture, qui roulait au-delà des limites légales, me demanda :

« Hé ! Petit, ça va ? La gamine au sol, c’est ton amie ? »

Je hochai doucement la tête avant d’éclater en sanglots. Je n’arrivais pas à détourner mes yeux du corps inerte de mon amie, tout en priant tous les dieux, de toutes les religions et mythes juste pour qu’ils sauvent ma seule et véritable amie. Soudain, je me dis que j’avais bien fait d’écouter lors de la formation aux Premiers Secours, alors que beaucoup avaient pensé que ce n’était pas nécessaire. Je commençai par demander à cet homme s’il avait appelé une ambulance, il me répondit que c’était la première chose qu’il avait faite. Immédiatement après, je courus vérifier son pouls. Miracle, elle respirait, mais sa jambe était brisée et la fracture provoquait une hémorragie. Je stoppai l’hémorragie en effectuant un garrot touniquet avec une branche. Je vérifiai à nouveau, elle respirait toujours. Je la plaçai alors en position latérale de sécurité et la couvris avec la couverture que m’avait apportée le chauffard.

Quelques minutes plus tard, une ambulance arriva enfin. Ils s’occupèrent de Coralie et me félicitèrent car j’avais bien réagi, et cela rapidement, ce qui augmentait ses chances de survie. Ils me demandèrent si je la connaissais et si je pouvais dire à ses parents qu’elle se trouverait à l’hôpital Sigmund Freud.

« Cet hôpital est à une vingtaine de minutes ! Pourquoi vous ne l’emmenez pas à l’hôpital Henri Laborit qui est à deux minutes ? demandai-je.

-L’hôpital Henri Laborit n’aura pas le matériel nécessaire pour la garder en vie. »

Quand l’ambulance s’en alla, je courus chez les parents de Coralie. Quand j’arrivai devant chez elle, j’entendis une dispute. Ils étaient en plein divorce et d’après Coralie, ils se disputaient pour tout. Je sonnais, silence pendant 1,2,3,4,5 secondes puis des bruits de pas arrivèrent du grand pavillon.

La porte s’ouvrit, c’était la mère de Coralie. Elle avait beaucoup changé en deux mois, depuis le début des disputes. Avant elle ressemblait énormément à Coralie, c’est-à-dire qu’elle était énergique, fière, têtue et toujours à la pointe de la mode. Aujourd’hui, elle paraissait épuisée, elle était mal habillée et ses yeux étaient bouffis comme si elle avait pleuré. Je la connaissais depuis que j’étais tout petit car ma mère et elles étaient de très bonnes amies. C’était grâce à cette amitié que j’avais fait la connaissance de Coralie.

« Bonjour Stéphane, comment vas-tu, où est Coralie ? Ah non, c’est vrai, elle m’a dit que vous feriez vos devoirs ensemble, avait-elle affirmé calmement en essayant de ne pas fondre en larmes. » Franchement, je ne savais pas comment lui apprendre que sa fille unique venait d’avoir un grave accident, à 13 ans à peine, et qu’elle risquait de perdre la vie. La seule réponse qu’elle obtint furent des balbutiements puis je me lançai enfin :

« Euh… En fait …Coralie a eu un….. Là je vis qu’elle avait compris, a eu un accident, elle est en route en ce moment même pour l’hôpital Sigmund Freud. »

La mère de Coralie resta bouche bée pendant cinq minutes, je pensai qu’elle essayait de digérer ce que je venais de lui dire, elle courut vers sa voiture et cria :

« Préviens mon mari ! » Sa demande me parut étrange car je me disais qu’ils avaient fini par se détester. Sa voiture était déjà au loin quand je partis prévenir le père de Coralie. Je lui exposai la situation et je lui demandai aussi de me tenir au courant car Coralie était ma meilleure amie. Je rentrai chez moi, la boule au ventre, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer le pire. Pour me changer les idées, je commençais mon devoir sur Orphée mais je me rendis compte que ce que j’écrivais racontait que le jour de leur mariage Eurydice mourait écrasée par une voiture à notre époque et qu’Orphée remontait le temps pour essayer de la sauver mais il mourait alors avec elle. Tout cela faisait cinq pages entières, je pensais avoir une note excellente, à coup sûr.

Le lendemain, je sonnai chez Coralie pour prendre des nouvelles, je n’entendis pas de dispute, je me dis que c’était peut-être un bon signe. Le père de Coralie m’ouvrit, il avait le visage livide, sa voix paraissait extrêmement triste quand il me dit bonjour. Il m’annonça ensuite :

« Elle est partie. » Je compris immédiatement.

« Elle est partie dans l’ambulance, elle était presque arrivée mais son cœur a lâché. »

Il pleurait.

Je restais là, comme ça, sans savoir quoi dire, quoi faire quand je sentis une larme sur ma joue. J’essayai de stopper mes sanglots mais rien à faire. Comme il commençait à pleuvoir, je me dis que personne ne verrait que j’avais pleuré.

L’enterrement de Coralie devait avoir lieu une semaine après sa mort. J’y allai en pensant que je réussirais à passer à autre chose.

Sinon pour le devoir sur Orphée j’ai eu 20/20, ce qui m’a fait encore plus mal car pour ce récit, je m’étais inspiré de notre histoire avec quelques différences, mais quand même, j’avais l’impression d’avoir bafoué la mémoire de mon amie.

La cérémonie dura trois heures, c’était le premier enterrement auquel j’assistais, c’était encore plus sinistre que tout ce que j’avais vu dans ma vie. Une fois rentré chez moi, je déambulais tel un zombie. J’entrai dans la cuisine pour me faire un sandwich quand je me dis que tel Orphée qui avait rejoint Eurydice, je devais retrouver Coralie même sans voyage dans le temps. Je me demandais, couteau à la main, si c’était une bonne idée, je pesais le pour et le contre…

Raslane Nachid 

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