Le Roman d’Ernest et Célestine

Le Roman d’Ernest et Célestine

Daniel Pennac

Nous avons le plaisir de vous recommander ce classique de la littérature de jeunesse, publié en 2012 pour la première fois.

Ernest est un ours musicien du monde d’en haut. Célestine est une souris du monde d’en bas passionnée de peinture. Mais a-t-on déjà vu une souris aimer un ours ? Est-ce un hasard si ces deux-là, rejetés de tous, se sont rencontrés près d’une poubelle ? Alors que leurs congénères fustigent cette entente « contre-nature », une amitié indéfectible unit Ernest et Célestine tout au long de leurs aventures : de l’orphelinat à la vie de bohème, de fâcheries en connivences, d’arrestations en évasions, de cavales en procès, de peintures en morceaux de musique.

Célestine passa le reste de l’hiver à peindre la neige. Ce sont peut-être ses plus beaux tableaux ! Les flocons qui tombent tout en restant accrochés au ciel… la neige trop légère pour le vent et trop lourde pour les branches…les mille éclats du ciel dans chaque cristal de neige…le silence de la neige aussi…on sentait tout cela dans les tableaux de Célestine :
Regarde Ernest, je peins le silence !
Ernest, alors, sortait sa clarinette. Ses notes suivaient souplement le pinceau de Célestine qui traçait la courbe silencieuse du paysage blanc sous le ciel gris… Jusqu’au jour où …

L’univers dans lequel évoluent Ernest et Célestine est le reflet de notre société, rongée par l’intolérance. La description de ce microcosme, à la fois fantaisiste et familier, nous invite, bien sûr, à nous interroger sur la place que la société octroie à ses artistes, sur le sens de la Justice. Mais, l’auteur ne se contente pas de nous livrer un conte satirique, tendre et trépidant, sur les valeurs de la tolérance ou de la liberté. Le Roman d’Ernest et Célestine, véritable gourmandise lexicale, est marqué de l’empreinte de Daniel Pennac :  une originalité de ton, un humour caustique, un art du récit fracassant. Dès les premières pages, c’est le récit lui-même qui vole en éclats lorsque son auteur iconoclaste nous convoque pour des échanges aussi surprenants que jubilatoires entre ses personnages, son lecteur et lui-même pour négocier le récit.

Le lecteur : J’aimerais pouvoir réveiller Ernest et Célestine, leur dire que la police va arriver.
L’auteur : Seulement voilà, on ne peut pas réveiller des personnages qui dorment.
Le lecteur : Pas quand on est lecteur, non… mais vous, vous ne pourriez pas revenir en arrière ? Trouver autre chose. Je ne sais pas moi, faire en sorte que Rosa la taupe n’ait pas parlé au raton laveur, par exemple. Et que Nicolas, le raton laveur, ait distribué son linge sans avoir cette histoire de pique-nique à raconter. Non ?
L’auteur : Trop tard, c’est écrit et vous l’avez lu. Je ne peux pas faire comme si vous ne l’aviez pas lu.
Le Lecteur : J’ai tellement peur de la suite !
L’auteur : Mais cette peur n’est-elle pas un peu délicieuse tout de même ?

La voix si singulière de l’auteur résonne, comme une promesse, jusque dans les titres des chapitres :
« Chapitre abominable (Plus que ça, même !) »
« Chapitre bien pire (mais si, c’est possible !) »
« Dernier chapitre (Mais les histoires ne finissent jamais, elles continuent en nous) »

C’est là une indispensable consolation lorsqu’on achève ce roman qu’il est conseillé de déguster à voix haute, tant Pennac ne se contente pas de parler aux enfants du plaisir de lire mais l’incarne. 

Conseil de lecture de Claudine Foury

NB : Les personnages d’Ernest et Célestine ont été imaginés par Gabrielle Vincent
(Ernest et Célestine ont perdu Siméon, 1981).
Photo de Daniel Pennac – Crédits : Elena Torre

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