TRANSMISSION

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En tant que professeurs, nous sommes nombreux à fournir un travail très conséquent pour  maintenir une continuité pédagogique. Chacun fait ce qu’il peut avec les moyens du bord. Curieusement, ce sujet est devenu polémique. Certains (y compris des professeurs) pensent que nous devons laisser les enfants tranquilles, ne pas les harceler avec une somme de travail disproportionnée, des devoirs, etc… Mais, en ces temps de désarroi, de profonde inquiétude, est-il vraiment judicieux d’incriminer ceux qui s’investissent en prétendant qu’ils n’ont pour objectif que la volonté de « se faire bien voir », en les accusant d’être incapables de renoncer à leur posture d’ancien « premier de la classe » ?

Il nous semble, en fait, que tout est une question de MESURE, comme d’habitude, et nous avons plutôt l’impression que nos élèves sont très contents d’avoir des nouvelles à heure fixe, de rendre des exercices, d’écouter des textes littéraires, poétiques, très contents de mener un semblant de vie normale.

Allons-nous l’avouer ? Oui. Préparer des cours, réfléchir à ce qui pourra être intéressant, utile et efficace, réfléchir aux modalités de transmission, tout cela nous permet aussi de reléguer le virus dans un coin de cerveau.

Nous sommes face à une situation inédite, chacun fait comme il peut en se demandant sans cesse si c’est trop ou trop peu, en se demandant si les médias utilisés pour pallier les insuffisances des ENT officiels sont éthiques ou pas, en se demandant comment faire pour n’abandonner personne au bord du chemin. Nos élèves semblent contents de savoir que nous sommes là pour eux. Cela les aide à structurer leurs journées, à ne pas tomber dans l’angoisse, à ne pas s’abrutir sur leurs téléphones.

En Europe, certaines écoles ont même aménagé l’emploi du temps des plus jeunes collégiens pour consacrer le matin aux études et l’après-midi à des loisirs culturels, à des plages de lecture à haute voix, faisant ainsi le choix d’inscrire les élèves dans une temporalité longue, dans une autre relation aux apprentissages. 

Tout est bien une question de mesure. La vraie continuité est celle que l’on met en place VOLONTAIREMENT, en fonction de ses choix, de ses goûts. La vraie continuité s’inscrit dans une progression, celle d’un parcours pédagogique commencé en classe, elle évite le prêt-à-penser, les cours formatés que l’on pourrait glaner à droite ou à gauche sur le Net, les propositions dépourvues d’âme que certaines institutions proposent comme autant de marchandises préfabriquées.

Advienne que pourra, nous ne pouvons pas tout contrôler. Il convient d’être prudent, de ne pas mettre les autres en danger, mais le fait d’être obnubilé, au sens étymologique, ne doit pas, à notre avis, nous empêcher de transmettre, de maintenir un dialogue fructueux avec nos élèves.

En tant que parents, nous apprécions que les professeurs restent présents et actifs, qu’ils donnent du travail à nos enfants. Bien sûr, c’est parfois compliqué, le télétravail des adultes rendant les choses nettement plus complexes surtout dans des espaces clos.

Certes, rien ne remplacera les cours habituels, le contact avec les enseignants, mais la continuité pédagogique permise par internet est essentielle, elle structure les journées, évite la dette de sommeil. En tant que parents, nous partageons le point de vue formulé par les enseignants : l’école à la maison aide à tenir, donne un objectif à nos enfants. A l’annonce des fermetures d’établissements, plusieurs d’entre eux ont pensé qu’ils étaient en vacances, ils imaginaient qu’ils allaient jouer à des jeux vidéo toute la journée. D’autres ont été terrifiés. Et le bac ? Et le brevet ? Comment allons-nous faire ? Dans l’un et l’autre cas, les impératifs liés à une scolarité dispensée par des enseignants connus de nos enfants joue un rôle essentiel : ils apprennent tout étonnés qu’ils peuvent utiliser les écrans différemment. Les comptes à rendre aux professeurs, les efforts que ces derniers accomplissent pour leurs élèves font prendre conscience à nos enfants qu’ils ne sont pas seuls, d’autant que la cellule familiale peut parfois leur peser à l’adolescence. En fait, le confinement moral cesse lorsqu’ils sont en lien avec d’autres adultes qui ont à cœur de les faire progresser. C’est essentiel pour eux.

L’un des parents de notre association est psychologue, il confirme que les enfants et les adolescents perçoivent cette continuité pédagogique comme un repère fondamental. Les devoirs, les rendez-vous dématérialisés avec le maître ou le professeur permettent lorsqu’ils sont possibles d’éviter l’émergence de l’angoisse liée au confinement, lequel peut être perçu comme un emprisonnement dans ce qu’il induit de perte de vie sociale, de perte d’activité motrice indispensable au développement de tous.

Les troubles anxieux vont bien sûr être plus nombreux chez nos enfants. Tout est réuni pour créer un climat anxiogène : la crainte du virus, la menace impalpable d’une contagion que rien ne semble pouvoir enrayer, les interdictions, les mesures d’hygiène, les recommandations sanitaires en tous genres, la propagation de la pandémie scrutée par les médias, les rumeurs propagées par les camarades, la perte de tout ce qui fait le quotidien de nos enfants en période scolaire.

Dans un tel contexte, la continuité pédagogique nous semble plus que nécessaire. Merci aux enseignants qui soutiennent nos enfants en leur proposant de croire pleinement en l’avenir.

Les parents et les professeurs de l’AFPEAH 

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