Éloge de la transmission

Éloge de la transmission

George Steiner et Cécile Ladjali, 2003

Conseil de lecture de Nathalie Cullell

Cet ouvrage se présente comme un dialogue fécond autour d’une profession qui serait « la plus orgueilleuse et, en même temps, la plus humble qui soit ». Ce livre témoigne de l’essence du métier de professeur : offrir aux élèves une culture qui soit un « oecuménisme de l’enchantement » à même de lutter contre « la barbarie et le vide ». Autant dire qu’on est loin de la conception pragmatique et utilitariste trop souvent mise en avant dans nos écoles.

Il s’agit de « se laisser aller de façon éhontée à un éloge de la difficulté« . À l’heure où, au contraire, les enseignants sont poussés à rabaisser leurs exigences pour se montrer plus accessibles et plus proches de la culture de leurs élèves, qu’il est réconfortant donc de lire cette réhabilitation de la culture souvent stigmatisée comme « bourgeoise » : »Le professeur doit dépayser son élève, le conduire là où il ne serait jamais allé sans lui et lui offrir un peu de son âme, peut-être parce que toute formation est une déformation. »

C’est également un plaidoyer pour l’apprentissage par cœur, hélas, souvent abandonné : « apprendre par coeur, tout d’abord, c’est collaborer avec un texte d’une façon tout à fait unique. Ce que vous avez appris par coeur change en vous et vous avec, pendant toute votre vie. Deuxièmement [ et ce « deuxièmement » est particulièrement poignant sous la plume d’un rescapé de la Shoah], personne ne peut vous l’arracher.

Steiner qui souligne que l’enfant apprend très vite, admirablement, rappelle que toute mémoire laissée en friche, dépérit. Elle doit s’exercer or, précise-t-il : « Notre scolarité, aujourd’hui, est de l’amnésie planifiée. »

« En nivelant, en faisant une fausse démocratie de la médiocrité, on tue chez l’enfant la possibilité d’outrepasser ses limites sociales, domestiques, personnelles et même physiques. »
« L’amertume, l’aigreur, la morosité du professeur médiocre est l’un des plus grands crimes dans notre société. »

Qu’est-ce qu’un classique? C’est « un texte strictement inépuisable. On le relit, on le redit, on le réinterprète, et, tout à coup, il est presque toujours nouveau.(…) Cette puissance du renouveau est une des définitions du classique. Et aussi ce qui survit à la bêtise de l’interprétation, à la mauvaise traduction, à la stupidité des manuels et des examens. »

Le maître a « une aura quasi physique. La passion qui se dégage de lui est presque tangible » cette passion ne se « justifi[e] » pas. Ce maître est « celui dont même l’ironie vous donne une impression d’amour. »

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