{"id":4327,"date":"2026-06-12T19:15:17","date_gmt":"2026-06-12T17:15:17","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=4327"},"modified":"2026-06-12T19:15:17","modified_gmt":"2026-06-12T17:15:17","slug":"prix-de-lafpeah-2026-lycee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2026\/06\/12\/prix-de-lafpeah-2026-lycee\/","title":{"rendered":"Prix de l\u2019AFPEAH 2026 (Lyc\u00e9e)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><br><strong>\u201cT\u00e9n\u00e9breuse en ut mineur\u201d<\/strong>, <br>une nouvelle \u00e9crite par <br><strong>Julie Pelon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\">___________________<br>Professeur r\u00e9f\u00e9rent : Eric Ballet <br>Lyc\u00e9e Fran\u00e7ais Vincent Van Gogh \u2013 La Haye \u2013 Pays-Bas<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\">___________________<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p>Enfant, il ne savait pas compter jusqu\u2019\u00e0 vingt.<\/p>\n\n\n\n<p>Les premiers chiffres se succ\u00e9daient pourtant avec assurance, arrondissant sa petite bouche pulpeuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le quatorze, tant attendu, se promenait avec d\u00e9lice entre ses dents blanches qui savouraient le chiffre, id\u00e9ogramme de son besoin de vivre, poursuivant avec fiert\u00e9 la lign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le quinze commen\u00e7ait \u00e0 le faire h\u00e9siter, tandis que son nez se fron\u00e7ait davantage.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9gayant, le seize franchissait ses l\u00e8vres serr\u00e9es avec peine, avant de brutalement s\u2019\u00e9teindre, d\u00e8s la syllabe expuls\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dix-sept fermait d\u00e9finitivement son visage livide et il pr\u00e9f\u00e9rait invariablement passer \u00e0 la suite avec empressement, impatient d\u2019en finir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dix-huit, lui, signait son arr\u00eat de mort, et l\u2019enfant, hagard, baissait ses yeux \u00e9teints tandis que sa couronne, trop lourde pour sa t\u00eate enfantine, basculait et finissait par l\u2019entra\u00eener dans sa chute.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8212;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de Couperin \u00e0 la cour n\u2019avait pas surpris tant la renomm\u00e9e familiale \u00e9tait \u00e9tablie. L\u2019amiti\u00e9 entre les deux Grands, l\u2019un \u00e0 la t\u00eate d\u2019un royaume, l\u2019autre au fa\u00eete de la musique, naquit tellement naturellement que le roi passa bient\u00f4t tous ses moments priv\u00e9s en sa compagnie, souvent dans la premi\u00e8re antichambre, o\u00f9 Couperin jouait pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Y tr\u00f4nait en effet un clavecin richement d\u00e9cor\u00e9 face \u00e0 l\u2019une des grandes fen\u00eatres donnant sur les jardins, en harmonie avec l\u2019agencement somptueux de la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le couvercle, on pouvait admirer un paysage bois\u00e9 o\u00f9 la lumi\u00e8re semblait esquisser le corps d\u2019une femme \u00e0 la beaut\u00e9 saisissante&nbsp;: Cassandre. Embras\u00e9e par les chauds rayons, elle avait les yeux lev\u00e9s vers le ciel et les mains en pri\u00e8re. Bien au-del\u00e0 du feuillage, une lueur ardente ne cessait de cro\u00eetre et d\u00e9vorait l\u2019horizon. Sur les courbes voluptueuses du ch\u00e2ssis, d\u00e9cor\u00e9 d\u2019une longue arabesque de lys dor\u00e9s \u00e0 la feuille d\u2019or, la peinture s\u2019\u00e9caillait cependant par endroits, de sorte que la flore perdant sa teinte, paraissait pourrir aux pieds de l\u2019instrument, alt\u00e9rant sa splendeur lors des journ\u00e9es nuageuses.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Jouez-moi donc l\u2019une de vos compositions afin que mes oreilles se reposent avant de retrouver le tumulte de la cour.<br>&#8211; Non.<br>&#8211; Pla\u00eet-il ? r\u00e9agit aussit\u00f4t le roi, interloqu\u00e9.<br>&#8211; Non.<br>&#8211; Nous vous prions de nous ex\u00e9cuter un morceau, r\u00e9p\u00e9ta froidement Louis \u00e0 pr\u00e9sent piqu\u00e9 au vif.<br>&#8211; Je vous assure qu\u2019il n\u2019en sera rien, \u00bb r\u00e9torqua Couperin.<\/p>\n\n\n\n<p>Fulminant, le roi se dressa dans la pi\u00e8ce brusquement assombrie, et atteignit Couperin, l\u2019invitant \u00e0 se reculer pour admettre sa l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le claveciniste ne bougea pas, redressa le menton et fit face.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Aujourd\u2019hui, non.<br>&#8211; Le choix ne vous appartient pas ! Vous semblez oublier \u00e0 qui vous parlez !<br>&#8211; Justement, riposta Couperin, je n\u2019oublie rien. Ce que j\u2019ai \u00e0 dire aujourd\u2019hui ne s\u2019\u00e9coute pas, mais s\u2019entend. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Fatigu\u00e9 de cette mascarade, le roi fit alors volte-face, retrouva son sourire, de cour, affable et l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9sinvolte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;En ce cas, il est fort probable que cette porte vous soit close demain, et ce \u00e0 jamais.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, sans plus se pr\u00e9occuper du musicien, Louis XIV sortit, tandis que les derni\u00e8res lueurs du jour enflammaient un soleil sur le point de se coucher.<\/p>\n\n\n\n<p>Presque aussit\u00f4t, la m\u00e9lodie s\u2019\u00e9leva, puissante, envo\u00fbtante.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis d\u00e9celait bien sa singularit\u00e9, sans la comprendre toutefois. Lente, grave, elle ne cherchait pas \u00e0 plaire. Elle avan\u00e7ait, implacable, comme une marche que rien n\u2019arr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le couloir, il s\u2019immobilisa, frissonnant d\u2019horreur. Il \u00e9tait convaincu qu\u2019il ne pouvait pas partir, qu\u2019il se trouvait en pleine nuit, une nuit noire, opaque o\u00f9 les cauchemars dominent l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se rapprocha lentement de la porte, colla son oreille au bois et \u00e9couta, bien malgr\u00e9 lui. Le son l\u2019engourdissait. Tout en lui vibrait, tandis que le rythme point\u00e9 laissait place \u00e0 un jeu de contretemps de la main gauche, l\u2019enfon\u00e7ant toujours plus vers les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis n\u2019avait \u00e0 pr\u00e9sent plus conscience qu\u2019il ne s\u2019agissait que de Couperin, qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019un clavecin.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tempo se jouait de lui, dansait entre les silhouettes du temps. Pour la premi\u00e8re fois, il se sentait menac\u00e9 mais ne savait pas par quoi. Il ne voyait rien venir et sentait que la lutte serait vaine. Pour la premi\u00e8re fois, il avait peur que les cauchemars l\u2019engloutissent.<\/p>\n\n\n\n<p>Couperin \u00e9leva alors la voix de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 la porte&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Il s\u2019agit d\u2019un hymne \u00e0 votre disparition, \u00e0 celle de votre succession, \u00e0 celle de la monarchie, votre Majest\u00e9&nbsp;! Je l\u2019ai nomm\u00e9 <em>La T\u00e9n\u00e9breuse<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que Louis poussait doucement la porte, hypnotis\u00e9 par la m\u00e9lodie, Couperin joua la derni\u00e8re mesure, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ultime note, qui vibra bien longtemps apr\u00e8s que la touche se fut relev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis s\u2019effondra, le dos coll\u00e9 \u00e0 la porte et reprit son souffle avec difficult\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Couperin s\u2019avan\u00e7a vers le visage p\u00e2le et s\u2019abaissa d\u00e9licatement \u00e0 son chevet. Puis, il passa son bras autour de ses \u00e9paules, avan\u00e7a ses l\u00e8vres tout pr\u00e8s de l\u2019oreille royale, et, comme pour le consoler, il lui chuchota des propos sibyllins :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Jours apr\u00e8s jours, le soleil s\u2019efface toujours, laissant place \u00e0 la lune et \u00e0 une myriade d\u2019\u00e9toiles.Nuits apr\u00e8s nuits, elles-m\u00eames s\u2019\u00e9vanouissent \u00e0 l\u2019aube et laissent toujours place au soleil et \u00e0 un ciel cotonneux \u00e9mergeant du sommeil.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Louis tremblait. Couperin baissa d\u2019une octave, sa voix n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un murmure.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Cette fois-ci, la nuit sera \u00e9paisse, sans une once de clart\u00e9, et peut-\u00eatre sans espoir d\u2019un nouvel horizon lumineux, diapr\u00e9 de lys.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il acheva, sa voix \u00e9tait presque inaudible \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le renouveau viendra Sire. Que vous le vouliez ou non, tout soleil d\u00e9cline&#8230; M\u00eame ceux que l\u2019on croit \u00e9ternels. Ne vous m\u00e9prenez pas cependant. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une menace, mais d\u2019un passage.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il se releva.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Maintenant, la musique s\u2019est tue. Libre \u00e0 vous de l\u2019avoir entendue. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, alors que le soleil pointait tout juste derri\u00e8re les jardins, Couperin fut convoqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la fen\u00eatre ensoleill\u00e9e qui jetait des ombres sur le clavecin, Louis XIV \u00e9tait assis, aur\u00e9ol\u00e9 de lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les minutes s\u2019\u00e9tiraient, sans qu\u2019il ne daigne desserrer les l\u00e8vres. Personne ne bougeait. Le clavecin paraissait ne plus attendre de mains virtuoses sur ses touches de nacre et d\u2019\u00e9b\u00e8ne et s\u2019\u00e9tait lui aussi mur\u00e9 dans le silence\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Non&nbsp;! Non, nous ne c\u00e9derons pas plus \u00e0 vos chants de sir\u00e8ne qu\u2019\u00e0 vos belles paroles doucereuses, Monsieur.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et comme Couperin, interdit, ne bougeait pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;Merci, vous pouvez d\u00e9sormais disposer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les yeux du musicien brilla une lueur de d\u00e9sespoir, m\u00eal\u00e9e de compassion.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Sire, avec tout le respect que je vous dois, je pense que vous ne saisissez pas les dangers qui vous surplombent. J\u2019ai maintes et maintes fois tent\u00e9 de\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Louis XIV lui coupa la parole&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous pensions pouvoir compter sur vous mais nous nous sommes manifestement fourvoy\u00e9s. Nous vous ordonnons maintenant d\u2019arr\u00eater de jouer les Cassandre et de nous laisser gouverner comme nous l\u2019entendons&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Couperin se dirigea alors vers la porte,&nbsp;attrist\u00e9 : \u00ab&nbsp;Je vous t\u00e9moigne une fervente estime, Sire. Rien ne dure parce qu\u2019on le veut. Les r\u00e8gnes passent comme les si\u00e8cles\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n<p>Couperin d\u00e9laissa son poste et il devint beaucoup moins fr\u00e9quent de le croiser au palais&nbsp;; en compagnie du roi, uniquement lors de r\u00e9ceptions cordiales o\u00f9 leurs dialogues, empreints de la fausset\u00e9 de la cour, n\u2019allumaient plus aucune \u00e9tincelle dans leurs yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Reclus, il se concentrait d\u00e9sormais sur son r\u00f4le de ma\u00eetre de clavecin.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1713, il publia son premier recueil de pi\u00e8ces qui fit beaucoup de bruit \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis en connaissait d\u00e9j\u00e0 beaucoup\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;-<\/p>\n\n\n\n<p>Louis XIV poursuivit son r\u00e8gne difficilement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les hivers rudes aboutirent \u00e0 une famine. De nombreux h\u00e9ritiers moururent.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses oreilles ne profitaient plus qu\u2019occasionnellement du clavecin et il \u00e9tait d\u2019autant plus rare qu\u2019on jou\u00e2t personnellement pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Son \u00e9tat empirait. Des attaques insupportables \u00e0 la cheville le tenait longtemps immobilis\u00e9 dans sa chambre, dans le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Couperin le savait, mais n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0 pour les lui faire oublier\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 1715, Louis demanda l&rsquo;amputation mais ses m\u00e9decins, au vu de la progression de la maladie, lui firent comprendre qu&rsquo;elle serait inutile.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur son lit de mort, il tendait l\u2019oreille. Dans ses d\u00e9lires, il entendait souvent la m\u00e9lodie qui l\u2019avait jadis tant boulevers\u00e9e. <em>La T\u00e9n\u00e9breuse<\/em> allait finalement l\u2019envahir. La nuit \u00e9tait maintenant trop \u00e9paisse pour que le soleil puisse \u00e0 nouveau percer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il le savait, ce jour-l\u00e0, sous les mains de Couperin, la musique s\u2019\u00e9tait faite message plut\u00f4t que divertissement et il n\u2019avait pas su, pas voulu, faire la diff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014<\/p>\n\n\n\n<p>Le 31, \u00e0 demi-conscient, il manda Couperin avec insistance.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils \u00e9taient seuls, plong\u00e9s dans un silence qu\u2019aucun n\u2019osait briser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Jouez-moi donc quelque chose, h\u00e9sita finalement la voix rauque et faible du roi.<br>&#8211; Comptez-moi la mesure, je vous prie, souffla Couperin, soulag\u00e9.<br>&#8211; Vous continuez \u00e0 vouloir me donner des ordres&nbsp;? \u00bb r\u00e9pondit-il avec un demi-sourire, sans toutefois en prendre ombrage puisqu\u2019il s\u2019ex\u00e9cuta, reconnaissant d\u2019entendre \u00e0 nouveau cette voix.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Un, deux, trois, quatre\u2026 \u00bb Le rythme \u00e9tait r\u00e9gulier, assur\u00e9 soudainement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le roi ne s\u2019arr\u00eata pas. Comme d\u00e9barrass\u00e9 d\u2019un poids, il comptait sans r\u00e9fl\u00e9chir, semblait inarr\u00eatable.<\/p>\n\n\n\n<p>Assis au clavecin, Couperin n\u2019osait l\u2019interrompre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, di\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Brusquement blafard, Louis, bouche ouverte, demeura muet.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Pris de panique, il chercha \u00e0 descendre de son lit mais sa jambe l\u2019en emp\u00eacha. Il cherchait ses mots, agit\u00e9, une lueur de terreur extr\u00eame dans ses yeux exorbit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Couperin regarda son roi avec piti\u00e9. Il le recoucha, caressa longuement ses cheveux et parvint \u00e0 le calmer.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis, les yeux riv\u00e9s sur le claveciniste, haletait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab N\u2019ayez plus peur, Sire. Je compterai pour vous. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, Couperin reprit la litanie de chiffres.<\/p>\n\n\n\n<p>Louis lui jeta un dernier regard qui contenait toute la reconnaissance, tous les mots tus. Puis, rassur\u00e9 de ce qui suivrait, il ferma les yeux. Enfin, sa respiration s\u2019apaisa.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, alors que le soleil r\u00e9veillait en silence les jardins, Louis le Grand, le quatorzi\u00e8me de sa dynastie, s\u2019\u00e9teignit, comme une bougie vacillante s\u2019\u00e9vanouissant pour laisser place au sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la pi\u00e8ce, le clavecin demeura ouvert, muet. La peinture \u00e9caill\u00e9e semblait s\u2019\u00eatre encore ternie, comme si la lumi\u00e8re refusait d\u00e9finitivement de s\u2019y attarder.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8212;<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois Couperin le Grand, le dernier claveciniste de sa dynastie, continua ses publications mais savait que le temps cherchait d\u00e9sormais d\u2019autres mains. Le timbre du clavecin semblait d\u00e9j\u00e0 trop sautillant et l\u2019on r\u00e9clamait des instruments, tel le <em>pianoforte<\/em>, capables de faire na\u00eetre la douceur ou de rugir d\u2019un m\u00eame geste.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La T\u00e9n\u00e9breuse<\/em> retentit encore les ann\u00e9es qui suivirent. On en admira la gravit\u00e9, la sombre lenteur, l\u2019architecture implacable. Mais le sens myst\u00e9rieux de ces paroles resta dans l\u2019ombre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"755\" src=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/JULIE-PELON-1024x755.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4331\" srcset=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/JULIE-PELON-1024x755.png 1024w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/JULIE-PELON-300x221.png 300w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/JULIE-PELON-768x566.png 768w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/JULIE-PELON-1536x1132.png 1536w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/JULIE-PELON-2048x1509.png 2048w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/JULIE-PELON-366x270.png 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u201cT\u00e9n\u00e9breuse en ut mineur\u201d, une nouvelle \u00e9crite par Julie Pelon ___________________Professeur r\u00e9f\u00e9rent : Eric Ballet Lyc\u00e9e Fran\u00e7ais Vincent Van Gogh \u2013 La Haye \u2013 Pays-Bas ___________________ Enfant, il ne savait pas compter jusqu\u2019\u00e0 vingt. Les premiers chiffres se succ\u00e9daient pourtant avec assurance, arrondissant sa petite bouche pulpeuse. Le quatorze, tant attendu, se promenait avec d\u00e9lice entre ses dents blanches qui savouraient le chiffre, id\u00e9ogramme de son besoin de vivre, poursuivant avec fiert\u00e9 la lign\u00e9e. Mais le quinze commen\u00e7ait \u00e0 le&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2026\/06\/12\/prix-de-lafpeah-2026-lycee\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4328,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,186],"tags":[227,17,49,33,37],"class_list":["post-4327","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","category-nouvelles-primees","tag-cassandre","tag-concours-de-nouvelles","tag-litterature","tag-mythologie","tag-prix-de-lafpeah"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4327","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4327"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4327\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4337,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4327\/revisions\/4337"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4328"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4327"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4327"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4327"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}