{"id":4046,"date":"2025-10-29T17:16:12","date_gmt":"2025-10-29T16:16:12","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=4046"},"modified":"2025-12-22T17:38:12","modified_gmt":"2025-12-22T16:38:12","slug":"les-fuegiens-dans-le-manteau-du-vent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2025\/10\/29\/les-fuegiens-dans-le-manteau-du-vent\/","title":{"rendered":"Les Fu\u00e9giens dans le manteau du vent"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><em><strong>Hommage \u00e0 Francisco Coloane<\/strong><\/em><br><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-center\">\u00ab&nbsp;<em>For we\u2019re like creatures of the wind, and wild is the wind<\/em>&nbsp;\u00bb<br><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On sait comment Apollinaire a prot\u00e9g\u00e9 les Mayas de notre capacit\u00e9 moyenne de compr\u00e9hension&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu ne conna\u00eetras jamais bien les Mayas.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Lettre-Oc\u00e9an&nbsp;\u00bb, <em>Calligrammes<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Connaissait-il les Fu\u00e9giens&nbsp;? Ils sont beaucoup plus lointains que les Mayas. C\u2019est le vrai peuple <em>finis terrae<\/em>, des sortes de Bretons excessifs&nbsp;; c\u2019est, \u00e0 tous points de vue, l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du monde humain. Le terme \u00ab&nbsp;fu\u00e9gien&nbsp;\u00bb est d\u00e9riv\u00e9 de \u00ab&nbsp;feu&nbsp;\u00bb, car les premiers circumnavigateurs, en traversant les chenaux au sud du d\u00e9troit de Magellan, apercevaient des feux tout autour d\u2019eux (\u00ab&nbsp;Ce coin o\u00f9 les signaux sont plus loin que le monde&nbsp;\u00bb, Pierre Reverdy). D\u2019o\u00f9 aussi la Terre de Feu. Il n\u2019y a plus de feux aujourd\u2019hui. \u00ab&nbsp;Fu\u00e9giens&nbsp;\u00bb&nbsp;est un terme g\u00e9n\u00e9rique pour d\u00e9signer plusieurs peuples. Ceux dont nous parlons ici sont les communaut\u00e9s de p\u00eacheurs nomades install\u00e9s au sud du canal de Beagle&nbsp;: Yamanas, alakalufs, Chonos, Selk-nam (terminologie fluctuante). Les Fu\u00e9giens du Nord sont des chasseurs de la Pampa dont les caract\u00e9ristiques sont diff\u00e9rentes. On s\u2019int\u00e9resse ici, plus particuli\u00e8rement, aux Yamanas, ou Yaghans, ou Yahgans, ou Yagans.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-large is-resized\"><a href=\"[[File:Pueblos ind\u00edgenas de la Patagonia Austral.svg|thumb|Pueblos ind\u00edgenas de la Patagonia Austral]]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1015\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-10.41.19-1-1015x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4048\" style=\"width:346px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-10.41.19-1-1015x1024.png 1015w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-10.41.19-1-297x300.png 297w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-10.41.19-1-150x150.png 150w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-10.41.19-1-768x775.png 768w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-10.41.19-1-1522x1536.png 1522w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-10.41.19-1-268x270.png 268w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-10.41.19-1.png 1752w\" sizes=\"auto, (max-width: 1015px) 100vw, 1015px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><sub><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-black-color\"><a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Pueblos_ind%C3%ADgenas_de_la_Patagonia_Austral.svg\">\u0153uvre d\u00e9riv\u00e9e : Janitoalevic Fichier:Tierra del Fuego location map.svg : NordNordWest Fichier:Pueblos indigenas de Chile-ver.svg : Keysanger<\/a>&nbsp;<\/mark><\/sub><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Bougainville, qui avait vu bien des peuples, les d\u00e9crit comme \u00ab&nbsp;les plus d\u00e9nu\u00e9s de tout&nbsp;\u00bb, et vivant dans \u00ab&nbsp;le plus affreux climat de l\u2019univers&nbsp;\u00bb. Parmi les \u00ab&nbsp;Fu\u00e9giens&nbsp;\u00bb, il faisait bien la diff\u00e9rence entre les nobles et hauts cavaliers patagons des pampas m\u00e9ridionales et les pitoyables cr\u00e9atures des chenaux qu\u2019il d\u00e9crit ainsi&nbsp;: Ces sauvages sont petits, vilains, maigres, et d&rsquo;une puanteur insupportable. Ils sont presque nus, n&rsquo;ayant pour v\u00eatement que de mauvaises peaux de loups marins trop petites\u2026&nbsp;\u00bb Un si\u00e8cle plus tard, le grand Darwin ne parvient pas \u00e0 \u00e9noncer quelque chose de plus scientifique que&nbsp;: \u00ab\u2009quand on voit ces hommes, c\u2019est \u00e0 peine si on peut croire que ce soient des cr\u00e9atures humaines, des habitants du m\u00eame monde que le n\u00f4tre.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019a en effet \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 aucun navigateur que, dans le vent glac\u00e9, ils ne sont v\u00eatus que d\u2019une mauvaise peau de phoque ou de loutre jet\u00e9e sur le dos&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026 hommes, femmes, enfants, vivent \u00e0 peu pr\u00e8s nus, grelottant dans une atmosph\u00e8re satur\u00e9e, ruisselant de pluie et d\u2019eau de mer, fouett\u00e9s par le vent, la neige ou la gr\u00eale, alors que le thermom\u00e8tre peut marquer un chiffre au dessous de z\u00e9ro&nbsp;\u00bb (L\u00e9on Thomas, 1953). S\u2019ils ont surv\u00e9cu \u00e0 ces conditions pendant 6000 ans, les Fu\u00e9giens ont succomb\u00e9 au syst\u00e8me latifundiaire. Ils ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s (surtout au Nord) par les milices des grands propri\u00e9taires qui s\u2019\u00e9taient appropri\u00e9 les terres valorisables. Comme partout, les \u00e9pid\u00e9mies ont fait le reste (surtout au Sud, dans les rochers). On estime grossi\u00e8rement leur population \u00e0 10&nbsp;000-20&nbsp;000 \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 1000 en 1910, \u00e0 moins de 100 en 1950\u2026 La derni\u00e8re locutrice de la langue Yaghan, Cristina Calderon, est morte le 16 f\u00e9vrier 2022. Ils ont donc \u00e9t\u00e9 peu \u00e9tudi\u00e9s, sinon par l\u2019anthropologie coloniale ou missionnaire, pas d\u00e9m\u00e9ritante, mais peu apte \u00e0 restituer une rationalit\u00e9 aux peuples dont elle s\u2019occupe. On ne conna\u00eetra donc jamais bien les Fu\u00e9giens&nbsp;; on a perdu corps et \u00e2mes le peuple des canots.<\/p>\n\n\n\n<p>Signalons n\u00e9anmoins les efforts d\u2019hommes et de femmes de bonne volont\u00e9, des deux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Atlantique, pour sauver \u00ab&nbsp;ce qui peut l\u2019\u00eatre apr\u00e8s le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Extermination_des_Selknam\">g\u00e9nocide<\/a> des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Yagans\">yagan<\/a>, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Selknam\">selk\u2019nam<\/a> et <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Haush\">haush<\/a>\u2026 entre 1870 et 1925&nbsp;\u00bb (Projet Haizebegi, rencontre de Bayonne, octobre 2019). Les tout derniers repr\u00e9sentants de ces peuples reprennent en main les fils de leur histoire, et ne semblent pas d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 servir d\u2019aliment \u00e0 un nouveau colonialisme touristico-folklorique. Souhaitons-leur bon vent&nbsp;; mais sans la base productive qui fut \u00e0 l\u2019origine de leur culture, les peuples objets de <em>revivals<\/em> ne rattrapent souvent que la surface des r\u00eaves. Ce n\u2019est certes pas rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Fu\u00e9giens furent donc ce peuple autochtone d\u2019un territoire froid, incessamment soumis aux giboul\u00e9es et aux bourrasques&nbsp;; ils vivaient nus sous un vent d\u2019Ouest rafra\u00eechi par le courant antarctique de l\u2019Oc\u00e9an. Ils v\u00e9curent dans des parages litt\u00e9ralement invivables. Si les Grecs des temps archa\u00efques avaient connu les Fu\u00e9giens, ils les auraient d\u00e9sign\u00e9s comme les v\u00e9ritables Eoliens, et leur auraient fabriqu\u00e9 un anc\u00eatre fondateur, fils cuivr\u00e9 d\u2019Eole et de quelque nymphe des rochers \u00e9cumeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Un vent fort et permanent peut rendre fou, tout comme une exposition prolong\u00e9e \u00e0 une certaine altitude provoque immanquablement une embolie pulmonaire. Nous ne le savons presque plus, car nous vivons dans des logis clos&nbsp;; mais un simple bivouac en haute montagne nous ram\u00e8ne sans coup f\u00e9rir \u00e0 cette d\u00e9termination originelle de notre esp\u00e8ce. Le vent mod\u00e8lera-t-il une culture, comme les ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9ophysiques mod\u00e8lent les paysages&nbsp;? Les Yamanas eurent un Grand Dieu, des shamans, des cycles mythologiques, des c\u00e9r\u00e9monies d\u2019initiation, des dizaines de milliers de mots, mais on n\u2019a plus acc\u00e8s \u00e0 leur g\u00e9ophysique, car l\u2019anthropologie structurale est venue apr\u00e8s leur extinction. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du Pacifique, dans les mythes des Maoris, T\u0101whirim\u0101tea est un Dieu vengeur et vindicatif. Dans sa col\u00e8re contre ses fr\u00e8res, il envoie sur terre&nbsp;: Pluie terrible, Pluie prolong\u00e9e, Temp\u00eate f\u00e9roce, et leurs enfants Brume, Ros\u00e9e lourde et Ros\u00e9e l\u00e9g\u00e8re, les \u00ab&nbsp;Enfants du Vent&nbsp;\u00bb. Les po\u00e8tes, dans leurs illuminations, ont abondamment document\u00e9 l\u2019imaginaire du vent. C\u2019est ainsi la po\u00e9sie qui sera notre v\u00e9hicule d\u2019approche vers les parages mentaux des Fu\u00e9giens.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Gaston Bachelard a consacr\u00e9 \u00e0 ce m\u00e9t\u00e9ore un chapitre de <em>L\u2019air et les songes<\/em> (chapitre XI). Sa culture po\u00e9tique originale (symbolistes et d\u00e9cadents, c\u2019est sa g\u00e9n\u00e9ration, mais aussi Anglais, Germains et Bretons), lui ouvre acc\u00e8s \u00e0 une psychologie du vent, faite de col\u00e8re surtout.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Bachelard, c\u2019est par la \u00ab&nbsp;r\u00eaverie&nbsp;\u00bb que chacun d\u2019entre nous se d\u00e9ploie au niveau du cosmos (<em>La terre et les r\u00eaveries de la volont\u00e9<\/em>), et les r\u00eaveries s\u2019actualisent dans les \u00ab&nbsp;images&nbsp;\u00bb, regroup\u00e9es en motifs plus ou moins vastes.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La col\u00e8re<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Si l&rsquo;on va tout de suite \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame image dynamique de l&rsquo;air violent, dans un cosmos de la temp\u00eate, on voit s&rsquo;accumuler des impressions d&rsquo;une grande nettet\u00e9 psychologique. Il semble que le vide immense, en trouvant soudain une action, devienne une image particuli\u00e8rement nette de la col\u00e8re cosmique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il pense ici, surtout, \u00e0 Joseph Conrad. Certaines pages de <em>Typhon<\/em> sont c\u00e9l\u00e8bres par la figure de personnification d\u00e9ploy\u00e9e qu\u2019elle met en \u0153uvre. Conrad, qui avait v\u00e9cu ce qu\u2019il d\u00e9crit, ne peut \u00eatre surpass\u00e9 dans l\u2019analyse psychologique de la temp\u00eate et des humains qui l\u2019\u00e9prouvent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Et c\u2019est alors enfin que la chose r\u00e9elle arriva.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut je ne sais quoi de formidable et de prompt, pareil \u00e0 l\u2019\u00e9clatement soudain d\u2019un grand vase de la Col\u00e8re\u2026 Chaque homme aussit\u00f4t perdit contact. Car tel est le pouvoir d\u00e9sagr\u00e9geant des grands souffles&nbsp;: il isole [\u2026] La temp\u00eate geignait, piaulait, se d\u00e9menait gigantesque dans les t\u00e9n\u00e8bres, comme si le monde entier n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 qu\u2019un \u00e9gout noir [\u2026] On e\u00fbt dit une cr\u00e9ature vivante en proie \u00e0 une foule enrag\u00e9e, victime offerte, brutalis\u00e9e, bouscul\u00e9e, culbut\u00e9e, roul\u00e9e \u00e0 terre et pi\u00e9tin\u00e9e [\u2026] b\u00e2illonn\u00e9s par le vent [\u2026] Un de ces cris sauvages, effarants, que l\u2019ouragan transporte et qui passe au-dessus de nos t\u00eates&nbsp;myst\u00e9rieusement, s\u2019abattit soudain sur le navire comme e\u00fbt fait un oiseau de proie [\u2026] On e\u00fbt dit plut\u00f4t une sorte de narcose de l\u2019esprit comme en sait provoquer l\u2019insistance de la temp\u00eate&#8230; c\u2019est une lassitude insidieuse qui p\u00e9n\u00e8tre dans les poitrines, s\u2019infiltre n\u00e9gligemment jusqu\u2019au c\u0153ur, l\u2019alourdit et le contriste [\u2026] Les lames jaillissaient de la nuit, portant une lueur spectrale \u00e0 leur cr\u00eate \u2013 cette lueur de l\u2019\u00e9cume effervescente [\u2026] L\u2019incantation de la temp\u00eate op\u00e9rait.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le cri<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La fureur de l\u2019univers, le tohu-bohu de ces b\u00eates de cauchemar \u00ab&nbsp;portant une lueur spectrale \u00e0 leur cr\u00eate&nbsp;\u00bb, El\u00e9mir Bourges les a entendus, car dans son cerveau \u00e9poux-vent\u00e9, ils d\u00e9ferlent en une cohue bruyante&nbsp;: gorgones, gr\u00e9es, louves ail\u00e9es, gelludes, harpyes, stymphalides\u2026 C\u2019est \u00ab&nbsp;une cosmologie du cri \u2013 commente Bachelard &#8211; qui assemble l&rsquo;\u00eatre autour d&rsquo;un cri. Le cri est \u00e0 la fois la premi\u00e8re r\u00e9alit\u00e9 verbale et la premi\u00e8re r\u00e9alit\u00e9 cosmogonique.&nbsp;\u00bb D\u2019o\u00f9 sont issues les m\u00e9taphores des chuintements, piaulements, g\u00e9missements, sifflements du vent, qui se fait volontiers \u00ab&nbsp;vip\u00e8re&nbsp;\u00bb (Hugo).<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La meute<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Cette ru\u00e9e all\u00e9gorique s\u2019est parfois traduite dans la figure de la \u00ab&nbsp;chasse infernale&nbsp;\u00bb, comme chez Saint-Pol Roux (cit\u00e9 par Bachelard), \u00ab&nbsp;la chevauch\u00e9e invisible et violente, sans douceur et sans tr\u00eave\u2026&nbsp;\u00bb, d\u2019o\u00f9 proc\u00e8dent aussi \u00ab&nbsp;les chiens du vent&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;chiens des \u00e9quinoxes&nbsp;\u00bb, dont parle une vieille chanson bretonne, et qui accompagnent l\u2019Ankou dans ses traques horrifiantes. On reconna\u00eet en \u00e9cho la l\u00e9gende du Grand Veneur, localis\u00e9e \u00e0 Fontainebleau (l\u2019un des leitmotivs de <em>La modification<\/em> de Michel Butor), ou encore <em>La Mesnie Hellequin<\/em>, chez Fred Vargas.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L\u2019Orestie<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Ces battues vengeresses ont la m\u00eame fonction punitive que le harc\u00e8lement des Erynies, dont les actions, selon une <em>Orestis tragoedia<\/em> attribu\u00e9e \u00e0 Dracontius, sont \u00ab&nbsp;vip\u00e9rines&nbsp;\u00bb. On sait que leur pers\u00e9cution m\u00e8ne \u00e0 la folie, et qu\u2019elle se poursuit au-del\u00e0 de la mort, dans les souterrains d\u2019Had\u00e8s. Bachelard donne la le\u00e7on finale de cet univers sans r\u00e9demption&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u2026 l\u2019\u00c9rinye totalise le poursuivant et le poursuivi. Et cette synth\u00e8se, r\u00e9alis\u00e9e dans une image dynamique premi\u00e8re, va loin. Il semble qu&rsquo;elle puisse totaliser le remords et la vengeance, tant est grand le malheur du vent.&nbsp;\u00bb La poursuite est dans le poursuivi. Les grands vents du monde sont dans notre t\u00eate. Melville, Conrad, Coloane.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La hantise<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Dans <em>La vie de Ranc\u00e9<\/em>, Chateaubriand rend \u00e0 ce terme, dont on ne conna\u00eet plus que le sens d\u00e9riv\u00e9, son sens propre&nbsp;: action de hanter, d\u2019occuper un lieu. Guillevic (cit\u00e9 par Bachelard) devine la hantise du vent, mais de mani\u00e8re ind\u00e9finie, comme un vague pressentiment :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Il y a quelqu\u2019un<br>Dans le vent&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Saint-John Perse y verse sa coul\u00e9e all\u00e9gorique, pour nous avertir d\u2019une \u00ab&nbsp;pens\u00e9e du vent&nbsp;\u00bb orient\u00e9e vers les hommes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Les dieux qui marchent dans le vent susciteront encore sur nos pas les accidents extraordinaires\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Et si un homme aupr\u00e8s de nous vient \u00e0 manquer \u00e0 son visage de vivant, qu\u2019on lui tienne de force la face dans le vent&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>La source<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026 pour l&rsquo;imagination \u2013 nous dit Pierre Reverdy &#8211;&nbsp; l&rsquo;origine du vent est plus importante que son but&nbsp;\u00bb Et il publie <em>Sources du vent<\/em>, o\u00f9 est notre raison d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019horizon luisant&nbsp;:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"811\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.23.15-811x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4069\" style=\"width:369px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.23.15-811x1024.png 811w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.23.15-238x300.png 238w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.23.15-768x970.png 768w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.23.15-1216x1536.png 1216w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.23.15-214x270.png 214w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.23.15.png 1340w\" sizes=\"auto, (max-width: 811px) 100vw, 811px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>La source du vent est aussi la source du temps.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Go west<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Dans <em>Vents<\/em>, Saint-John Perse sugg\u00e8re un itin\u00e9raire am\u00e9ricain, vers le Sud, puis l\u2019Ouest, une Odyss\u00e9e ontologique&nbsp;; son po\u00e8me y a rencontr\u00e9 les Fu\u00e9giens&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Ici la gr\u00e8ve et la suture\u2026 Et au-del\u00e0 le reniement\u2026 La mer en Ouest, et Mer encore, \u00e0 tous nos spectres famili\u00e8re\u2026<br>\u2026 Plus loin, plus loin, o\u00f9 sont les \u00eeles hautes \u2013 \u00eeles de pierre ponce aux mains de cent tailleurs d\u2019images\u2026<br>\u2026 Et au-del\u00e0, les purs r\u00e9cifs, et de plus haute solitude \u2013 les grands asc\u00e8tes inconsolables lavant aux pluies du large leurs faces ruisselantes de piti\u00e9\u2026<br>\u2026Et au-del\u00e0, derni\u00e8re en Ouest, l\u2019\u00eele o\u00f9 vivait, il y a vingt ans, le dernier arbrisseau\u2026<br>\u2026 Et au-del\u00e0, et au-del\u00e0, sont les derniers froncements d\u2019humeur sur l\u2019\u00e9tendue des mers. Et mon po\u00e8me encore vienne \u00e0 grandir avec son ombre sur la mer\u2026<br>\u2026 Et au-del\u00e0, et au-del\u00e0, qu\u2019est-il rien d\u2019autre que toi-m\u00eame \u2013 qu\u2019est-il rien d\u2019autre que d\u2019humain&nbsp;?&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour les po\u00e8tes, le vent est toujours un vent d\u2019Ouest. D\u2019Ouest, le vent-baiser-b\u00e2illon-gifle&nbsp; rudoie Pierre Gu\u00e9guen (cit\u00e9 par Bachelard) :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Le vent d&rsquo;ouest au grand-corps farouche<br>Me t\u00e2tait de ses doigts fougueux.<br>Il collait sa bouche \u00e0 ma bouche<br>Et m&rsquo;insufflait son \u00e2me rude.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mort jeune, en mer, dans l\u2019une de ces temp\u00eates d\u00e9sir\u00e9es qu\u2019il invoquait, et auxquelles il s\u2019identifiait, Percy Shelley est le v\u00e9ritable Orph\u00e9e des temps modernes. Voici ces vers, souvent cit\u00e9s quand il est question du vent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;O wild West Wind, thou breath of Autumn&rsquo;s being,&nbsp;<br>Thou, from whose unseen presence the leaves dead&nbsp;<br>Are driven, like ghosts from an enchanter fleeing [\u2026]<br>Wild Spirit, which art moving everywhere;&nbsp;<br>Destroyer and preserver; hear, oh hear! [\u2026]<br>Be thou, Spirit fierce,&nbsp;<br>My spirit! Be thou me, impetuous one!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>A la situation tragique que nous d\u00e9crivions plus haut, l\u2019unit\u00e9 de la poursuite et du poursuivi, Shelley trouve l\u2019issue po\u00e9tique&nbsp;: sois moi-m\u00eame pour que je te chante, \u00f4 imp\u00e9tueux vent d\u2019Ouest.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>L\u2019asc\u00e8se<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Saint-John Perse descend vers la Patagonie dans la compagnie des vents&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;La face libre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os, la bouche au dur b\u00e2illon du vent, et du front nu pesant au cuir de fronde des rafales\u2026 Nous remonterons l\u2019\u00e2pre coul\u00e9e de pierre dans un broiement d\u2019\u00e9lytres, de coraux. Nous y chercherons nos failles et fissures. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019entaille fait d\u00e9faut, que nous ravisse l\u2019aplomb lui-m\u00eame sur son angle.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un motif r\u00e9current dans la litt\u00e9rature de montagne, de P\u00e9trarque au Ventoux, \u00e0 Walter Bonatti dans le pilier sud-ouest du Dru&nbsp;: l\u2019ascension spirituelle, l\u2019asc\u00e8se purificatrice. Dans les plus dures souffrances, Bonatti parle lui-m\u00eame d\u2019 \u00ab&nbsp;asc\u00e8se vers les conqu\u00eates id\u00e9ales&nbsp;\u00bb (<em>A mes montagnes<\/em>)&nbsp;; ses stigmates (mains taillad\u00e9es, boursoufl\u00e9es, doigts \u00e9cras\u00e9s), peuvent rappeler Lancelot au Pont de l\u2019\u00e9p\u00e9e. Dans la strophe de Perse, la souffrance est lisible dans le chaos phon\u00e9tique, l\u2019entrechoquement des sifflantes et des fricatives, des occlusives dentales et bilabiales. On ne parvient pas aux sources du vent sans \u00e9corchures.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le d\u00e9lire ardent<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que montre Philippe Brunet, le traducteur d\u2019Hom\u00e8re, l\u2019a\u00e8de de notre temps. Toute sa pratique<em> <\/em>est dans le souffle, qu\u2019il mesure le plus souvent en hexam\u00e8tres, parfois en t\u00e9tram\u00e8tres, comme dans <em>Retour \u00e0 Fukushima<\/em>. Ce po\u00e8me au long cours narre le voyage de son a\u00efeul Eijir\u00f4, qui rapporta au Japon la machine \u00e0 rayons X, r\u00e9cemment invent\u00e9e. A cheval, en Sib\u00e9rie, il rencontre le vent&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Dans le vent, on ne sait plus pourquoi marcher, et \u00e0 quoi bon<br>tourner dans le labyrinthe et si sa vie est \u00e0 ce prix.<br>Autant repousser un mur avec ses mains, l\u2019effort est trop<br>lourd, le r\u00e9sultat, douteux ou nul, le progr\u00e8s en recul,<br>on voudrait ne plus rien faire, surtout ne plus rien vouloir<br><br>Me faire animal, au gr\u00e9 du mouvement et des odeurs,<br>renoncer \u00e0 ma pens\u00e9e, fermer les yeux, suspendre le<br>je, mais cela c\u2019est tr\u00e8s facile, laisser les d\u00e9sirs flotter<br>vaguement au large dans le ciel, partout dans l\u2019\u00e9tendue,<br>ne plus admirer rien au dehors, me fondre en la beaut\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Chaque vers est \u00e0 \u00ab&nbsp;quinze pas rythm\u00e9s \u00e0 huit battues&nbsp;\u00bb, car Eijir\u00f4 marche dans son souffle r\u00e9gulier, qui cr\u00e9e \u00e0 mesure l\u2019espace physique sur la page et sur la steppe. On reconna\u00eet (\u00ab&nbsp;surtout ne plus rien vouloir&nbsp;\u00bb) certaine \u00ab&nbsp;narcose de l\u2019esprit&nbsp;\u00bb dont parlait Conrad, qui va ici se convertir en danse hallucinatoire des \u00e9pith\u00e8tes hom\u00e9riques :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;Vagues du sommeil, rouleaux \u00e9crase-c\u0153ur du cauchemar<br>se bousculent presse-tempes, coupe-souffle \u00e0 c\u0153ur-battu,<br>c\u0153ur-\u00e9coeure-corps, ennui annuite-l\u2019\u00e2me. La sueur<br>trempe sa liti\u00e8re. Cingle-joues, cigale-scie, le cri<br>\u00e2cre-vent d\u00e9chire ses tympans. Il neige des \u00e9crous.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9lire ardent, on le voit, est rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019isotopie du vent, car le vent est ici devenu modalit\u00e9 douloureuse de la conscience, et donc exp\u00e9rience figurale de langage. L\u2019\u00e9preuve sera bonne pour Eijir\u00f4, qui renouera avec le Japon, avec son lignage, avec&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026 la pens\u00e9e<br>que nous sommes au bout de la branche la fleur et le fruit&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Blaise Cendrars<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>On s\u2019\u00e9tonne presque de ne pas rencontrer Blaise Cendrars sur la route du vent. On aurait d\u00fb s\u2019enchanter d\u2019une \u00ab&nbsp;photographie verbale&nbsp;\u00bb de la Terre de Feu, d\u2019un de ces po\u00e8mes que la soci\u00e9t\u00e9 Kodak lui interdit d\u2019appeler <em>Kodak<\/em>, et qu\u2019il intitula \u00ab&nbsp;Documentaires&nbsp;\u00bb. Or Cendrars ne d\u00e9\u00e7oit jamais. Comme son c\u0153ur de po\u00e8te devinait qu\u2019on lui r\u00e9clamerait un jour un po\u00e8me sur les terres fu\u00e9giennes, et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait jamais descendu si loin, il nous a donn\u00e9, comme par clin d\u2019\u0153il, leur pendant septentrional&nbsp;: \u00ab&nbsp;Terres al\u00e9outiennes&nbsp;\u00bb. Cette co\u00efncidence si cendrassienne nous enchante autant qu\u2019un groupe de vers&nbsp;: tout est po\u00e9sie chez Blaise Cendrars.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Pourquoi sont-ils rest\u00e9s&nbsp;?<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>On s\u2019\u00e9tonne parfois que des gens se soient install\u00e9s l\u00e0 plut\u00f4t qu\u2019ailleurs. Dans le cas des Fu\u00e9giens, l\u2019\u00e9tonnement devient incr\u00e9dulit\u00e9&nbsp;: les hommes du n\u00e9olithique qui ont \u00e9lev\u00e9 les premi\u00e8res cabanes dans les rochers du canal de Beagle, face aux vents glac\u00e9s de l\u2019Oc\u00e9an, avaient peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 mus par la pulsion, combien humaine, d\u2019aller jusqu\u2019au bout de la terre, <em>finis terrae<\/em>. Mais pourquoi sont-ils rest\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Selon Joan Didion, cit\u00e9e par l\u2019alpiniste John Krakauer, (<em>R\u00eaves de montagnes<\/em>), \u00ab&nbsp;Le taux de suicide augmente pendant le foehn et dans certains cantons suisses, les tribunaux consid\u00e8rent ce vent comme une circonstance att\u00e9nuante en cas de crimes\u2026&nbsp;\u00bb Chaque peuple, l\u00e0 o\u00f9 il s\u2019est fix\u00e9, s\u2019arrange des conditions ext\u00e9rieures. Les Fu\u00e9giens ont v\u00e9cu des milliers d\u2019ann\u00e9es dans les vents d\u00e9cha\u00een\u00e9s du Cap Horn. Ont-ils fait du vent (toujours froid) un \u00e9l\u00e9ment de leur culture, l\u2019ont-ils socialis\u00e9, chant\u00e9, ritualis\u00e9, divinis\u00e9, shamanis\u00e9&nbsp;? Comment l\u2019esprit de ces hommes \u2013<em> sapiens <\/em>comme nous &#8211; a-t-il r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019agression&nbsp;? C\u2019\u00e9tait l\u2019une des donn\u00e9es premi\u00e8res de leur vie mat\u00e9rielle&nbsp;; elle a d\u00fb s\u2019inscrire dans la structure de leur esprit, et produire des dispositifs d\u2019adaptation \u00e0 travers les syst\u00e8mes m\u00e9taboliques qui r\u00e9gulent notre rapport \u00e0 tout ce qu\u2019il y a au-del\u00e0 de notre peau. Le froid (Inuits), l\u2019altitude (Sherpas) ou la chaleur (B\u00e9douins) ont provoqu\u00e9 des adaptations biologiques et culturelles bien connues. Mais sur ce plan pr\u00e9cis, que sait-on du vent&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Les Fu\u00e9giens en ont-ils su quelque chose&nbsp;? Le vent leur a-t-il parl\u00e9&nbsp;? Lui ont-ils r\u00e9pondu&nbsp;? Ont-ils conc\u00e9d\u00e9 la folie du vent \u00e0 des institutions sp\u00e9cialis\u00e9es&nbsp;: chants, danses, c\u00e9r\u00e9monies, luttes, proc\u00e9d\u00e9s linguistiques, figures po\u00e9tiques, figures de \u00ab&nbsp;fous&nbsp;\u00bb absorbant dans leur personne toute la charge v\u00e9n\u00e9neuse de leurs m\u00e9t\u00e9ores ?<\/p>\n\n\n\n<p>A-t-on assist\u00e9, chez ces <em>homos sapiens<\/em>, \u00e0 quelque effort path\u00e9tique de reprise en main par la rationalit\u00e9 humaine, comme Conrad, plong\u00e9 dans le chaos, affiche le lexique technique de la navigation&nbsp;?&nbsp; Comme Melville, la polyphonie des discours&nbsp;? Comme Perse, la <em>tenue<\/em> langagi\u00e8re&nbsp;? Comme Cendrars, le flegme photographique&nbsp;? Comme Brunet, les \u00e9pith\u00e8tes hom\u00e9riques&nbsp;? Comme Bonatti, le d\u00e9tachement du professionnel&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous resterons, po\u00e9tiquement, au seuil des r\u00e9ponses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CYRIL LE MEUR <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">_____________<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"797\" src=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Alexis-Demetriades-1024x797.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4078\" style=\"width:682px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Alexis-Demetriades-1024x797.png 1024w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Alexis-Demetriades-300x233.png 300w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Alexis-Demetriades-768x598.png 768w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Alexis-Demetriades-1536x1195.png 1536w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Alexis-Demetriades-2048x1594.png 2048w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Alexis-Demetriades-347x270.png 347w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p><strong><em>Peintures corporelles Selk&rsquo;nam<\/em><\/strong>\u00a0&#8211; Gravure sur carton d\u2019<strong>Alexis Demetriades<\/strong><br>\u00ab\u00a0Cette illustration repr\u00e9sente les parures corporelles utilis\u00e9es par le peuple Selk&rsquo;nam, aujourd&rsquo;hui disparu, de la Terre de Feu, lors de leur c\u00e9r\u00e9monie de passage \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, appel\u00e9e Hain. Les adultes de la tribu \u00e9taient peints et d\u00e9guis\u00e9s en esprits redoutables, et accomplissaient, pendant plusieurs jours ou semaines, cette initiation complexe dans la neige. Bien que seules des photographies en noir et blanc subsistent comme t\u00e9moignage visuel de ces ornements, les missionnaires d\u00e9crivaient les pigments comme \u00e9tant noirs, blancs et rouges.\u00a0\u00bb Alexis Demetriades<br><br><em>Nous remercions Alexis Demetriades qui nous a gracieusement permis d\u2019utiliser son travail.<\/em> [N\u2018h\u00e9sitez pas \u00e0 consulter son site si vous voulez avoir un aper\u00e7u de ses cr\u00e9ations. Vous serez impressionn\u00e9s par l\u2019originalit\u00e9 de son \u0153uvre : <a href=\"https:\/\/alexisdemetriades.com\">https:\/\/alexisdemetriades.com<\/a> ]<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">______________<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"325\" src=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.00.01-1024x325.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-4066\" style=\"width:659px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.00.01-1024x325.png 1024w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.00.01-300x95.png 300w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.00.01-768x244.png 768w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.00.01-1536x487.png 1536w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.00.01-2048x650.png 2048w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/Capture-decran-2025-10-29-a-16.00.01-604x192.png 604w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hommage \u00e0 Francisco Coloane \u00ab&nbsp;For we\u2019re like creatures of the wind, and wild is the wind&nbsp;\u00bb On sait comment Apollinaire a prot\u00e9g\u00e9 les Mayas de notre capacit\u00e9 moyenne de compr\u00e9hension&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu ne conna\u00eetras jamais bien les Mayas.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Lettre-Oc\u00e9an&nbsp;\u00bb, Calligrammes). Connaissait-il les Fu\u00e9giens&nbsp;? Ils sont beaucoup plus lointains que les Mayas. C\u2019est le vrai peuple finis terrae, des sortes de Bretons excessifs&nbsp;; c\u2019est, \u00e0 tous points de vue, l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du monde humain. Le terme \u00ab&nbsp;fu\u00e9gien&nbsp;\u00bb est d\u00e9riv\u00e9 de \u00ab&nbsp;feu&nbsp;\u00bb, car les&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2025\/10\/29\/les-fuegiens-dans-le-manteau-du-vent\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4079,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[248,49,69],"class_list":["post-4046","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","tag-anthropologie","tag-litterature","tag-poesie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4046"}],"version-history":[{"count":32,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4046\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4098,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4046\/revisions\/4098"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4079"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4046"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}