{"id":3953,"date":"2025-09-21T21:04:25","date_gmt":"2025-09-21T19:04:25","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=3953"},"modified":"2025-09-22T14:37:05","modified_gmt":"2025-09-22T12:37:05","slug":"continuite-des-parcs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2025\/09\/21\/continuite-des-parcs\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Continuit\u00e9 des parcs\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab\u00a0Continuit\u00e9 des parcs\u00a0\u00bb est un r\u00e9cit fantastique de Julio Cort\u00e1zar. Cette nouvelle de l&rsquo;\u00e9crivain argentin permet d&rsquo;introduire une r\u00e9flexion sur la lecture (identification, \u00e9vasion, ali\u00e9nation), sur la force de l&rsquo;illusion romanesque ainsi que sur l&rsquo;\u00e9ventuelle rencontre de la fiction et de la r\u00e9alit\u00e9&#8230; <br><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Vers la fin du r\u00e9cit, les actions commencent \u00e0 s\u2019encha\u00eener de mani\u00e8re vertigineuse. La course entreprise par le personnage de la nouvelle se refl\u00e8te \u00e9galement dans l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de la narration, o\u00f9 les verbes sont \u00e9lid\u00e9s :<br>\u00ab <em>En haut, deux portes. Personne dans la premi\u00e8re pi\u00e8ce, personne dans la seconde. La porte du salon, et alors le poignard \u00e0 la main, la lumi\u00e8re des fen\u00eatres, le haut dossier d\u2019un fauteuil en velours vert, la t\u00eate de l\u2019homme dans le fauteuil en train de lire un roman<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette omission des verbes efface encore davantage les traces du narrateur, car elle tend \u00e0 rendre simultan\u00e9s le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements et leur narration. De plus, elle accentue l\u2019adoption, par le narrateur, de la perspective du personnage de la nouvelle. La vision progressive de l\u2019espace physique accompagne la perception graduelle du personnage qui avance \u00e0 travers les pi\u00e8ces de la maison. Au moment o\u00f9 il semblait que la narration de la lecture avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement abandonn\u00e9e pour p\u00e9n\u00e9trer dans le monde romanesque, les deux histoires fusionnent : le lecteur et l\u2019amant se retrouvent au seuil d\u2019une action suspendue, susceptible de transformer l\u2019un en victime et l\u2019autre en bourreau dans un m\u00eame geste. L\u2019amant et le lecteur pourraient appartenir \u00e0 un monde improbablement commun.<br>Le \u00ab poignard \u00e0 la main \u00bb suspendu au-dessus de \u00ab la t\u00eate de l\u2019homme dans le fauteuil lisant un roman \u00bb constituent les marques d\u2019une continuit\u00e9 possible malgr\u00e9 une discontinuit\u00e9 manifeste. Entre le monde de la litt\u00e9rature et celui de la vie, il n\u2019existe pas de fronti\u00e8res pr\u00e9cises, les espaces sont continus. D\u00e8s lors, l\u2019acte de lire ne peut \u00eatre con\u00e7u comme une distraction inoffensive : toute lecture a un effet sur le lecteur, elle le transforme, l\u2019invite \u00e0 participer \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du sens de l\u2019intrigue.\u00a0\u00bb (Extrait de \u00ab\u00a0Continuidad de los parques\u00a0\u00bb : Lo continuo y lo discontinuo\u00a0\u00bb, Maria Isabel Filinich, Hispam\u00e9rica, A\u00f1o 25, n\u00b0 73 (avril 1996), pp. 113-119.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab\u00a0Continuit\u00e9 des parcs<\/strong>\u00ab\u00a0<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">_________________<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp; Il avait commenc\u00e9 \u00e0 lire le roman quelques jours auparavant. Il l\u2019abandonna \u00e0 cause d\u2019affaires urgentes et l\u2019ouvrit de nouveau dans le train, en retournant \u00e0 sa propri\u00e9t\u00e9. Il se laissait lentement int\u00e9resser par l\u2019intrigue et le caract\u00e8re des personnages. Ce soir-l\u00e0, apr\u00e8s avoir \u00e9crit une lettre \u00e0 son fond\u00e9 de pouvoir et discut\u00e9 avec l\u2019intendant une question de m\u00e9tayage, il reprit sa lecture dans la tranquillit\u00e9 du studio, d\u2019o\u00f9 la vue s\u2019\u00e9tendait sur le parc plant\u00e9 de ch\u00eanes. Install\u00e9 dans son fauteuil favori, le dos \u00e0 la porte pour ne pas \u00eatre g\u00ean\u00e9 par une irritante possibilit\u00e9 de d\u00e9rangements divers, il laissait sa main gauche caresser de temps en temps le velours vert. Il se mit \u00e0 lire les derniers chapitres. Sa m\u00e9moire retenait sans effort les noms et l\u2019apparence des h\u00e9ros. L\u2019illusion romanesque le prit presque aussit\u00f4t. Il jouissait du plaisir presque pervers de s\u2019\u00e9loigner petit \u00e0 petit, ligne apr\u00e8s ligne, de ce qui l\u2019entourait, tout en demeurant conscient que sa t\u00eate reposait commod\u00e9ment sur le velours du dossier \u00e9lev\u00e9, que les cigarettes restaient \u00e0 port\u00e9e de sa main et qu\u2019au -del\u00e0 des grandes fen\u00eatres le souffle du cr\u00e9puscule semblait danser sous les ch\u00eanes.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp; Phrase apr\u00e8s phrase, absorb\u00e9 par la sordide alternative o\u00f9 se d\u00e9battaient les protagonistes, il se laissait prendre aux images qui s\u2019organisaient et acqu\u00e9raient progressivement couleur et vie. Il fut ainsi t\u00e9moin de la derni\u00e8re rencontre dans la cabane parmi la broussaille. La femme entra la premi\u00e8re, m\u00e9fiante. Puis vint l\u2019homme le visage griff\u00e9 par les \u00e9pines d\u2019une branche. Admirablement, elle \u00e9tanchait de ses baisers le sang des \u00e9gratignures. Lui, se d\u00e9robait aux caresses. Il n\u2019\u00e9tait pas venu pour r\u00e9p\u00e9ter le c\u00e9r\u00e9monial d\u2019une passion clandestine prot\u00e9g\u00e9e par un monde de feuilles s\u00e8ches et de sentiers furtifs. Le poignard devenait ti\u00e8de au contact de sa poitrine. Dessous, au rythme du coeur, battait la libert\u00e9 convoit\u00e9e. Un dialogue haletant se d\u00e9roulait au long des pages comme un fleuve de reptiles, et l\u2019on sentait que tout \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 depuis toujours. Jusqu\u2019\u00e0 ces caresses qui enveloppaient le corps de l\u2019amant comme pour le retenir et le dissuader, dessinaient abominablement les contours de l\u2019autre corps, qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire d\u2019abattre. Rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9 : alibis, hasards, erreurs possibles. \u00c0 partir de cette heure, chaque instant avait son usage minutieusement calcul\u00e9. La double et implacable r\u00e9p\u00e9tition \u00e9tait \u00e0 peine interrompue le temps qu\u2019une main fr\u00f4le une joue. Il commen\u00e7ait \u00e0 faire nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp; Sans se regarder, \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 la t\u00e2che qui les attendait, ils se s\u00e9par\u00e8rent \u00e0 la porte de la cabane. Elle devait suivre le sentier qui allait vers le nord. Sur le sentier oppos\u00e9, il se retourna un instant pour la voir courir, les cheveux d\u00e9nou\u00e9s. \u00c0 son tour, il se mit \u00e0 courir, se courbant sous les arbres et les haies. \u00c0 la fin, il distingua dans la brume mauve du cr\u00e9puscule l\u2019all\u00e9e qui conduisait \u00e0 la maison. Les chiens ne devaient pas aboyer et ils n\u2019aboy\u00e8rent pas. \u00c0 cette heure, l\u2019intendant ne devait pas \u00eatre l\u00e0 et il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0. Il monta les trois marches du perron et entra. \u00c0 travers le sang qui bourdonnait dans ses oreilles, lui parvenaient encore les paroles de la femme. D\u2019abord une salle bleue, puis un corridor, puis un escalier avec un tapis. En haut, deux portes. Personne dans la premi\u00e8re pi\u00e8ce, personne dans la seconde. La porte du salon, et alors, le poignard en main, les lumi\u00e8res des grandes baies, le dossier \u00e9lev\u00e9 du fauteuil de velours vert et, d\u00e9passant le fauteuil, la t\u00eate de l\u2019homme en train de lire un roman. <br><br>Julio Cort\u00e1zar, <em>Continuit\u00e9 des parcs<\/em>, 1963.<br><br>Nous vous recommandons la lecture de Jennifer Aguiere sur la cha\u00eene YouTube de notre association: <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Continuit\u00e9  des parcs\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/BxOtq0qm-v4?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Continuit\u00e9 des parcs\u00a0\u00bb est un r\u00e9cit fantastique de Julio Cort\u00e1zar. 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