{"id":3928,"date":"2025-09-22T16:22:21","date_gmt":"2025-09-22T14:22:21","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=3928"},"modified":"2025-09-24T21:03:57","modified_gmt":"2025-09-24T19:03:57","slug":"le-dragon-ray-bradbury","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2025\/09\/22\/le-dragon-ray-bradbury\/","title":{"rendered":"Le Dragon, Ray Bradbury"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous vous recommandons cette nouvelle de Ray Bradbury, lue par <strong>Lucie Solier et Nathalie Cullell<\/strong>. Vous pourrez l&rsquo;\u00e9couter sur la cha\u00eene YouTube de l&rsquo;association. Le texte ainsi que l&rsquo;original anglais figurent plus bas.<br><br>Cette nouvelle fantastique a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans le magazine \u00ab\u00a0Esquire\u00a0\u00bb, en 1955. <br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">______________<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><br><strong>\u00c9l\u00e9ments d&rsquo;analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br>a) Le Monde du dragon, <em>The land of the fire dragon&nbsp;<\/em><br><br>Dans cette nouvelle, Ray Bradbury cr\u00e9e une <strong>atmosph\u00e8re particuli\u00e8re<\/strong>. Il porte \u00e0 leur paroxysme certains des traits du roman de chevalerie, tels que la solitude des h\u00e9ros ou l\u2019absolu de la qu\u00eate qui peut d\u00e9passer ceux qui la m\u00e8nent.<br>Conforme aux repr\u00e9sentations v\u00e9hicul\u00e9es par l&rsquo;imaginaire collectif, l<strong>e dragon<\/strong> de Matheson <strong>corrompt la nature des choses et s\u00e8me le chaos<\/strong> l\u00e0 o\u00f9 il passe&nbsp;: \u00ab\u00a0les moutons s\u2019enfuient et p\u00e9rissent pi\u00e9tin\u00e9s\u00a0\u00bb, les femmes enfantent des monstres. Les architectures qui garantissaient la paix et le repli salutaire, tels que les donjons, s\u2019\u00e9croulent.<br><br>Au nom d\u2019une l\u00e9gende terrifiante qui menace l\u2019ordre de leur monde, deux chevaliers p\u00e9n\u00e8trent donc dans le pays du dragon. &nbsp;Ce faisant, ils d\u00e9couvrent une zone qui semble r\u00e9gie par d&rsquo;autres normes, un monde dont <strong>les rep\u00e8res spatio-temporels sont abolis<\/strong> : \u00ab&nbsp;Sur cette terre ingrate, le Temps n\u2019existe pas. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019\u00c9ternit\u00e9&nbsp;\u00bb, dit l\u2019un des chevaliers. <br><br>L\u2019\u00e9tranget\u00e9 de leur qu\u00eate appara\u00eet de plus en plus manifeste, ne serait-ce que parce qu\u2019elle devient consubstantielle.<strong> La mati\u00e8re noire de la lande finit en effet par faire corps avec les chevaliers<\/strong>&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019obscurit\u00e9, lourde de menaces, s\u2019insinuait dans leurs veines&nbsp;\u00bb. Dans \u00ab\u00a0the land of the fire dragon\u00a0\u00bb, v\u00e9ritable \u00ab\u00a0<strong>creuset<\/strong>\u00a0\u00bb (le mot est utilis\u00e9 dans la traduction uniquement), la proximit\u00e9 qui s\u2019\u00e9tablit entre les deux hommes et le feu rend compte l\u00e0 encore de <strong>la porosit\u00e9 <\/strong>des \u00eatres et des mati\u00e8res : \u00ab&nbsp;Les flammes dansaient sur leurs visages farouches, faisant jaillir au fond de leurs prunelles sombres des \u00e9clairs orang\u00e9s&nbsp;\u00bb. Les chevaliers br\u00fblent de la m\u00eame \u00e9nergie que le dragon. Ils font partie de cette lande qu\u2019ils trouvent si \u00e9trange.<br><br>Le vent arase les \u00eatres et les formes, cr\u00e9ant une sorte de limon susceptible d\u2019engendrer des mondes ou de les p\u00e9trifier (\u00ab&nbsp;made the blood roil and thicken to a <em>muddy deposit in the brain<\/em>&nbsp;\u00bb) \/ le vent \u00ab&nbsp;fondait dans son creuset les paysages, il \u00e9tirait les os comme de la cire molle, il figeait les sangs dans les cervelles&nbsp;\u00bb. <strong>L\u2019obscurit\u00e9 et le vent<\/strong> d&rsquo;ailleurs jouent un r\u00f4le <strong>cosmogonique<\/strong>, le noir engendre de plus en plus d\u2019obscurit\u00e9 tandis que des soleils obscurs se multiplient. Les <strong>formes fondent dans l\u2019attente d\u2019une nouvelle incarnation<\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;on pressent que quelque chose va na\u00eetre de cet univers brut sans v\u00e9g\u00e9tation et sans forme, de cette lande qui gomme les barri\u00e8res et les d\u00e9limitations<\/strong>, et ce, m\u00eame si les rep\u00e8res et les normes des hommes ont disparu, m\u00eame si Dieu demeure silencieux, malgr\u00e9 les invocations r\u00e9currentes des chevaliers.<\/p>\n\n\n\n<p>b) Le Dragon<br><br>Au terme de la nouvelle, l&rsquo;affrontement a enfin lieu, laminant les deux sentinelles d\u2019un autre temps. En fait, nous connaissions le monstre depuis le d\u00e9but, nous aurions d\u00fb mieux lire la description et comprendre qu\u2019il s\u2019agissait l\u00e0 d\u2019un <strong>train<\/strong> et donc d\u2019une <strong>incarnation de la modernit\u00e9<\/strong>. \u00ab&nbsp;On dit que ses yeux sont deux braises ardentes, son souffle, une fum\u00e9e blanche et que, tel un trait de feu, il fonce \u00e0 travers la campagne, dans un fracas de tonnerre, un ouragan d\u2019\u00e9tincelles, enflammant l\u2019herbe des champs.&nbsp;\u00bb Tout est une question de point de vue. C\u00e9dant sans retenue \u00e0 l&rsquo;illusion romanesque, nous avions \u00e9pous\u00e9 le point de vue des chevaliers, leur monde et leurs repr\u00e9sentations mentales.<br><br>Le dragon est donc un train. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 de son irruption dans la lande nous saisit comme sont saisis les conducteurs de la machine confront\u00e9s \u00e0 l\u2019improbable surgissement de chevaliers dress\u00e9s dans le brouillard, vestiges d\u2019un autre temps.<\/p>\n\n\n\n<p>________<br><br>Tr\u00e8s beau texte po\u00e9tique et r\u00e9cit fantastique qui joue sur le t\u00e9lescopage de temporalit\u00e9s incompatibles, la nouvelle de Matheson peut \u00e9galement se lire de mani\u00e8re symbolique : il semblerait que rien, ni personne<strong> ne soit en mesure d&rsquo;enrayer la marche implacable du progr\u00e8s<\/strong>. Deux \u00e9poques se rencontrent, l&rsquo;une est r\u00e9volue, l&rsquo;autre, incarn\u00e9e par le train, est, \u00e0 peine apparue d\u00e9j\u00e0 en route vers un futur et un ailleurs. Dans cette lande noire, les chevaliers gant\u00e9s de fer, d\u00e9positaires d&rsquo;un autre temps, ne r\u00e9sistent pas longtemps \u00e0 l&rsquo;<em>Iron Horse<\/em> press\u00e9 et brutal qui d\u00e9vaste tout sur son passage&#8230;<br><br>Tatiana Dumas<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Le Dragon\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/GTQNv-JMkbo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>LE DRAGON<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent de la nuit faisait fr\u00e9mir l\u2019herbe rase de la lande ; rien d\u2019autre ne bougeait. Depuis des si\u00e8cles, aucun oiseau n\u2019avait ray\u00e9 de son vol la vo\u00fbte immense et sombre du ciel. Il y avait une \u00e9ternit\u00e9 que quelques rares pierres n\u2019avaient, en s\u2019effritant et en tombant en poussi\u00e8re, cr\u00e9\u00e9 un semblant de vie. La nuit r\u00e9gnait en ma\u00eetresse sur les pens\u00e9es des deux hommes accroupis aupr\u00e8s de leur feu solitaire. L\u2019obscurit\u00e9, lourde de menaces, s\u2019insinuait dans leurs veines et acc\u00e9l\u00e9rait leur pouls.<\/p>\n\n\n\n<p>Les flammes dansaient sur leurs visages farouches, faisant jaillir au fond de leurs prunelles sombres des \u00e9clairs orang\u00e9s. Immobiles, effray\u00e9s, ils \u00e9coutaient leur respiration contenue, mutuellement fascin\u00e9s par le battement nerveux de leurs paupi\u00e8res.<br>\u00c0 la fin, l\u2019un d\u2019eux attisa le feu avec son \u00e9p\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Arr\u00eate ! Idiot, tu vas r\u00e9v\u00e9ler notre pr\u00e9sence !<br>&#8211; Qu\u2019est-ce que \u00e7a peut faire ? Le dragon la sentira de toute fa\u00e7on \u00e0 des kilom\u00e8tres \u00e0 la ronde. Grands Dieux ! Quel froid ! Si seulement j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 au ch\u00e2teau !<br>&#8211; Ce n\u2019est pas le sommeil : c\u2019est le froid de la mort. N\u2019oublie pas que nous sommes l\u00e0 pour&#8230; <br>&#8211; Mais pourquoi, nous ? Le dragon n\u2019a jamais mis le pied dans notre ville !<br>&#8211; Tu sais bien qu\u2019il d\u00e9vore les voyageurs solitaires se rendant de la ville \u00e0 la ville voisine&#8230; <br>&#8211; Qu\u2019il les d\u00e9vore en paix ! Et nous, retournons d\u2019o\u00f9 nous venons !<br>&#8211; Tais-toi ! \u00c9coute&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux hommes frissonn\u00e8rent.<br>Ils pr\u00eat\u00e8rent l\u2019oreille un long moment. En vain. Seul, le tintement des boucles des \u00e9triers d\u2019argent agit\u00e9es, telles des pi\u00e9cettes de tambourin, par le tremblement convulsif de leurs montures \u00e0 la robe noire et soyeuse, trouait le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second chevalier se mit \u00e0 se lamenter.<br>&#8211; Oh ! Quel pays de cauchemar ! Tout peut arriver ici ! Les choses les plus horribles&#8230; Cette nuit ne finira-t-elle donc jamais ? Et ce dragon ! On dit que ses yeux sont deux braises ardentes, son souffle, une fum\u00e9e blanche et que, tel un trait de feu, il fonce \u00e0 travers la campagne, dans un fracas de tonnerre, un ouragan d\u2019\u00e9tincelles, enflammant l\u2019herbe des champs. \u00c0 sa vue, pris de panique, les moutons s\u2019enfuient et p\u00e9rissent pi\u00e9tin\u00e9s, les femmes accouchent de monstres. Les murs des donjons s\u2019\u00e9croulent \u00e0 son passage. Au lever du jour, on d\u00e9couvre ses victimes \u00e9parses sur les collines. Combien de chevaliers, je te le demande, sont partis combattre ce monstre et ne sont jamais revenus ? Comme nous, d\u2019ailleurs&#8230;<br>&#8211; Assez ! Tais-toi !<br>&#8211; Je ne le redirai jamais assez ! Perdu dans cette nuit je suis m\u00eame incapable de dire en quelle ann\u00e9e nous sommes !<br>&#8211; Neuf cents ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis la nativit\u00e9&#8230;<br>&#8211; Ce n\u2019est pas vrai, murmura le second chevalier en fermant les yeux. Sur cette terre ingrate, le Temps n\u2019existe pas. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019\u00c9ternit\u00e9. Il me semble que si je revenais sur mes pas, si je refaisais le chemin parcouru pour venir jusqu\u2019ici, notre ville aurait cess\u00e9 d\u2019exister, ses habitants seraient encore dans les limbes, et que m\u00eame les choses auraient chang\u00e9. Les pierres qui ont servi \u00e0 construire nos ch\u00e2teaux dormiraient encore dans les carri\u00e8res, les poutres \u00e9quarries, au c\u0153ur des ch\u00eanes de nos for\u00eats. Ne me demande pas comment je le sais ! Je le sais, c\u2019est tout. Cette terre le sait et me le dit. Nous sommes tout seuls dans le pays du dragon. Que Dieu nous prot\u00e8ge !<br>&#8211; Si tu as si peur que \u00e7a, mets ton armure !<br>&#8211; \u00c0 quoi me servirait-elle ? Le dragon surgit d\u2019on ne sait o\u00f9. Nous ignorons o\u00f9 se trouve son repaire. Il dispara\u00eet comme il est venu. Nous ne pouvons deviner o\u00f9 il se rend. Eh bien, soit ! Rev\u00eatons nos armures. Au moins nous mourrons dans nos v\u00eatements de parade.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second chevalier n\u2019avait pas fini d\u2019endosser son pourpoint d\u2019argent qu\u2019il s\u2019interrompit et d\u00e9tourna la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur cette campagne noire, noy\u00e9e dans la nuit, plong\u00e9e dans un n\u00e9ant qui semblait sourdre de la terre elle-m\u00eame, le vent s\u2019\u00e9tait lev\u00e9. Il soufflait sur la plaine une poussi\u00e8re qui semblait venir du fond des \u00e2ges. Des soleils noirs, des feuilles mortes tomb\u00e9es de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la ligne d\u2019horizon, tourbillonnaient en son sein. Il fondait dans son creuset les paysages, il \u00e9tirait les os comme de la cire molle, il figeait les sangs dans les cervelles. Son hurlement, c\u2019\u00e9tait la plainte de milliers de cr\u00e9atures \u00e0 l\u2019agonie, \u00e9gar\u00e9es et errantes \u00e0 tout jamais. Le brouillard \u00e9tait si dense, cern\u00e9 de t\u00e9n\u00e8bres si profondes, le lieu si d\u00e9sol\u00e9, que le Temps \u00e9tait aboli, que l\u2019Homme \u00e9tait absent. Et cependant deux cr\u00e9atures affrontaient ce vide insupportable, ce froid glacial, cette temp\u00eate effroyable, cette foudre en marche derri\u00e8re le grand rideau d\u2019\u00e9clairs blancs qui z\u00e9braient le ciel. Une rafale de pluie d\u00e9trempa le sol. Le paysage s\u2019\u00e9vanouit. Il n\u2019y eut plus d\u00e9sormais que deux hommes, dans une chape de glace, qui se taisaient, angoiss\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; L\u00e0 chuchota le premier chevalier. Regarde ! Oh Mon Dieu !<\/p>\n\n\n\n<p>A plusieurs lieues de l\u00e0, se pr\u00e9cipitant vers eux dans un rugissement grandiose et monotone : le dragon.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans dire un mot, les deux chevaliers ajust\u00e8rent leurs armures et enfourch\u00e8rent leurs montures.<br>Au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il se rapprochait, sa monstrueuse exub\u00e9rance d\u00e9chirait en lambeau le manteau de la nuit. Son oeil jaune et fixe, dont l\u2019\u00e9clat s\u2019accentuait quand il acc\u00e9l\u00e9rait son allure pour grimper une pente, faisait surgir brusquement une colline de l\u2019ombre puis disparaissait au fond de quelque vall\u00e9e ; la masse sombre de son corps, tant\u00f4t distincte, tant\u00f4t cach\u00e9e derri\u00e8re quelque repli, \u00e9pousait tous les accidents du terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9p\u00eachons-nous.<br>Ils \u00e9peronn\u00e8rent leurs chevaux et s\u2019\u00e9lanc\u00e8rent en direction d\u2019un vallon voisin. <br>&#8211; Il va passer par l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>De leur poing gant\u00e9 de fer, ils saisirent leurs lances et rabattirent les visi\u00e8res sur les yeux de leurs chevaux.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Seigneur !<br>&#8211; Invoquons Son nom et Son secours !<\/p>\n\n\n\n<p>A cet instant, le dragon contourna la colline. Son oeil, sans paupi\u00e8re, couleur d\u2019ambre clair, les absorba, embrasa leurs armures de lueurs rouges et sinistres. Dans un horrible g\u00e9missement, \u00e0 une vitesse effrayante, il fondit sur eux.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Seigneur ! Ayez piti\u00e9 de nous !<\/p>\n\n\n\n<p>La lance frappa un peu au-dessous de l\u2019\u0153il jaune et fixe. Elle rebondit et l\u2019homme vola dans les airs. Le dragon chargea, d\u00e9sar\u00e7onna le cavalier, le projeta \u00e0 terre, lui passa sur le corps, l\u2019\u00e9crabouilla.<br>Quant au second cheval et \u00e0 son cavalier, le choc fut d\u2019une violence telle, qu\u2019ils rebondirent \u00e0 trente m\u00e8tres de l\u00e0 et all\u00e8rent s\u2019\u00e9craser contre un rocher.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un hurlement aigu, des gerbes d\u2019\u00e9tincelles roses, jaunes et orange, un aveuglant panache de fum\u00e9e blanche, le dragon \u00e9tait pass\u00e9&#8230;<br>&#8211; Tu as vu ? cria une voix. Je te l\u2019avais dit !<br>&#8211; \u00c7a alors ! Un chevalier en armure ! Nom de tous les tonnerres ! Mais c\u2019est que nous l\u2019avons touch\u00e9 !<br>&#8211; Tu t\u2019arr\u00eates ?<br>&#8211; Un jour, je me suis arr\u00eat\u00e9 et je n\u2019ai rien vu. Je n\u2019aime pas stopper dans cette lande. J\u2019ai les foies.<br>&#8211; Pourtant nous avons touch\u00e9 quelque chose&#8230;<br>&#8211; Mon vieux, j\u2019ai appuy\u00e9 \u00e0 fond sur le sifflet. Pour un empire, le gars n\u2019aurait pas recul\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La vapeur, qui s\u2019\u00e9chappait par petits jets, coupait le brouillard en deux. <br>&#8211; Faut arriver \u00e0 l\u2019heure. Fred ! Du charbon !<\/p>\n\n\n\n<p>Un second coup de sifflet \u00e9branla le ciel vide. Le train de nuit, dans un grondement sourd, s\u2019enfon\u00e7a dans une gorge, gravit une mont\u00e9e et disparut bient\u00f4t en direction du nord. Il laissait derri\u00e8re lui une fum\u00e9e si \u00e9paisse qu\u2019elle stagnait dans l\u2019air froid des minutes apr\u00e8s qu\u2019il fut pass\u00e9 et eut disparu \u00e0 tout jamais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ray Bradbury, <em>Un Rem\u00e8de \u00e0 la m\u00e9lancolie<\/em>, collection \u00ab\u00a0Pr\u00e9sence du futur\u00a0\u00bb, Deno\u00ebl, 1961 (1948).<br><br>______________<\/p>\n\n\n\n<p><br>Texte en anglais <br><br>THE DRAGON<br>The night blew in the short grass on the moor; there was no other motion. It had been years since a single bird had flown by in the great blind shell of sky. Long ago a few small stones had simulated life when they crumbled and fell into dust. Now only the night moved in the souls of the two men bent by their lonely fire in the wilderness; darkness pumped quietly in their veins and ticked silently in their temples and their wrists. Firelight fled up and down their wild faces and welled in their eyes in orange tatters. They listened to each other&rsquo;s faint, cool breathing and the lizard blink of their eyelids. At last, one man poked the fire with his sword.<br>\u00ab\u00a0Don&rsquo;t, idiot; you&rsquo;ll give us away!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0No matter,\u00a0\u00bb said the second man. \u00ab\u00a0The dragon can smell us miles off, anyway. God&rsquo;s breath, it&rsquo;s cold. I wish I was back at the castle.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0It&rsquo;s death, not sleep, we&rsquo;re after\u2026.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Why? Why? The dragon never sets foot in the town!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Quiet, fool! He eats men travelling alone from our town to the next!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Let them be eaten and let us get home!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Wait now; listen!\u00a0\u00bb<br>The two men froze.<br>They waited a long time, but there was only the shake of their horses&rsquo; nervous skin like black velvet tambourines jingling the silver stirrup buckles, softly, softly.<br>\u00ab\u00a0Ah.\u00a0\u00bb The second man sighed. \u00ab\u00a0What a land of nightmares. Everything happens here. Someone blows out the sun; it&rsquo;s night. And then, and then, oh. God, listen! This dragon, they say his eyes are fire. His breath a white gas; you can see him bum across the dark lands. He runs with sulphur and thunder and kindles the grass. Sheep panic and die insane. Women deliver forth monsters. The dragon&rsquo;s fury is such that tower walls shake back to dust. His victims, at sunrise, are strewn hither and thither on the hills. How many knights, I ask, have gone for this monster and failed, even as we shall fail?\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Enough of that!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0More than enough! Out here in this desolation I cannot tell what year this is!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Nine hundred years since the Nativity.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0No, no,\u00a0\u00bb whispered the second man, eyes shut. \u00ab\u00a0On this moor is no Time, is only Forever. I feel if I ran back on the road the town would be gone, the people yet unborn, things changed, the castles unquarried from the rocks, the timbers still uncut from the forests; don&rsquo;t ask how I know, the moor knows, and tells me. And here we sit alone in the land of the fire dragon. God save us!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Be you afraid, then gird on your armour!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0What use? The dragon runs from nowhere; we cannot guess its home. It vanishes in fog, we know not where it goes.<br>Aye, on with our armour, we&rsquo;ll die well-dressed.\u00a0\u00bb<br>Half into his silver corselet, the second man stopped again and turned his head.<br>Across the dim country, full of night and nothingness from the heart of the moor itself, the wind sprang full of dust from clocks that used dust for telling time. There were black suns burning in the heart of this new wind and a million burnt leaves shaken from some autumn tree beyond the horizon. This wind melted landscapes, lengthened bones like white wax, made the blood roil and thicken to a muddy deposit in the brain. The wind was a thousand souls dying and all time confused and in transit. It was a fog inside of a mist inside of a darkness, and this place was no man&rsquo;s place and there was<br>no year or hour at all, but only these men in a faceless emptiness of sudden frost, storm, and white thunder which moved behind the great falling pane of green glass that was the lightning. A squall of rain drenched the turf, all faded away until there was unbreathing hush and the two men waiting alone with their warmth in a cool season.<br>\u00ab\u00a0There,\u00a0\u00bb whispered the first man. \u00ab\u00a0Oh, there\u2026\u00a0\u00bb<br>Miles off, rushing with a great chant and a roar &#8211; the dragon.<br>In silence, the men buckled on their armour and mounted their horses. The midnight wilderness was split by a monstrous gushing as the dragon roared nearer, nearer; its Hashing yellow glare spurted above a hill and then, fold on fold of dark body, distantly seen, therefore indistinct, flowed over that hill and plunged vanishing into a valley.<br>\u00ab\u00a0Quick!\u00a0\u00bb<br>They spurred their horses forward to a small hollow.<br>\u00ab\u00a0This is where it passes!\u00a0\u00bb<br>They seized their lances with mailed fists, and blinded their horses by flipping the visors down over their eyes.<br>\u00ab\u00a0Lord!&rsquo;<br>\u00ab\u00a0Yes, let us use His name.\u00a0\u00bb<br>On the instant, the dragon rounded a hill. Its monstrous amber eye fed on them, fired their armour in red glints and glitters. With a terrible wailing cry and a grinding rush it flung itself forward.<br>\u00ab\u00a0Mercy, God!&rsquo;<br>The lance struck under the unlidded yellow eye, buckled, tossed the man through the air. The dragon hit, spilled him over, down, ground him under. Passing, the black brunt of its shoulder smashed the remaining horse and rider a hundred feet against the side of a boulder, wailing, wailing, the dragon shrieking, the fire all about, around, under it, a pink, yellow, orange sun-fire with great soft plumes of blinding smoke.<br>\u00ab\u00a0Did you see it?\u00a0\u00bb cried a voice. \u00ab\u00a0Just like I told you!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0The same! The same! A knight in armour, by the Lord, Harry! We hit him!\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0You goin&rsquo; to stop?\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Did once; found nothing. Don&rsquo;t like to stop on this moor. I get the willies. Got a feel, it has.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0But we hit something&rsquo;.\u00a0\u00bb<br>\u00ab\u00a0Gave him plenty of whistle; chap wouldn&rsquo;t budge.\u00a0\u00bb<br>A steaming blast cut the mist aside.<br>\u00ab\u00a0We&rsquo;ll make Stokely on time. More coal, eh, Fred?\u00a0\u00bb<br>Another whistle shook dew from the empty sky. The night train, in fire and fury, shot through a gully, up a rise, and vanished over cold earth, towards the north, leaving black smoke and steam to dissolve in the numbed air minutes after it had passed and gone for ever.<\/p>\n\n\n\n<p>This story was originally published in 1955 in the magazine Esquire. A limited edition (352 copies, signed and numbered or lettered) of the story was published by Footsteps Press in 1988. It appears in A Medicine for Melancholy (1959), R is for Rocket (1962), Classic Stories 1 (1990), and Bradbury Stories (2003).<br><\/p>\n\n\n\n<p>Nous vous recommandons \u00e9galement la lecture en anglais de Jordan Kohanim : <br><a href=\"https:\/\/youtu.be\/qf8H6QgoqF0?si=qiQfTeLbjOen6kHl\">https:\/\/youtu.be\/qf8H6QgoqF0?si=qiQfTeLbjOen6kHl<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Et une version en espagnol ! <br><a href=\"https:\/\/youtu.be\/pnhrMIjF9Iw?si=5wBhnS0CYmz7BJcr\">https:\/\/youtu.be\/pnhrMIjF9Iw?si=5wBhnS0CYmz7BJcr<\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/copie-1024x819.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3994\" style=\"width:735px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/copie-1024x819.jpeg 1024w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/copie-300x240.jpeg 300w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/copie-768x614.jpeg 768w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/copie-1536x1229.jpeg 1536w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/copie-338x270.jpeg 338w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/copie.jpeg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous vous recommandons cette nouvelle de Ray Bradbury, lue par Lucie Solier et Nathalie Cullell. Vous pourrez l&rsquo;\u00e9couter sur la cha\u00eene YouTube de l&rsquo;association. Le texte ainsi que l&rsquo;original anglais figurent plus bas. Cette nouvelle fantastique a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans le magazine \u00ab\u00a0Esquire\u00a0\u00bb, en 1955. ______________ \u00c9l\u00e9ments d&rsquo;analyse a) Le Monde du dragon, The land of the fire dragon&nbsp; Dans cette nouvelle, Ray Bradbury cr\u00e9e une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re. Il porte \u00e0 leur paroxysme certains des traits&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2025\/09\/22\/le-dragon-ray-bradbury\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3970,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,119,245,9],"tags":[242,243,174,49,244,208,230,241],"class_list":["post-3928","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","category-lecture","category-podcasts","category-recommandations","tag-chevaliers","tag-dragon","tag-fantastique","tag-litterature","tag-moyen-age","tag-nouvelle","tag-podcast","tag-ray-bradbury"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3928","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3928"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3928\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3995,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3928\/revisions\/3995"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3970"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3928"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3928"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3928"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}