{"id":3908,"date":"2025-08-01T17:15:35","date_gmt":"2025-08-01T15:15:35","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=3908"},"modified":"2025-08-01T18:08:05","modified_gmt":"2025-08-01T16:08:05","slug":"figures-dinsurges-le-grand-michu-une-nouvelle-demile-zola","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2025\/08\/01\/figures-dinsurges-le-grand-michu-une-nouvelle-demile-zola\/","title":{"rendered":"Figures d&rsquo;insurg\u00e9s &#8211; \u00ab\u00a0Le grand Michu\u00a0\u00bb, une nouvelle d&rsquo;Emile Zola"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00a0\u00bb Sous l\u2019Empire, l\u2019\u00e9vocation des r\u00e9voltes dans les lyc\u00e9es, assez fr\u00e9quentes, permettait aux<br>journalistes des allusions \u00e0 peine voil\u00e9es \u00e0 la situation politique ; ainsi, la nouvelle de<br>Zola \u00ab Le grand Michu \u00bb (La Cloche, 1er mars 1870) propose-t-elle une all\u00e9gorie tr\u00e8s<br>claire du rapport entre les \u00e9lites et le peuple lors de la r\u00e9volution de 1848 et du Coup<br>d\u2019\u00c9tat de d\u00e9cembre.\u00a0\u00bb Saminadayar-Perrin, C. (2021). L&rsquo;Insurg\u00e9, r\u00e9cit r\u00e9fractaire.\u00a0<em>Autour de Vall\u00e8s: revue de lectures et d&rsquo;\u00e9tudes vall\u00e9siennes<\/em>, (51), 205-226.<br><br>La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e ici est terrible et pourtant Zola nous fait sourire en se moquant de son narrateur et des jeunes nantis qui prennent des airs de conspirateurs de m\u00e9lodrame. Fier de la seule aventure qui lui soit arriv\u00e9e dans la vie, celui-ci, des ann\u00e9es apr\u00e8s l&rsquo;anecdote relat\u00e9e, prend conscience de la d\u00e9tresse de son camarade, de son propre aveuglement et de la l\u00e2chet\u00e9 de ses condisciples.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Nous vous proposons de d\u00e9couvrir ce texte, lu par Nathalie Cullell<\/strong> : <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Le grand Michu\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/B1rpM0ix32o?list=PLN9pjYMB6mUNslB9JKV3VuIz42zi_u0pP\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" id=\"LE_GRAND_MICHU\">\u00ab\u00a0LE GRAND MICHU\u00a0\u00bb<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" id=\"I\">I<\/h4>\n\n\n\n<p>Une apr\u00e8s-midi, \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation de quatre heures, le grand Michu me prit \u00e0 part, dans un coin de la cour. Il avait un air grave qui me frappa d\u2019une certaine crainte&nbsp;; car le grand Michu \u00e9tait un gaillard, aux poings \u00e9normes, que, pour rien au monde, je n\u2019aurais voulu avoir pour ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p>-\u00c9coute, me dit-il de sa voix grasse de paysan \u00e0 peine d\u00e9grossi, \u00e9coute, veux-tu en \u00eatre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9pondis carr\u00e9ment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui&nbsp;!&nbsp;\u00bb flatt\u00e9 d\u2019\u00eatre de quelque chose avec le grand Michu. Alors, il m\u2019expliqua qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un complot. Les confidences qu\u2019il me fit, me caus\u00e8rent une sensation d\u00e9licieuse, que je n\u2019ai jamais peut-\u00eatre \u00e9prouv\u00e9e depuis. Enfin, j\u2019entrais dans les folles aventures de&nbsp;la vie, j\u2019allais avoir un secret \u00e0 garder, une bataille \u00e0 livrer. Et, certes, l\u2019effroi inavou\u00e9 que je ressentais \u00e0 l\u2019id\u00e9e de me compromettre de la sorte, comptait pour une bonne moiti\u00e9 dans les joies cuisantes de mon nouveau r\u00f4le de complice.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, pendant que le grand Michu parlait, \u00e9tais-je en admiration devant lui. Il m\u2019initia d\u2019un ton un peu rude, comme un conscrit dans l\u2019\u00e9nergie duquel on a une m\u00e9diocre confiance. Cependant, le fr\u00e9missement d\u2019aise, l\u2019air d\u2019extase enthousiaste que je devais avoir en l\u2019\u00e9coutant, finirent par lui donner une meilleure opinion de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme la cloche sonnait le second coup, en allant tous deux prendre nos rangs pour rentrer \u00e0 l\u2019\u00e9tude&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-C\u2019est entendu, n\u2019est-ce pas&nbsp;? me dit-il \u00e0 voix basse. Tu es des n\u00f4tres\u2026 Tu n\u2019auras pas peur, au moins&nbsp;; tu ne trahiras pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>-Oh&nbsp;! non, tu verras\u2026 C\u2019est jur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me regarda de ses yeux gris, bien en face, avec une vraie dignit\u00e9 d\u2019homme m\u00fbr, et me dit encore&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-Autrement, tu sais, je ne te battrai pas, mais je dirai partout que tu es un tra\u00eetre, et personne ne te parlera plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens encore du singulier effet que&nbsp;me produisit cette menace. Elle me donna un courage \u00e9norme. \u00ab&nbsp;Bast&nbsp;! me disais-je, ils peuvent bien me donner deux mille vers&nbsp;; du diable si je trahis Michu&nbsp;!&nbsp;\u00bb J\u2019attendis avec une impatience f\u00e9brile l\u2019heure du d\u00eener. La r\u00e9volte devait \u00e9clater au r\u00e9fectoire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" id=\"II\">II<\/h4>\n\n\n\n<p>Le grand Michu \u00e9tait du Var. Son p\u00e8re, un paysan qui poss\u00e9dait quelques bouts de terre, avait fait le coup de feu en 51, lors de l\u2019insurrection provoqu\u00e9e par le coup d\u2019\u00c9tat. Laiss\u00e9 pour mort dans la plaine d\u2019Uch\u00e2ne, il avait r\u00e9ussi \u00e0 se cacher. Quand il reparut, on ne l\u2019inqui\u00e9ta pas. Seulement, les autorit\u00e9s du pays, les notables, les gros et les petits rentiers ne l\u2019appel\u00e8rent plus que ce brigand de Michu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce brigand, cet honn\u00eate homme illettr\u00e9, envoya son fils au coll\u00e8ge d\u2019A\u2026 Sans doute il le voulait savant pour le triomphe de la cause qu\u2019il n\u2019avait pu d\u00e9fendre, lui, que les armes \u00e0 la main. Nous savions vaguement cette histoire, au coll\u00e8ge, ce qui nous faisait regarder notre camarade comme un personnage tr\u00e8s-redoutable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand Michu \u00e9tait,&nbsp;d\u2019ailleurs, beaucoup plus \u00e2g\u00e9 que nous. Il avait pr\u00e8s de dix-huit ans, bien qu\u2019il ne se trouv\u00e2t encore qu\u2019en quatri\u00e8me. Mais on n\u2019osait le plaisanter. C\u2019\u00e9tait un de ces esprits droits, qui apprennent difficilement, qui ne devinent rien; seulement, quand il savait une chose, il la savait \u00e0 fond et pour toujours. Fort, comme taill\u00e9 \u00e0 coups de hache, il r\u00e9gnait en ma\u00eetre pendant les r\u00e9cr\u00e9ations. Avec cela, d\u2019une douceur extr\u00eame. Je ne l\u2019ai jamais vu qu\u2019une fois en col\u00e8re; il voulait \u00e9trangler un pion qui nous enseignait que tous les r\u00e9publicains \u00e9taient des voleurs et des assassins. On faillit mettre le grand Michu \u00e0 la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est que plus tard, lorsque j\u2019ai revu mon ancien camarade dans mes souvenirs, que j\u2019ai pu comprendre son attitude douce et forte. De bonne heure, son p\u00e8re avait d\u00fb en faire un homme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" id=\"III\">III<\/h4>\n\n\n\n<p>Le grand Michu se plaisait au coll\u00e8ge, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le moindre de nos \u00e9tonnements. Il n\u2019y \u00e9prouvait qu\u2019un supplice dont il n\u2019osait parler&nbsp;: la faim. Le grand Michu avait toujours faim.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne me souviens pas d\u2019avoir vu un pareil app\u00e9tit.&nbsp;Lui qui \u00e9tait tr\u00e8s-fier, il allait parfois jusqu\u2019\u00e0 jouer des com\u00e9dies humiliantes pour nous escroquer un morceau de pain, un d\u00e9jeuner ou un go\u00fbter. \u00c9lev\u00e9 en plein air, au pied de la cha\u00eene des Maures, il souffrait encore plus cruellement que nous de la maigre cuisine du coll\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u00e0 un de nos grands sujets de conversation, dans la cour, le long du mur qui nous abritait de son filet d\u2019ombre. Nous autres, nous \u00e9tions des d\u00e9licats. Je me rappelle surtout une certaine morue \u00e0 la sauce rousse et certains haricots \u00e0 la sauce blanche qui \u00e9taient devenus le sujet d\u2019une mal\u00e9diction g\u00e9n\u00e9rale. Les jours o\u00f9 ces plats apparaissaient, nous ne tarissions pas. Le grand Michu, par respect humain, criait avec nous, bien qu\u2019il e\u00fbt aval\u00e9 volontiers les six portions de sa table.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand Michu ne se plaignait gu\u00e8re que de la quantit\u00e9 des vivres. Le hasard, comme pour l\u2019exasp\u00e9rer, l\u2019avait plac\u00e9 au bout de la table, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du pion, un jeune gringalet qui nous laissait fumer en promenade. La r\u00e8gle \u00e9tait que les ma\u00eetres d\u2019\u00e9tude avaient droit \u00e0 deux portions. Aussi, quand on servait des saucisses, fallait-il voir le grand Michu lorgner les deux bouts de saucisses qui s\u2019allongeaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur l\u2019assiette du petit pion.<\/p>\n\n\n\n<p>-Je suis deux fois plus gros que lui, me dit-il un jour, et c\u2019est lui qui a deux fois plus \u00e0 manger que moi. Il ne laisse rien, va; il n\u2019en a pas de trop&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" id=\"IV\">IV<\/h4>\n\n\n\n<p>Or, les meneurs avaient r\u00e9solu que nous devions \u00e0 la fin nous r\u00e9volter contre la morue \u00e0 la sauce rousse et les haricots \u00e0 la sauce blanche.<\/p>\n\n\n\n<p>Naturellement, les conspirateurs offrirent au grand Michu d\u2019\u00eatre leur chef. Le plan de ces messieurs \u00e9tait d\u2019une simplicit\u00e9 h\u00e9ro\u00efque&nbsp;: il suffirait, pensaient-ils, de mettre leur app\u00e9tit en gr\u00e8ve, de refuser toute nourriture, jusqu\u2019\u00e0 ce que le proviseur d\u00e9clar\u00e2t solennellement que l\u2019ordinaire serait am\u00e9lior\u00e9. L\u2019approbation que le grand Michu donna \u00e0 ce plan, est un des plus beaux traits d\u2019abn\u00e9gation et de courage que je connaisse. Il accepta d\u2019\u00eatre le chef du mouvement, avec le tranquille h\u00e9ro\u00efsme de ces anciens Romains qui se sacrifiaient pour la chose publique.<\/p>\n\n\n\n<p>Songez donc&nbsp;! lui se souciait bien de voir dispara\u00eetre la morue et les haricots&nbsp;; il ne souhaitait qu\u2019une chose, en avoir davantage, \u00e0 discr\u00e9tion&nbsp;! Et,&nbsp;pour comble, on lui demandait de je\u00fbner&nbsp;! Il m\u2019a avou\u00e9 depuis que jamais cette vertu r\u00e9publicaine que son p\u00e8re lui avait enseign\u00e9e, la solidarit\u00e9, le d\u00e9vouement de l\u2019individu aux int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9, n\u2019avait \u00e9t\u00e9 mise en lui \u00e0 une plus rude \u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, au r\u00e9fectoire, \u2014 c\u2019\u00e9tait le jour de la morue \u00e0 la sauce rousse, \u2014 la gr\u00e8ve commen\u00e7a avec un ensemble vraiment beau. Le pain seul \u00e9tait permis. Les plats arrivent, nous n\u2019y touchons pas, nous mangeons notre pain sec. Et cela gravement, sans causer \u00e0 voix basse, comme nous en avions l\u2019habitude. Il n\u2019y avait que les petits qui riaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand Michu fut superbe. Il alla, ce premier soir, jusqu\u2019\u00e0 ne pas m\u00eame manger de pain. Il avait mis les deux coudes sur la table, il regardait d\u00e9daigneusement le petit pion qui d\u00e9vorait.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, le surveillant fit appeler le proviseur, qui entra dans le r\u00e9fectoire comme une temp\u00eate. Il nous apostropha rudement, nous demandant ce que nous pouvions reprocher \u00e0 ce d\u00eener, auquel il go\u00fbta et qu\u2019il d\u00e9clara exquis.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors le grand Michu se leva.<\/p>\n\n\n\n<p>-Monsieur, dit-il, c\u2019est la morue qui est pourrie, nous ne parvenons pas \u00e0 la dig\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>-Ah&nbsp;! bien, cria le gringalet de pion, sans&nbsp;laisser au proviseur le temps de r\u00e9pondre, les autres soirs, vous avez pourtant mang\u00e9 presque tout le plat \u00e0 vous seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand Michu rougit extr\u00eamement. Ce soir-l\u00e0, on nous envoya simplement coucher, en nous disant que, le lendemain, nous aurions sans doute r\u00e9fl\u00e9chi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" id=\"V\">V<\/h4>\n\n\n\n<p>Le lendemain et le surlendemain, le grand Michu fut terrible. Les paroles du ma\u00eetre d\u2019\u00e9tude l\u2019avaient frapp\u00e9 au c\u0153ur. Il nous soutint, il nous dit que nous serions des l\u00e2ches si nous c\u00e9dions. Maintenant, il mettait tout son orgueil \u00e0 montrer que, lorsqu\u2019il le voulait, il ne mangeait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut un vrai martyr. Nous autres, nous cachions tous dans nos pupitres du chocolat, des pots de confiture, jusqu\u2019\u00e0 de la charcuterie, qui nous aid\u00e8rent \u00e0 ne pas manger tout \u00e0 fait sec le pain dont nous emplissions nos poches. Lui, qui n\u2019avait pas un parent dans la ville, et qui se refusait d\u2019ailleurs de pareilles douceurs, s\u2019en tint strictement aux quelques cro\u00fbtes qu\u2019il put trouver.<\/p>\n\n\n\n<p>Le surlendemain, le proviseur ayant d\u00e9clar\u00e9&nbsp;que, puisque les \u00e9l\u00e8ves s\u2019ent\u00eataient \u00e0 ne pas toucher aux plats, il allait cesser de faire distribuer du pain, la r\u00e9volte \u00e9clata, au d\u00e9jeuner. C\u2019\u00e9tait le jour des haricots \u00e0 la sauce blanche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand Michu, dont une faim atroce devait troubler la t\u00eate, se leva brusquement. Il prit l\u2019assiette du pion, qui mangeait \u00e0 belles dents, pour nous narguer et nous donner envie, la jeta au milieu de la salle, puis entonna la&nbsp;<em>Marseillaise<\/em>&nbsp;d\u2019une voix forte. Ce fut comme un grand souffle qui nous souleva tous. Les assiettes, les verres, les bouteilles, dans\u00e8rent une jolie danse. Et les pions, enjambant les d\u00e9bris, se h\u00e2t\u00e8rent de nous abandonner le r\u00e9fectoire. Le gringalet, dans sa fuite, re\u00e7ut sur les \u00e9paules un plat de haricots, dont la sauce lui fit une large collerette blanche.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il s\u2019agissait de fortifier la place. Le grand Michu fut nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral. Il fit porter, entasser les tables devant les portes. Je me souviens que nous avions tous pris nos couteaux \u00e0 la main. Et la&nbsp;<em>Marseillaise<\/em>&nbsp;tonnait toujours. La r\u00e9volte tournait \u00e0 la r\u00e9volution. Heureusement, on nous laissa \u00e0 nous-m\u00eames pendant trois grandes heures. Il para\u00eet qu\u2019on \u00e9tait all\u00e9 chercher la garde. Ces trois heures de tapage suffirent pour nous calmer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait au fond du r\u00e9fectoire deux larges fen\u00eatres qui donnaient sur la cour. Les plus timides, \u00e9pouvant\u00e9s de la longue impunit\u00e9 dans laquelle on nous laissait, ouvrirent doucement une des fen\u00eatres et disparurent. Ils furent peu \u00e0 peu suivis par les autres \u00e9l\u00e8ves. Bient\u00f4t le grand Michu n\u2019eut plus qu\u2019une dizaine d\u2019insurg\u00e9s autour de lui. Il leur dit alors d\u2019une voix rude&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-Allez retrouver les autres, il suffit qu\u2019il y ait un coupable.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis s\u2019adressant \u00e0 moi qui h\u00e9sitais, il ajouta&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>-Je te rends la parole, entends-tu&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la garde eut enfonc\u00e9 une des portes, elle trouva le grand Michu tout seul, assis tranquillement sur le bout d\u2019une table, au milieu de la vaisselle cass\u00e9e. Le soir m\u00eame, il fut renvoy\u00e9 \u00e0 son p\u00e8re. Quant \u00e0 nous, nous profit\u00e2mes peu de cette r\u00e9volte. On \u00e9vita bien pendant quelques semaines de nous servir de la morue et des haricots. Puis, ils reparurent; seulement la morue \u00e9tait \u00e0 la sauce blanche, et les haricots, \u00e0 la sauce rousse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\" id=\"VI\">VI<\/h4>\n\n\n\n<p>Longtemps apr\u00e8s, j\u2019ai revu le grand Michu. Il n\u2019avait pu continuer ses \u00e9tudes. Il cultivait \u00e0 son&nbsp;tour les quelques bouts de terre que son p\u00e8re lui avait laiss\u00e9s en mourant.<\/p>\n\n\n\n<p>-J\u2019aurais fait, m\u2019a-t-il dit, un mauvais avocat ou un mauvais m\u00e9decin, car j\u2019avais la t\u00eate bien dure. Il vaut mieux que je sois un paysan. C\u2019est mon affaire\u2026 N\u2019importe, vous m\u2019avez joliment l\u00e2ch\u00e9. Et moi qui justement adorais la morue et les haricots&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00bb Sous l\u2019Empire, l\u2019\u00e9vocation des r\u00e9voltes dans les lyc\u00e9es, assez fr\u00e9quentes, permettait auxjournalistes des allusions \u00e0 peine voil\u00e9es \u00e0 la situation politique ; ainsi, la nouvelle deZola \u00ab Le grand Michu \u00bb (La Cloche, 1er mars 1870) propose-t-elle une all\u00e9gorie tr\u00e8sclaire du rapport entre les \u00e9lites et le peuple lors de la r\u00e9volution de 1848 et du Coupd\u2019\u00c9tat de d\u00e9cembre.\u00a0\u00bb Saminadayar-Perrin, C. (2021). L&rsquo;Insurg\u00e9, r\u00e9cit r\u00e9fractaire.\u00a0Autour de Vall\u00e8s: revue de lectures et d&rsquo;\u00e9tudes vall\u00e9siennes, (51), 205-226. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e ici&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2025\/08\/01\/figures-dinsurges-le-grand-michu-une-nouvelle-demile-zola\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3912,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,4,119],"tags":[30,49,176,230,234,233],"class_list":["post-3908","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","category-enseignement","category-lecture","tag-lecture","tag-litterature","tag-livre-audio","tag-podcast","tag-recit-dapprentissage","tag-zola"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3908"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3908\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3920,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3908\/revisions\/3920"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3912"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}