{"id":3905,"date":"2025-09-08T15:04:22","date_gmt":"2025-09-08T13:04:22","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=3905"},"modified":"2025-09-24T23:10:24","modified_gmt":"2025-09-24T21:10:24","slug":"de-limpossible-emancipation-des-femmes-a-quoi-revent-les-pauvres-filles-une-nouvelle-demile-zola","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2025\/09\/08\/de-limpossible-emancipation-des-femmes-a-quoi-revent-les-pauvres-filles-une-nouvelle-demile-zola\/","title":{"rendered":"De l&rsquo;impossible \u00e9mancipation des femmes &#8211; \u00ab\u00a0\u00c0 quoi r\u00eavent les pauvres filles?\u00a0\u00bb, une nouvelle d&rsquo;\u00c9mile Zola"},"content":{"rendered":"\n<p>Simple et efficace, cette nouvelle de Zola condense toute la mis\u00e8re des femmes issues du milieu ouvrier en une seule page. <\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9crivain s&rsquo;est inspir\u00e9 d&rsquo;un article lu dans la presse pour r\u00e9diger ce texte (Voir \u00ab\u00a0La Sylphide : journal de modes, de litt\u00e9rature, de th\u00e9\u00e2tres et de musique\u00a0\u00bb). Sa jeune lectrice affam\u00e9e est ainsi directement confront\u00e9e au r\u00e9el. En ins\u00e9rant un extrait de la gazette mondaine dans son bref r\u00e9cit, Zola met en perspective le luxe des \u00e9lites et conf\u00e8re une r\u00e9alit\u00e9 tangible \u00e0 la mis\u00e8re de la jeune ouvri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><br>\u00ab\u00a0Les Tuileries en sont \u00e0 leur deuxi\u00e8me bal..<br>Sa Majest\u00e9 l&rsquo;Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie portait, au premier-bal, une toilette tr\u00e8s, fantaisiste, et tr\u00e8s originale, qui consistait en une robe vert p\u00e2le recouverte d&rsquo;une demi-jupe en tulle blanc bouillonn\u00e9, lam\u00e9e d&rsquo;argent et garnie dans le bas de martre-zibeline. Pour coiffure, c&rsquo;\u00e9tait une branche folle de boules de neige et un simple bandeau de diamants. Autour du cou, un velours noir-, sur lequel \u00e9tait appliqu\u00e9e une grecque de diamants. Une ceinture de m\u00eame nuance que la robe compl\u00e9tait cette toilette \u00e9minemment fantaisiste, qui seyait \u00e0 ravir \u00e0 l&rsquo;Imp\u00e9ratrice.<br>Mm* la princesse de Metternich \u00e9tait en blanc, qui semble \u00eatre sa couleur favorite, avec une ceinture violette. Une rivi\u00e8re de diamants soutenait un adorable fouillis de perles et de diamants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab A quoi r\u00eavent les pauvres filles ? \u00bb (1870)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br>Elle a travaill\u00e9 pendant douze heures. Elle a gagn\u00e9 quinze sous. Le soir, elle rentre \u00e0 son logement, le long des trottoirs blancs de gel\u00e9e, grelottante sous sa mince \u00e9charpe noire, maigre et furtive, avec cet air craintif des pauvres b\u00eates abandonn\u00e9es. Et, comme ses entrailles crient famine, elle ach\u00e8te quelque reste de charcuterie \u00e0 bas prix, qu\u2019elle emporte \u00e0 la main, pli\u00e9 dans un lambeau de journal. Puis essouffl\u00e9e, elle gravit ses six \u00e9tages.<br>En haut, le grenier est d\u00e9sol\u00e9. Un bout de chandelle \u00e9claire cette mis\u00e8re. Pas de feu. Le vent passe sous la porte, si aigu, qu\u2019il effare la flamme de la chandelle. Un lit, une table, une chaise. Il fait si froid que l\u2019eau du pot \u00e0 eau a gel\u00e9.<br>Elle se h\u00e2te ; elle se r\u00e9chauffera peut-\u00eatre un peu dans le lit, sous le paquet de ses<br>v\u00eatements qu\u2019elle entasse chaque soir \u00e0 ses pieds. Vivement elle s\u2019est assise devant la<br>petite table ; elle a tir\u00e9 un morceau de pain d\u2019une armoire, elle mange sa charcuterie<br>de cet air glouton et indiff\u00e9rent des affam\u00e9s. Quand elle a soif, il lui faut casser la glace<br>du pot \u00e0 eau.<br>C\u2019est une enfant de dix-huit ans au plus. Pour avoir moins froid, elle n\u2019a retir\u00e9 ni<br>son ch\u00e2le ni son bonnet. Elle mange chez elle toute v\u00eatue, en cachant par moments ses<br>mains que le vent bleuit. Si elle pouvait sourire, elle serait charmante ; ses l\u00e8vres<br>d\u00e9licates, ses yeux d\u2019un gris tendre auraient une douceur exquise. Mais la souffrance a<br>pinc\u00e9 sa bouche, et mis une duret\u00e9 morne dans son regard. Elle a le masque rigide et<br>mena\u00e7ant des mis\u00e9rables.<br>Elle regarde devant elle, vaguement, le cerveau vide, mangeant comme un animal<br>qui se d\u00e9p\u00eache. Puis ses yeux s\u2019arr\u00eatent sur le lambeau de journal, tach\u00e9 de graisse, qui<br>lui sert d\u2019assiette. Elle lit, elle oublie d\u2019achever son pain.<br>Il y a eu bal aux Tuileries, et elle apprend qu\u2019on y a consomm\u00e9 une quantit\u00e9<br>prodigieuse de vin et de mets : neuf mille bouteilles de champagne, trois mille g\u00e2teaux,<br>six cents kilogrammes de viande et le reste. Elle a un sourire singulier, elle se dit que<br>ces gens doivent \u00eatre bien gras.<br>Mais elle est femme, elle s\u2019arr\u00eate d\u2019avantage aux descriptions des toilettes. Elle<br>lit :<br>\u00abMadame de Metternich, robe blanche, avec ceinture violet fonc\u00e9. Une rivi\u00e8re de<br>diamants soutenait un adorable fouillis de perles et de diamants.\u00bb<br>Sa face est devenue plus dure. Pourquoi les autres ont-elles des rivi\u00e8res de<br>diamants, lorsqu\u2019elle n\u2019a pas une robe chaude \u00e0 se mettre ? Elle continue :<br>\u00ab L\u2019imp\u00e9ratrice en robe vert tendre, recouverte d\u2019une demi-jupe en tulle<br>bouillonnant blanc, \u00e0 lam\u00e9 d\u2019argent, garnie au bas et au corsage de martre zibeline.<br>Dans les cheveux, des fleurs en boule de neige et un simple bandeau de diamants.<br>Autour du cou, un velours noir sur lequel est appliqu\u00e9e une grecque en diamants<br>admirables. \u00bb<br>Toujours des diamants, et ici des diamants \u00e0 enrichir cent familles. L\u2019enfant ne lit<br>plus. Elle s\u2019est renvers\u00e9e sur sa chaise, elle songe. Des pens\u00e9es mauvaises passent dans ses yeux gris. Elle ne sent plus le froid, elle est tout enti\u00e8re \u00e0 la tentation du mal. Et quand elle s\u2019\u00e9veille de son r\u00eave, elle a un grand frisson, et jetant un regard autour de sa chambre, elle murmure :<br>\u00abA quoi bon ? \u2013 A quoi bon travailler ? Je veux des diamants.\u00bb<br>Demain elle en aura.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Emile Zola, Contes et nouvelles.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lecture de la nouvelle de&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/explore\/tags\/zola\/\">#zola<\/a>&nbsp;sur la cha\u00eene YouTube de l&rsquo;association AFPEAH<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Livre audio :  A quoi r\u00eavent les pauvres filles ? Emile Zola\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/TLtoeifw4Ec?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Simple et efficace, cette nouvelle de Zola condense toute la mis\u00e8re des femmes issues du milieu ouvrier en une seule page. L&rsquo;\u00e9crivain s&rsquo;est inspir\u00e9 d&rsquo;un article lu dans la presse pour r\u00e9diger ce texte (Voir \u00ab\u00a0La Sylphide : journal de modes, de litt\u00e9rature, de th\u00e9\u00e2tres et de musique\u00a0\u00bb). Sa jeune lectrice affam\u00e9e est ainsi directement confront\u00e9e au r\u00e9el. 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