{"id":3456,"date":"2024-07-24T12:10:03","date_gmt":"2024-07-24T10:10:03","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=3456"},"modified":"2024-08-26T18:10:09","modified_gmt":"2024-08-26T16:10:09","slug":"pierre-abelard-au-tournant-medieval-des-philosophies-antiques-et-modernes-un-essai-de-bruno-michel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2024\/07\/24\/pierre-abelard-au-tournant-medieval-des-philosophies-antiques-et-modernes-un-essai-de-bruno-michel\/","title":{"rendered":"Pierre Ab\u00e9lard au tournant m\u00e9di\u00e9val des philosophies antiques et modernes, un essai de Bruno Michel"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:21px\"><em>Ab\u00e9lard, figure centrale du XIIe si\u00e8cle, est ici pr\u00e9sent\u00e9 comme un pr\u00e9curseur de la pens\u00e9e moderne. Son apport majeur n\u2019est pas le nominalisme, mais une distinction in\u00e9dite entre les croyances issues de la foi et celles qui se fondent sur l\u2019investigation scientifique. \u00c9chappant aux impasses de la th\u00e9orie des universaux profess\u00e9e par ses ma\u00eetres, Roscelin et Guillaume de Champeaux, et s\u2019inspirant de la critique par B\u00e9ranger de Tours, du \u00ab r\u00e9alisme sacramentel \u00bb, Ab\u00e9lard d\u00e9veloppe une th\u00e9orie in\u00e9dite de la signification, \u00e0 laquelle s\u2019opposera le nominalisme d\u2019Ockham deux si\u00e8cles plus tard. Pour les p\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, il fallait croire pour savoir. Pour Ab\u00e9lard, acc\u00e9der \u00e0 la science implique que soit admise la non-divinit\u00e9 de la pens\u00e9e humaine et que soit reconnue la part de subjectivit\u00e9 qui marque toute croyance en la v\u00e9rit\u00e9. Ainsi, \u00e0 une philosophie d\u2019origine grecque centr\u00e9e sur l\u2019objet du savoir (la nature), s\u2019ouvre une philosophie centr\u00e9e sur le sujet \u00e9pist\u00e9mique et ses conditions d\u2019acc\u00e8s au r\u00e9el.<\/em> (<em>Pr\u00e9sentation des \u00e9ditions Vrin)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:27px\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0);color:#966666\" class=\"has-inline-color\"><strong>Entretien accord\u00e9 \u00e0 l\u2019AFPEAH par Bruno Michel<\/strong><\/mark><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\"><strong>Qu\u2019est-ce qui vous a amen\u00e9 \u00e0 vous int\u00e9resser \u00e0 la philosophie d\u2019Ab\u00e9lard&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp; La question qui m\u2019a int\u00e9ress\u00e9 est la suivante&nbsp;: qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 se met, de mani\u00e8re <em>distinctive<\/em>, \u00e0 pratiquer la philosophie&nbsp;? Cette question se pose deux fois dans l\u2019histoire europ\u00e9enne, aux VI\u00e8me et V\u00e8me si\u00e8cles avant J-C et aux XI\u00e8me et XII\u00e8me si\u00e8cles apr\u00e8s J-C. Dans les deux cas, on voit se dissocier de la r\u00e9flexion proprement religieuse (mythologique pour la Gr\u00e8ce ancienne et biblique pour le Moyen \u00c2ge latin), une r\u00e9flexion proprement philosophique. En Gr\u00e8ce, on passe de la <em>Th\u00e9ogonie <\/em>d\u2019H\u00e9siode aux physiciens de l\u2019Ecole de Milet et plus largement aux philosophes pr\u00e9socratiques&nbsp;: on se met \u00e0 distinguer le discours philosophique du discours mythologique. Au haut Moyen \u00c2ge, apr\u00e8s la christianisation de la culture antique, on a une situation assez similaire. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp; Entre le IV\u00e8me si\u00e8cle et le XII\u00e8me si\u00e8cle, discours religieux (chr\u00e9tien) et philosophique sont inextricablement m\u00eal\u00e9s. Par exemple, Augustin d\u2019Hippone enseigne que pour savoir, il faut d\u2019abord croire. L\u2019intelligence (scientifique) de la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9pend de la foi (chr\u00e9tienne). Aucune diff\u00e9rence n\u2019est faite entre th\u00e9ologie et philosophie. \u00c0 partir du XII\u00e8me si\u00e8cle, les clercs latins distinguent entre le discours proprement religieux, fond\u00e9 sur la Bible et son commentaire par les P\u00e8res de l\u2019Eglise, et un discours proprement philosophique fond\u00e9 sur des auteurs pa\u00efens&nbsp;: Aristote et Porphyre, auteurs qui sont \u00e0 nouveau \u00e9tudi\u00e9s pour eux-m\u00eames, ind\u00e9pendamment de toute consid\u00e9ration religieuse. Appara\u00eet ainsi une distinction entre th\u00e9ologie d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et philosophie de l\u2019autre et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019Ab\u00e9lard (1079-1142) a jou\u00e9 un r\u00f4le central. Il est, de loin, le philosophe le plus important de l\u2019Europe latine du XII\u00e8me si\u00e8cle, le premier \u00e0 utiliser en latin le mot grec \u00ab&nbsp;theologia&nbsp;\u00bb (qu\u2019il emprunte au Pseudo-Denys l\u2019A\u00e9ropagite) pour d\u00e9signer le discours religieux en le distinguant irr\u00e9ductiblement du discours philosophique. J\u2019ai essay\u00e9 de comprendre pourquoi il avait \u00e9tabli cette distinction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\"><strong>&nbsp; S\u2019agit-il de distinguer foi et savoir&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;Oui, exactement. Ab\u00e9lard pose que nous avons des intellections (des repr\u00e9sentations mentales) et que nous croyons ou non qu\u2019\u00e0 ces repr\u00e9sentations mentales correspondent des objets extra-mentaux r\u00e9els. Ainsi, tout homme a l\u2019id\u00e9e de perfection (l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00eatre supr\u00eamement parfait) mais cela n\u2019<em>implique <\/em>pas que je croie qu\u2019\u00e0 cette id\u00e9e corresponde un objet r\u00e9el. Cette croyance n\u2019est pas n\u00e9cessaire. La science, par contre, en \u00e9tant fond\u00e9e sur des arguments objectivement n\u00e9cessaires, ne d\u00e9pend plus de mes repr\u00e9sentations et du cr\u00e9dit que je choisis de leur accorder ou non; la certitude que donne la science est acquise de mani\u00e8re n\u00e9cessaire. Or, Ab\u00e9lard part du principe (apr\u00e8s le moine Gaunilon r\u00e9futant la preuve ontologique d\u2019Anselme de Cantorb\u00e9ry vers 1080) que la v\u00e9rit\u00e9 de la proposition \u00ab&nbsp;Dieu existe&nbsp;\u00bb ne repose pas sur des \u00ab&nbsp;arguments n\u00e9cessaires&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Il n\u2019y a pas de preuve de l\u2019existence de Dieu, Ab\u00e9lard ajoutant que s\u2019il \u00e9tait possible de contraindre logiquement l\u2019ath\u00e9e \u00e0 croire, la foi en Dieu ne serait plus fond\u00e9e sur un engagement <em>libre <\/em>mais sur la contrainte (de la science)&nbsp;: il n\u2019y a plus aucun m\u00e9rite \u00e0 croire, puisqu\u2019en bonne logique, j\u2019y suis contraint.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp; &nbsp;Pour Ab\u00e9lard, Dieu est le souverain bien, son essence est donc \u00e9thique et, de ce fait, la croyance en son existence repose \u00ab&nbsp;plus sur des arguments \u00e9thiques&nbsp;que sur des arguments n\u00e9cessaires&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il&nbsp;<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>: l\u2019assentiment \u00e0 la proposition \u00ab&nbsp;Dieu existe&nbsp;\u00bb requiert un <em>choix<\/em>. Aussi le domaine de la foi se confond-il pour Ab\u00e9lard avec le domaine de l\u2019\u00e9thique, un domaine irr\u00e9ductiblement distinct du domaine de la science&nbsp;: il suppose un engagement subjectif \u2013 en premi\u00e8re personne &#8211; que ne suppose pas la science (au sens o\u00f9 une v\u00e9rit\u00e9 scientifique demeure intangible, quel que soit mon choix). &nbsp;Ab\u00e9lard a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour cette th\u00e8se. Mais quoi qu\u2019il en soit du caract\u00e8re scientifique ou non du discours th\u00e9ologique, aucun clerc, pass\u00e9 le XII\u00e8me si\u00e8cle, ne confond plus ce discours avec le discours proprement philosophique. Pour comprendre le r\u00f4le qu\u2019Ab\u00e9lard a jou\u00e9 dans la mise en place de cette distinction entre foi et savoir, il faut comprendre l\u2019enjeu de sa critique des auteurs \u00ab&nbsp;r\u00e9alistes&nbsp;\u00bb de son temps.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\"><strong>&nbsp; Quel est-il&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;Pour comprendre le r\u00e9el nous utilisons des universaux&nbsp;: l\u2019Homme, l\u2019Animal, etc.. Porphyre se demande \u00e0 la fin de l\u2019Antiquit\u00e9 si ces universaux existent seulement dans la pens\u00e9e ou aussi en dehors d\u2019elle ? Les r\u00e9alistes posent des \u00ab&nbsp;res&nbsp;\u00bb (des r\u00e9alit\u00e9s) universelles et les nominalistes nient l\u2019existence de telles entit\u00e9s en r\u00e9duisant les universaux \u00e0 des noms. Si cette opposition est bien attest\u00e9e au XIV\u00e8me si\u00e8cle entre les partisans de Guillaume d\u2019Ockham et leurs adversaires r\u00e9alistes, je montre que la situation est beaucoup plus complexe au XII\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp; <strong>En quel sens&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp; Le r\u00e9aliste que critique Ab\u00e9lard est son ma\u00eetre parisien Guillaume de Champeaux. Or celui-ci soutenait, en s\u2019inspirant de Bo\u00e8ce, la th\u00e8se suivante&nbsp;: les individus d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce diff\u00e8rent par des qualit\u00e9s accidentelles (taille, couleur de peau, etc\u2026) mais sont identiques \u2013 et non semblables \u2013 par l\u2019esp\u00e8ce qui leur est commune (leur humanit\u00e9). Hors de ma pens\u00e9e n\u2019existent donc que des hommes individuels&nbsp;: il n\u2019y a pas hors de l\u2019esprit d\u2019Homme commun, mais si je supprime en esprit toutes les propri\u00e9t\u00e9s accidentelles qui s\u00e9parent cet homme de cet autre, ces deux hommes vont se r\u00e9v\u00e9ler indiscernables et donc identiques. L\u2019homme est \u00e0 la fois commun par son essence et singulier par ses accidents&nbsp;: chaque homme doit sa singularit\u00e9 \u00e0 des propri\u00e9t\u00e9s seulement accidentelles et il est, sur le plan essentiel, identique \u00e0 tous les autres membres de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Bo\u00e8ce (au VI\u00e8me si\u00e8cle) &#8211; et Guillaume s\u2019inspire de lui &#8211; dit ainsi que l\u2019advenue des accidents&nbsp;\u00ab&nbsp;fait la pluralit\u00e9 num\u00e9rique&nbsp;\u00bb des individus. Ce sont les accidents qui font de l\u2019homme commun, cet homme individuel num\u00e9riquement distinct de tel autre. Lorsque nous d\u00e9finissons le r\u00e9el nous proc\u00e9dons \u00e0 une variation imaginaire pour s\u00e9parer ce qui est variable (accidentel) de ce qui est invariant (essentiel). Pour Bo\u00e8ce et Guillaume, cette variation qui, \u00e0 partir d\u2019une essence commune, permet de diff\u00e9rencier cet objet de tel autre, n\u2019a rien d\u2019imaginaire&nbsp;: elle est la structure ontologique m\u00eame du r\u00e9el. Les accidents \u00ab&nbsp;font&nbsp;\u00bb de la substance universelle une substance individuelle. Mais, pour Ab\u00e9lard, Bo\u00e8ce et Guillaume confondent les concepts et les choses.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\"><strong>&nbsp; \u00c0 quoi tient cette confusion entre pens\u00e9e et r\u00e9alit\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;&nbsp; La variation des accidents ne <em>fait <\/em>pas l\u2019individualit\u00e9 de l\u2019homme, elle permet seulement de la penser. Or, penser n\u2019est pas faire. Ma pens\u00e9e en discernant gr\u00e2ce aux accidents cet homme de tel autre ne \u00ab&nbsp;fait&nbsp;\u00bb rien. De m\u00eame, lorsque je prive cet homme de ses accidents (date, lieu de naissance, couleur de peau, taille etc..), cette pens\u00e9e ne supprime rien&nbsp;! Ma pens\u00e9e n\u2019est pas cr\u00e9atrice (ou destructrice) de l\u2019objet qu\u2019elle se donne. Guillaume de Champeaux n\u2019\u00e9tait donc pas r\u00e9aliste au sens d\u2019une ontologie contemporaine (de la th\u00e9orie des ensembles ou des classes), mais il \u00e9tait r\u00e9aliste au sens o\u00f9 tr\u00e8s litt\u00e9ralement il projetait dans les choses l\u2019activit\u00e9 conceptuelle de l\u2019esprit en la d\u00e9finissant comme une propri\u00e9t\u00e9 des choses elles-m\u00eames. Tout se passe, pour Guillaume, comme s\u2019il y avait un esprit qui cr\u00e9ait l\u2019homme individuel en singularisant l\u2019esp\u00e8ce humaine par des propri\u00e9t\u00e9s accidentelles. Pour Guillaume, au sens propre, \u00ab&nbsp;dire ou penser, c\u2019est faire&nbsp;\u00bb&nbsp;: la pens\u00e9e qui varie, par les accidents, &nbsp;l\u2019essence humaine est cr\u00e9atrice de l\u2019individu \u00ab&nbsp;x&nbsp;\u00bb. En fait, Guillaume essaie de refaire le chemin d\u2019un Verbe cr\u00e9ateur, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un Dieu cr\u00e9ant \u00e0 partir de ses Id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales tel individu concret. Dieu en cr\u00e9ant l\u2019individu \u00ab&nbsp;x\u00bb singularise la substance universelle (l\u2019esp\u00e8ce humaine) en lui adjoignant des qualit\u00e9s accidentelles. Mais Ab\u00e9lard souligne, on l\u2019a vu, que nous ne pouvons pas prouver l\u2019existence de cette pens\u00e9e cr\u00e9atrice, qui n\u2019est donc qu\u2019une hypoth\u00e8se de ma foi (et Ab\u00e9lard est croyant) et non une certitude de ma science. Guillaume confond donc foi et savoir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Verbe divin est cr\u00e9ateur&nbsp;: Dieu dit et ce qu\u2019il dit est. Notre verbe, lui, n\u2019est pas cr\u00e9ateur. Ce n\u2019est pas parce que nous n\u2019arrivons plus \u00e0 discerner cet homme de cet autre lorsque nous le privons de toutes ses propri\u00e9t\u00e9s accidentelles qu\u2019il doit d\u2019\u00eatre \u00e0 ses propri\u00e9t\u00e9s&nbsp;; pour Dieu il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence entre le conceptuel et le r\u00e9el (le r\u00e9el est ce qu\u2019il con\u00e7oit), pour nous jamais. Et ce que dit Ab\u00e9lard est que dans une science (humainement accessible) nous ne pouvons pas nous placer du point de vue de Dieu. Il faut comprendre que l\u2019id\u00e9e d\u2019une pens\u00e9e cr\u00e9ant <em>ex nihilo <\/em>son objet est l\u2019id\u00e9e m\u00eame de pens\u00e9e magique&nbsp;: la pens\u00e9e <em>agit <\/em>en cr\u00e9ant l\u2019objet m\u00eame de son savoir. Une science (humainement v\u00e9rifiable) suppose de renoncer, par principe, \u00e0 toute pens\u00e9e magique, c\u2019est-\u00e0-dire de renoncer \u00e0 se placer au point de vue m\u00eame d\u2019une pens\u00e9e <em>toute puissante<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\"><strong>&nbsp;&nbsp; Donc pour que ma pens\u00e9e puisse \u00eatre vraie, il faudrait renoncer \u00e0 sa divinit\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;&nbsp; C\u2019est le retournement qu\u2019Ab\u00e9lard produit par rapport aux P\u00e8res de l\u2019Eglise. Pour Augustin, pour savoir il faut croire en un Dieu cr\u00e9ateur&nbsp;: toute ma science repose sur cette foi&nbsp;\u2013 Dieu est le \u00ab&nbsp;ma\u00eetre int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb &#8211;&nbsp;; &nbsp;pour Ab\u00e9lard, pour savoir, il faut mesurer au contraire la distance (infinie) entre notre pens\u00e9e et une pens\u00e9e omnisciente et toute puissante. C\u2019est en prenant la mesure de la pr\u00e9cision seulement finie de nos intellections (toujours abstraites), de la part de convention qui affecte les mots qui les expriment dans telle langue et de l\u2019incertitude relative des actes de croyance par lesquels nous accordons foi \u00e0 ces intellections que notre connaissance a une chance d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019erreur. Si, au contraire, nous confondons notre pens\u00e9e et le langage qui l\u2019exprime avec un Verbe omniscient et tout-puissant, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la science se ferme devant nous. C\u2019est en confondant verbes divin et humain que la science devient impossible pour nous. Pour acc\u00e9der \u00e0 la science, il faut donc r\u00e9fl\u00e9chir la finitude de notre acc\u00e8s au r\u00e9el. Et Ab\u00e9lard place au c\u0153ur de sa r\u00e9flexion le caract\u00e8re in\u00e9vitablement conventionnel de notre langage, c\u2019est-\u00e0-dire son caract\u00e8re pour partie arbitraire et donc toujours ouvert au risque d\u2019erreur, par contraste d\u2019un Verbe divin, par d\u00e9finition, omniscient et infaillible.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;&nbsp; La philosophie antique \u00e9tait une philosophie de l\u2019objet (la nature)&nbsp;: pour Aristote, il y a deux r\u00e9gions de l\u2019univers, l\u2019une supra-lunaire de cours exact et n\u00e9cessaire et l\u2019autre sub-lunaire de cours contingent et impr\u00e9visible. Dans le contexte cr\u00e9ationniste (\u00e9tranger aux religions polyth\u00e9istes) des religions du Livre, la philosophie n\u2019est plus centr\u00e9e sur l\u2019Objet (la nature) mais sur le Sujet qui produit, en le cr\u00e9ant, l\u2019objet. Ab\u00e9lard retrouve la scission aristot\u00e9licienne en deux r\u00e9gions mais en la situant non plus du c\u00f4t\u00e9 de la nature, mais du c\u00f4t\u00e9 du sujet qui conna\u00eet cette nature&nbsp;: &nbsp;il y a, irr\u00e9ductiblement, deux sujets, l\u2019un producteur d\u2019un verbe tout-puissant et d\u2019une pr\u00e9cision infinie et l\u2019autre producteur d\u2019un verbe non cr\u00e9ateur et de pr\u00e9cision au plus finie. C\u2019est la distinction entre ces deux sujets (et non l\u2019assimilation du second sujet au premier, par une th\u00e9orie (augustinienne) de l\u2019\u00e2me-image de Dieu) qui est productrice de science. Ab\u00e9lard ram\u00e8ne ainsi sur terre la philosophie des P\u00e8res de l\u2019Eglise, en questionnant la part d\u2019exaltation qui la caract\u00e9rise. Cette <em>opposition<\/em> entre le domaine de la foi (en une intelligence cr\u00e9atrice) et le domaine de la science est nouvelle (elle est \u00e9trang\u00e8re en effet au monde antique qui associait tr\u00e8s \u00e9troitement science et spiritualit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;&nbsp; J\u2019\u00e9tudie en d\u00e9tail ce souci qu\u2019a Ab\u00e9lard de montrer que la v\u00e9rit\u00e9 du verbe humain tient \u00e0 son discernement d\u2019avec le Verbe divin en montrant qu\u2019il a sa source dans la critique par B\u00e9renger de Tours dans la seconde moiti\u00e9 du XI\u00e8me si\u00e8cle du r\u00e9alisme sacramentel. Le pr\u00eatre en pronon\u00e7ant les paroles \u00ab&nbsp;ceci est mon corps&nbsp;\u00bb produit une transformation \u00ab&nbsp;r\u00e9elle&nbsp;\u00bb du pain en corps du Christ&nbsp;: ici \u00ab&nbsp;dire, c\u2019est faire&nbsp;\u00bb. B\u00e9renger soutient que cette transformation est seulement \u00ab&nbsp;mentale&nbsp;\u00bb et non \u00ab&nbsp;extra-mentale&nbsp;\u00bb. Cette critique du pouvoir sacramentel du pr\u00eatre est la premi\u00e8re grande querelle th\u00e9ologique des d\u00e9buts de la scolastique latine. L\u2019originalit\u00e9 d\u2019Ab\u00e9lard est de d\u00e9placer cette critique (de la pens\u00e9e magique) du domaine th\u00e9ologique (par d\u00e9finition ouvert au surnaturel) \u00e0 un domaine proprement philosophique. C\u2019est en \u00e9tudiant le d\u00e9tail de ce transfert dans les th\u00e8ses philosophiques d\u2019Ab\u00e9lard (ce qu\u2019on ne peut faire ici) qu\u2019on mesure toute son importance. Ce transfert le conduit \u00e0 construire une th\u00e9orie de la signification et de la connaissance particuli\u00e8rement <em>neuve<\/em> et forte.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\"><strong>&nbsp;Que peut-on conclure de ces d\u00e9bats du tournant XI\u00e8me-XII\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;&nbsp;Les <em>reales <\/em>du XII\u00e8me si\u00e8cle ne sont pas r\u00e9alistes au sens de la logique moderne (dans les logiques r\u00e9alistes modernes, objets et concepts sont radicalement distingu\u00e9s)&nbsp;; par contre ils r\u00e9ifient &nbsp;l\u2019activit\u00e9 conceptuelle de l\u2019esprit en la projetant dans la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame. Ab\u00e9lard met fin \u00e0 cette ph\u00e9nom\u00e9nologie \u00ab&nbsp;na\u00efve&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire non th\u00e9matis\u00e9e, en montrant qu\u2019une science ne peut \u00eatre r\u00e9elle qu\u2019en \u00e9tant r\u00e9fl\u00e9chie dans sa relativit\u00e9 m\u00eame&nbsp;: il faut th\u00e9matiser la part que le sujet de la connaissance prend \u00e0 cette connaissance pour que celle-ci devienne effective. Ab\u00e9lard th\u00e9orise ainsi l\u2019activit\u00e9 <em>intentionnelle<\/em> du sujet de la connaissance, en la distinguant radicalement \u00e0 la fois d\u2019une simple activit\u00e9 linguistique (contre le \u00ab&nbsp;vocaliste&nbsp;\u00bb Roscelin) et de propri\u00e9t\u00e9s objectives de la r\u00e9alit\u00e9 physique elle-m\u00eame(contre le \u00ab&nbsp;r\u00e9aliste&nbsp;\u00bb Guillaume de Champeaux).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp; En fin de compte,une science n\u2019est possible que si elle est <em>relative. <\/em>Ab\u00e9lard n\u2019est pas sceptique&nbsp;: la science existe mais elle doit sa r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 son incompl\u00e9tude m\u00eame. Le savoir se construit non plus <em>sur <\/em>mais <em>par contraste <\/em>d\u2019avec un savoir \u00e9minemment parfait. Avec Ab\u00e9lard, la p\u00e9riode de la patristique latine, domin\u00e9e par Augustin et Bo\u00e8ce, prend fin et commence \u00e0 se construire la m\u00e9thode scolastique qui fleurira dans les universit\u00e9s du Moyen \u00c2ge central et o\u00f9 sera produit un savoir, pour partie, scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp; <strong>Quel est finalement l\u2019apport d\u2019Ab\u00e9lard&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">\u00a0\u00a0 Au tout d\u00e9but du XII\u00e8me si\u00e8cle, Ab\u00e9lard vient \u00e0 Paris, sur l\u2019\u00eele de la Cit\u00e9, pour suivre \u00e0 l\u2019\u00e9cole cath\u00e9drale l\u2019enseignement de Guillaume de Champeaux. En d\u00e9saccord avec lui, il d\u00e9cide de traverser la Seine pour rejoindre sa rive gauche et cr\u00e9er sur le versant de la montagne Sainte-Genevi\u00e8ve sa propre \u00e9cole. Cette \u00e9cole attire des \u00e9tudiants venus de toute l\u2019Europe, dont certains en d\u00e9saccord avec Ab\u00e9lard, vont fonder d\u2019autres \u00e9coles\u00a0sur cette m\u00eame rive gauche: cette pluralit\u00e9 de ma\u00eetres et d\u2019\u00e9coles est le noyau dont sortira l\u2019Universit\u00e9 de Paris \u00e0 la fin du XII\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp; Sur le plan philosophique, Ab\u00e9lard est, parmi d\u2019autres moins importants, le meilleur t\u00e9moin de cette mutation qui fait d\u00e9pendre, de mani\u00e8re moderne, la science de notre capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir la part de subjectivit\u00e9 qui marque notre acc\u00e8s au r\u00e9el. Les anciens ne posaient pas le probl\u00e8me en ces termes. Pour eux, les limites de la science ne sont pas subjectives, mais bien <em>objectives&nbsp;<\/em>: pour Platon, la mati\u00e8re est incr\u00e9\u00e9e et n\u2019est, en son fond, jamais totalement p\u00e9n\u00e9trable par la lumi\u00e8re des Id\u00e9es d\u2019un dieu <em>seulement <\/em>artisan. De m\u00eame, chez Aristote, le monde sub-lunaire n\u2019est qu\u2019approximativement et non exactement connaissable. En revanche, pour les religions du Livre, Dieu est int\u00e9gralement cr\u00e9ateur. Or, il est clair que rien de cr\u00e9\u00e9 par un \u00eatre intelligent ne peut \u00eatre inintelligible&nbsp;: les limites de la science ne viennent donc plus de l\u2019objet, qui, par hypoth\u00e8se, est int\u00e9gralement intelligible puisqu\u2019int\u00e9gralement intellig\u00e9 par l\u2019esprit qui le cr\u00e9e. Si des limites doivent \u00eatre retrouv\u00e9es, comme le demande Ab\u00e9lard, elles ne peuvent venir que d\u2019un sujet de la connaissance qui ne peut jamais, dans une science attest\u00e9e (quoi qu\u2019il en soit de ma foi), \u00eatre omniscient ou tout puissant. Il faut donc th\u00e9matiser la part &#8211; jamais totalement r\u00e9ductible &#8211; de subjectivit\u00e9 qui marque notre acc\u00e8s au r\u00e9el. On bascule ainsi d\u2019une philosophie de l\u2019Objet (la nature), caract\u00e9ristique des polyth\u00e9ismes antiques, \u00e0 une philosophie du Sujet, caract\u00e9ristique des religions du Livre, en retrouvant, dans ce cadre, les moyens d\u2019une investigation scientifique <em>effective<\/em>. La science suppose ce d\u00e9centrement anthropologique du sujet \u00e9pist\u00e9mique par rapport \u00e0 l\u2019Id\u00e9e, magique, d\u2019un verbe cr\u00e9ateur de l\u2019objet de son savoir. Le savoir que nous produisons n\u2019est jamais suffisant pour produire, gr\u00e2ce \u00e0 lui, la substance m\u00eame du r\u00e9el. Nous ne sommes pas Dieu&nbsp;:&nbsp;nous transformons le r\u00e9el mais nous ne le cr\u00e9ons pas, insiste Ab\u00e9lard.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:21px\">&nbsp;&nbsp; Ab\u00e9lard est ainsi, au seuil des universit\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales, un des meilleurs t\u00e9moins d\u2019une forme de d\u00e9senchantement de la parole humaine. &nbsp;Pour comprendre ce que nous pouvons conna\u00eetre <em>vraiment, <\/em>il faut comprendre ce que nous <em>ne pouvons pas <\/em>conna\u00eetre parce que nous ne sommes pas et ne pouvons pas \u00eatre cette intelligence proprement toute-puissante&nbsp;: capable de cr\u00e9er le r\u00e9el lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019image de ses intentions. C\u2019est seulement si ma pens\u00e9e est divine que le r\u00e9el est, non probl\u00e9matiquement, ce que je con\u00e7ois de lui. Il faut donc, dans une science effective (humainement accessible), distinguer irr\u00e9ductiblement entre l\u2019\u00eatre intentionnel de nos concepts et le r\u00e9el lui-m\u00eame, en b\u00e2tissant le savoir sur la th\u00e9matisation m\u00e9thodique de cette distinction.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"708\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Essai-de-Bruno-Michel-708x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3460\" style=\"width:530px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Essai-de-Bruno-Michel-708x1024.png 708w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Essai-de-Bruno-Michel-208x300.png 208w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Essai-de-Bruno-Michel-768x1110.png 768w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Essai-de-Bruno-Michel-1063x1536.png 1063w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Essai-de-Bruno-Michel-187x270.png 187w, https:\/\/afpeah.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/Essai-de-Bruno-Michel.png 1172w\" sizes=\"auto, (max-width: 708px) 100vw, 708px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p style=\"font-size:21px\"><br><strong>Bruno Michel, ancien \u00e9l\u00e8ve de l\u2019ENS, agr\u00e9g\u00e9 et docteur en philosophie, est professeur au Lyc\u00e9e de Cachan. Son essai est publi\u00e9 aux \u00e9ditions Vrin, dans la collection \u00ab&nbsp;\u00c9tudes de philosophie m\u00e9di\u00e9vale&nbsp;\u00bb, 2024, 336 p., ISBN 978-2-7116-3153-7&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Theologia scholarium<\/em>, III, \u00a7 16, ed. C. Mews, Turnholt, Brepols, 1987, p. 506, 232-233: \u00ab[\u2026] obstinatos cogere non possimus, cum ora eorum non necessariis obstruamus argumentis [\u2026]\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Theologia christiana, <\/em>V, \u00a7 15, ed. E.M. Buytaert, Turnholt, Brepols, 1969, &nbsp;p. 353, 236-239 \u00ab&nbsp;[\u2026] magis honestis quam necessariis rationibus [\u2026]&nbsp;\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ab\u00e9lard, figure centrale du XIIe si\u00e8cle, est ici pr\u00e9sent\u00e9 comme un pr\u00e9curseur de la pens\u00e9e moderne. Son apport majeur n\u2019est pas le nominalisme, mais une distinction in\u00e9dite entre les croyances issues de la foi et celles qui se fondent sur l\u2019investigation scientifique. \u00c9chappant aux impasses de la th\u00e9orie des universaux profess\u00e9e par ses ma\u00eetres, Roscelin et Guillaume de Champeaux, et s\u2019inspirant de la critique par B\u00e9ranger de Tours, du \u00ab r\u00e9alisme sacramentel \u00bb, Ab\u00e9lard d\u00e9veloppe une th\u00e9orie in\u00e9dite de la&#8230;<\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"btn btn-default\" href=\"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2024\/07\/24\/pierre-abelard-au-tournant-medieval-des-philosophies-antiques-et-modernes-un-essai-de-bruno-michel\/\">Lire la suite<span class=\"screen-reader-text\"> Lire la suite<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3459,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,9],"tags":[217,218,219],"class_list":["post-3456","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","category-recommandations","tag-philosophie","tag-philosophie-medievale","tag-pierre-abelard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3456","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3456"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3456\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3466,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3456\/revisions\/3466"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3459"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3456"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3456"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3456"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}