{"id":3356,"date":"2024-06-12T21:50:46","date_gmt":"2024-06-12T19:50:46","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=3356"},"modified":"2024-06-12T23:44:34","modified_gmt":"2024-06-12T21:44:34","slug":"prix-special-du-jury-penelope-2024","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2024\/06\/12\/prix-special-du-jury-penelope-2024\/","title":{"rendered":"Prix sp\u00e9cial du Jury &#8211; Lyc\u00e9e (P\u00e9n\u00e9lope 2024)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:31px\"><strong>\u00ab&nbsp;Des ann\u00e9es de veille&nbsp;\u00bb<\/strong>,<strong> <br><\/strong>une nouvelle \u00e9crite par <strong><br>Yann Smith<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">___________________<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:24px\">Lyc\u00e9e Fran\u00e7ais Vincent Van Gogh \u2013 La Haye \u2013 Pays-Bas<br>Professeur r\u00e9f\u00e9rent : \u00c9ric Ballet <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:17px\">____________________<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\"><em>\u201cJe me sentais de la race de ces veilleurs chez qui l\u2019attente interminablement d\u00e9\u00e7ue alimente \u00e0 ses sources puissantes la certitude de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Julien Gracq, <em>Le Rivage des Syrtes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Le soleil venait de se coucher sur les \u00celes de la Petite Terre, perdues au large de la Guadeloupe. Les vingt m\u00e8tres de briques des imposants murs du phare de la Terre du Bas perdaient peu \u00e0 peu de leur chaleur, au fur et \u00e0 mesure que les cieux vierges de tout nuage depuis maintenant deux semaines s\u2019obscurcissaient, passant de l\u2019azur, au bleu roi puis au bleu de Prusse. Le gardien de cet \u00e9difice, Cl\u00e9ment Penelle, \u00e9tait un personnage bien singulier ; laissez-moi vous le pr\u00e9senter.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Ancien grognard engag\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but des campagnes napol\u00e9oniennes, il gravit rapidement les \u00e9chelons jusqu\u2019au rang de colonel en second, la veille du jour de la bataille de Paris, fin mars 1814. Le lendemain, lors du retour d\u00e9sordonn\u00e9 en h\u00e2te des troupes vers Lyon, sa colonne en d\u00e9route fut attaqu\u00e9e par une embuscade de mercenaires venus de Saxe. Son sup\u00e9rieur y laissa la vie et, une fois revenu au campement, il fut nomm\u00e9 par son g\u00e9n\u00e9ral de Brigade \u00e0 la t\u00eate de son r\u00e9giment en tant que colonel d\u2019Empire. Mais l\u2019Histoire ne lui fut gu\u00e8re favorable. L\u2019Empereur abdiqua une semaine plus tard. En tant qu\u2019officier sup\u00e9rieur sous l\u2019Empire, il fut radi\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e. D\u00e8s les jours qui suivirent ce sombre \u00e9v\u00e9nement, Penelle, dans sa grande loyaut\u00e9 \u00e0 l\u2019Empereur, se consacra enti\u00e8rement \u00e0 permettre le Vol de l\u2019Aigle depuis Lyon, sa ville natale. Le reste est connu de chaque \u00e9l\u00e8ve \u00e9tant pass\u00e9 par l\u2019\u00e9cole de la R\u00e9publique : Napol\u00e9on, d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Golfe Juan le 1er mars, arriva \u00e0 Lyon le 10, \u00e0 Paris le 20 &#8211; o\u00f9 Cl\u00e9ment fut accueilli par Napol\u00e9on lui-m\u00eame en reconnaissance de ses services.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Quelque cent jours plus tard, apr\u00e8s la bataille de Waterloo, Penelle fut fait prisonnier. Il fut envoy\u00e9 au bagne aux Am\u00e9riques lointaines, sur une \u00eele pour garder un phare &#8211; de ceux que l\u2019on appelle purgatoires. Il y \u00e9tait encore. Cela faisait quinze ans qu\u2019il attendait le retour de l\u2019Empire, qui lui rendrait sa libert\u00e9 et restaurerait la gloire pass\u00e9e de la France.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Vous me pardonnerez, cher lecteur, ces pr\u00e9cisions&nbsp;; ces souvenirs sont de la plus grande importance si l\u2019on veut comprendre notre singulier personnage.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">La nuit \u00e9tait maintenant tout \u00e0 fait noire. La fum\u00e9e \u00e9manant de la pipe en \u00e9cume de Cl\u00e9ment y faisait des t\u00e2ches grises, qui rapidement se dissipaient sous la brise l\u00e9g\u00e8re. Le sable fin des longues plages de l\u2019\u00eele sur lequel le gardien finissait sa pipe avait perdu toute la chaleur du jour. Il \u00e9tait d\u00e9sormais plus que temps d\u2019allumer le phare. Cl\u00e9ment monta donc les quelques quatre-vingts marches, entra dans la lanterne, alluma la lampe \u00e0 huile, et la lentille de Fresnel commen\u00e7a \u00e0 illuminer la mer des Cara\u00efbes. Il descendit ensuite \u00e0 l\u2019\u00e9tage inf\u00e9rieur, anciennement salle de service, transform\u00e9e par Cl\u00e9ment en chambre \u00e0 coucher. Une fois la lampe \u00e0 graisse allum\u00e9e puis pos\u00e9e sur la table en rotin &#8211; qui constituait, avec le lit et une chaise, le seul mobilier de la pi\u00e8ce &#8211; Cl\u00e9ment se dirigea vers un large cadre en bois recouvert d\u2019un \u00e9pais drap blanc. Il le mit \u00e0 bas et d\u00e9voila une majestueuse tapisserie de pr\u00e8s de trois m\u00e8tres de haut sur deux de large. Autrefois soyeux de Lyon, il passait le plus clair de son temps libre &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire le plus clair du jour et de la nuit &#8211; \u00e0 broder cette tapisserie, qu\u2019il souhaitait offrir \u00e0 l\u2019Empereur lors de son retour. \u00c9ternel insatisfait, il d\u00e9faisait la nuit ce qu\u2019il avait brod\u00e9 le jour, et d\u00e9faisait le jour le travail de la nuit. Il ne dormait qu\u2019assez peu par ailleurs, ce qui lui laissait tout le temps de se consacrer \u00e0 sa tapisserie. Mais rien n\u2019y faisait ; l\u2019avancement de l\u2019\u0153uvre \u00e9tait si lent que, malgr\u00e9 les ann\u00e9es, on avait du mal \u00e0 l\u2019appr\u00e9cier.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Son unique distraction \u00e9tait le passage mensuel d\u2019un navire de ravitaillement. Mais m\u00eame cette distraction ne parvenait pas \u00e0 sortir de son ennui le \u00ab&nbsp;gardien Penelle&nbsp;\u00bb, comme aimait l&rsquo;appeler Eum\u00e9e, le capitaine de l\u2019embarcation et, surtout, ancien aide de camp de Penelle. Ces deux hommes \u00e9taient de la race pour laquelle la fid\u00e9lit\u00e9 est la vertu supr\u00eame. Et fid\u00e8les, Dieu sait qu\u2019ils l\u2019\u00e9taient, tant que le d\u00e9vouement \u00e0 l\u2019Empereur mena le premier jusqu\u2019\u00e0 un bagne du bout du monde et que le serment de suivre son sup\u00e9rieur, quelles que soient les circonstances, poussa le second \u00e0 l\u2019y suivre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Eum\u00e9e \u00e9tait pass\u00e9 dans la matin\u00e9e ce jour-l\u00e0 :<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">&#8211;&nbsp;Alors, comment va notre gardien ? demanda Eum\u00e9e en descendant de sa chaloupe.<br>&#8211; Ma foi, la sant\u00e9 est bonne, r\u00e9pondit Penelle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Eum\u00e9e avait la vie moins rude que son camarade. Il \u00e9tait, lui aussi gardien de phare, mais, sur la Guadeloupe, il avait un contact journalier avec le <em>monde ext\u00e9rieur<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">&#8211;&nbsp;Des nouvelles du monde civilis\u00e9 ?&nbsp; demanda Penelle.<br>&#8211;&nbsp;Rien de bien int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Un des avantages de la vie sur la terre ferme est l\u2019acc\u00e8s quotidien aux nouvelles du monde. Penelle ne manquait jamais de les demander \u00e0 son comp\u00e8re, dans l\u2019espoir de la restauration de l\u2019Empire. Mais jamais les nouvelles n\u2019\u00e9taient bonnes. Les deux seules informations qui l\u2019aient int\u00e9ress\u00e9 furent la mort de Napol\u00e9on puis celle de l\u2019Aiglon. Celles-ci avaient jet\u00e9 un voile de deuil sur l\u2019\u00eele, que m\u00eame les terribles rayons des Cara\u00efbes ne parvenaient pas \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">&#8211; Et, qu\u2019en est-il de cette tapisserie, Penelle&nbsp;? interrogea Eum\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">Ce dernier connaissait le projet de son camarade. Il attendait, tout comme lui, le retour de l\u2019Empire. Il avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de ne pas avertir Penelle des diff\u00e9rents coups d\u2019\u00c9tat lamentablement rat\u00e9s par le neveu de son ancien ma\u00eetre ; il ne lui semblait pas n\u00e9cessaire de lui faire remonter de telles fol\u00e2treries qui d\u00e9shonoraient la maison Bonaparte, qui, r\u00e9v\u00e9l\u00e9es \u00e0 Penelle, ne feraient qu\u2019aggraver sa situation psychologique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">&#8211;&nbsp;Rien de nouveau non plus, r\u00e9pondit-il sur le ton de l\u2019ennui.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:23px\">En repensant \u00e0 cette discussion, Penelle s\u2019arracha quelques instants de sa tapisserie. Il regarda l\u2019heure sur l\u2019horloge marine \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du barom\u00e8tre : il \u00e9tait presque quatre heures. Alors, comme il le faisait depuis quinze longues ann\u00e9es, il recouvrit la tapisserie de sa toile, marcha vers l\u2019ouverture du mur de sa chambre qui faisait office de fen\u00eatre, se dirigea vers son lit puis se coucha. En s&rsquo;endormant, il repensa aux campagnes \u00e9piques qu\u2019il avait men\u00e9es dans le temps, \u00e0 l\u2019Empereur et \u00e0 la maison Bonaparte, \u00e0 la charge des cuirassiers et \u00e0 celle des dragons, \u00e0 la grenaille et \u00e0 l&rsquo;enivrante odeur de la poudre br\u00fbl\u00e9e qu\u2019il avait tant aim\u00e9e.<br><br>_____________<br>Ill., Vanimmerseel<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Des ann\u00e9es de veille&nbsp;\u00bb, une nouvelle \u00e9crite par Yann Smith ___________________ Lyc\u00e9e Fran\u00e7ais Vincent Van Gogh \u2013 La Haye \u2013 Pays-BasProfesseur r\u00e9f\u00e9rent : \u00c9ric Ballet ____________________ \u201cJe me sentais de la race de ces veilleurs chez qui l\u2019attente interminablement d\u00e9\u00e7ue alimente \u00e0 ses sources puissantes la certitude de l\u2019\u00e9v\u00e9nement.\u201d Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes Le soleil venait de se coucher sur les \u00celes de la Petite Terre, perdues au large de la Guadeloupe. 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