{"id":2082,"date":"2021-05-29T01:53:17","date_gmt":"2021-05-28T23:53:17","guid":{"rendered":"https:\/\/afpeah.fr\/?p=2082"},"modified":"2023-06-22T19:21:36","modified_gmt":"2023-06-22T17:21:36","slug":"loiseau-de-proie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afpeah.fr\/index.php\/2021\/05\/29\/loiseau-de-proie\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0L\u2019Oiseau de proie\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote is-style-default\"><blockquote><p>Prix de l\u2019Afpeah 2021<br>Cat\u00e9gorie Lyc\u00e9e<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>          De tous les Cieux, Circ\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rait se perdre dans ceux de l\u2019envie. Immensit\u00e9 profonde et sauvage qui la prenait aux tripes. Le vent de la fi\u00e8vre la saisissait alors, elle en savourait la violence et tout se battait dans ses entrailles br\u00fblantes.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle n\u2019\u00e9tait qu\u2019une b\u00eate, Circ\u00e9, un oiseau de proie au bec aiguis\u00e9. Ses plumes frissonnaient d\u2019une pulsion avide, elle r\u00eavait d\u2019un monde d\u2019hommes. Le soleil la frappait d\u2019une \u00e9treinte brute. Rages d\u2019un univers o\u00f9 le ciel lourd imposait un bleu lassant, \u00e0 perte de vue, qui d\u00e9vorait les horizons d\u2019une \u00eele d\u00e9serte. Les relents de terre battue envahissaient les environs et l\u2019odeur persistait jusque dans les bois sombres et \u00e9pais.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De rares nuages la ber\u00e7aient dans une douceur morne, l\u2019\u00e9tourdissaient de mille perles d\u2019eau. Aucun plus beau bijou pour orner ses ailes. Terrible faucon, Circ\u00e9 r\u00e9gnait sur le palais d\u2019arbres et de roches. Seul son d\u00e9sir savait l\u2019animer d\u2019un rire exalt\u00e9. Un rire humain. Le faucon avait appris les mots d\u2019une esp\u00e8ce d\u00e9licieusement \u00e9trang\u00e8re, ils tranchaient au c\u0153ur de la solitude. L\u00e0, sur son \u00eele d\u00e9serte, elle contemplait les arbres depuis les airs.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors que les nuages tombaient par milliers sur des jours semblables, Circ\u00e9 \u0153uvrait dans l\u2019ombre. M\u00e9tamorphose d\u00e9sir\u00e9e. Un poison l\u2019habillerait de l\u00e8vres, de pas en course, de doigts dansants, d\u2019un corps de femme fi\u00e8re. Elle cultivait sa magie et s\u2019appr\u00eatait \u00e0 accomplir son enchantement. Et le temps coulait, elle en savourait les vagues, le ciel exhalait un sang plus pur \u00e0 chaque mort du soleil, la mer roulait sur un rivage insatiable.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Soudain, la pleine lune hanta le noir. Le breuvage de Circ\u00e9 luisait, visqueux et sombre, sous la frappe d\u2019un filet de lumi\u00e8re. Le doute l\u2019impr\u00e9gna : elle ne savait plus si elle voulait le boire. Elle, Circ\u00e9, si fi\u00e8re, se transformerait-elle en humaine ? Passerait-elle sa vie \u00e0 lorgner son reflet pour contempler l\u2019effet de sa m\u00e9tamorphose ? S\u2019arracherait-elle le visage pour l\u2019admirer sans la surface trouble de son reflet, le trouerait-elle d\u2019ongles pour en savourer le sang, extirperait-elle ses yeux pour leur offrir la vision de sa chair ? Elle entendait ses cris de femme, sortant d\u2019un corps d\u2019oiseau, mais elle ne profiterait jamais de se voir. Non, abandonner sa condition de rapace ne la satisferait pas. Il fallait un autre humain pour habiter son d\u00e9lire : elle pourrait alors d\u00e9visager l\u2019homme tout \u00e0 loisir.<\/p>\n\n\n\n<p>         Ulysse passa, oiseau migrateur errant sans trouver sa place. Il poussait l\u2019air d\u2019ailes immenses qui pleuraient des plumes. Circ\u00e9 voulait effacer cette fragilit\u00e9. La joie joua dans ses yeux lorsqu\u2019elle se pr\u00e9cipita vers lui et offrit sa potion. Un message br\u00fbla son bec, sa volont\u00e9 se fondit en magie puissante :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; J\u2019aime l\u2019Homme. Rejette pour moi ces plumes blanches et pures. Je refuse leur frisson. Elles ne servent qu\u2019\u00e0 orner les mains de l\u2019humanit\u00e9 r\u00eavant d\u2019habiter une feuille blanche de folie d\u2019encre. Que ton c\u0153ur m\u2019\u00e9treigne\u2026 Je veux te donner des jambes \u00e9tir\u00e9es, des ailes en doigts, des bras qui s\u2019emm\u00ealent et un visage d\u2019\u00e9motions. Que l\u2019amour torde tes traits, que tu r\u00e9pondes \u00e0 mes d\u00e9sirs, je suis tomb\u00e9e amoureuse de l\u2019humanit\u00e9 et rien ne peut assouvir ma soif ! Tu seras l\u2019Homme que je pourrai contempler.<\/p>\n\n\n\n<p>         La m\u00e9tamorphose s\u2019op\u00e9ra sur Ulysse. Cette b\u00eate g\u00e9ante souleva sa carcasse et se r\u00e9v\u00e9la \u00e0 la lumi\u00e8re. Les yeux \u00e9carquill\u00e9s, Ulysse observa son poignet veineux qui pulsait d\u2019un sang \u00e9trange. Au milieu de la clairi\u00e8re d\u00e9serte, ses narines d\u00e9voraient la fragrance de la pluie prochaine, cocon d\u2019humidit\u00e9 sur sa peau picotante. Quoi, on l\u2019avait dot\u00e9 d\u2019humanit\u00e9 ? Qu\u2019\u00e9taient donc ces deux trompes rondes pouss\u00e9es de ses ailes ? Et cette chair mise \u00e0 nue, ridicule et beige ? Des larmes roul\u00e8rent sur sa barbe, une voix caverneuse suinta de sa langue.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;Enchanteresse, sorci\u00e8re, qu\u2019as-tu fait de mon voyage c\u00e9leste ? J\u2019ai donn\u00e9 ma vie \u00e0 une longue errance, une migration infinie. M\u2019arr\u00eateras-tu sur une \u00eele sans que je trouve la demeure de mon repos ? Aucun compagnon ne vient partager mes pleurs. Pourquoi moi et non ces milliers de mornes sternes arctiques qui parcourent le ciel sans se soucier du paysage, \u00e9bahies par la peur d\u2019\u00eatre d\u00e9vor\u00e9es ? Que la ruse me vienne en aide, que les Dieux me prot\u00e8gent ! Je refuse cette histoire, donne-moi plut\u00f4t les mots du courage. Je refuse ce mythe distordu qui m\u2019enl\u00e8ve les ailes ! Enchanteresse, je te maudis.<\/p>\n\n\n\n<p>      Circ\u00e9 secoua la t\u00eate, son bec cal\u00e9 contre la branche d\u2019un myrte. Une telle peine, exsud\u00e9e par la voix d\u2019un oiseau devenu homme, transper\u00e7ait son petit c\u0153ur mauvais. Elle voulait d\u00e9couvrir le sourire de l\u2019\u00catre, pourquoi se bornait-il \u00e0 recracher sa tristesse ? Une \u00e9motion trop morne pour des yeux \u00e9tincelants.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;Ulysse, je suis D\u00e9esse, cria Circ\u00e9. J\u2019ai pris \u00e0 H\u00e9lios, mon p\u00e8re, les entrailles br\u00fblantes ; j\u2019ai vol\u00e9 \u00e0 ma m\u00e8re les fonds obscurs de l\u2019Oc\u00e9an. Je suis un oiseau d&rsquo;oppos\u00e9s, les contradictions m\u2019abreuvent. Eh bien, je b\u00e9nis la forme changeante et sous toutes ses ombres ; la m\u00e9tamorphose ! Ne cherche pas dans mes passions une loi interne, mon esprit se tord et change de rythme. Tout se bat, je veux retrouver l\u2019incoh\u00e9rence dans le monde qui s\u2019\u00e9tend devant moi. Ne te semble-t-il pas trop calme ? Sait-il vraiment te satisfaire ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je pleurerai tes larmes, je te supplierai de sourire, peut-\u00eatre que je r\u00e9pondrai \u00e0 tes d\u00e9sirs, mais je suis criminelle. Tu voudras me tuer, je voudrai m\u2019unir \u00e0 ton humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je t\u2019ai fait Homme parce que je veux voir cette esp\u00e8ce changeante, qui d\u00e9rive vers des horizons aussi sombres que les miens. Mon bec pleut sur les proies pour alimenter ma faim de morts, les Hommes font pleuvoir des bombes. Je r\u00e8gne sur les cieux, ils hantent la terre. Je perce les nuages, ils d\u00e9truisent les for\u00eats. Et parfois, ils rient. Pourquoi ont-ils invent\u00e9 d\u2019autres mots pour cacher ce cri de l\u2019humanit\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je d\u00e9clare ma flamme \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 que je t\u2019ai offerte ! Tu te consumeras de la m\u00eame ardeur que moi.<\/p>\n\n\n\n<p>       Paniqu\u00e9, Ulysse per\u00e7a ses l\u00e8vres de ses dents nouvelles. La douleur l\u2019ancra au pr\u00e9sent, le go\u00fbt m\u00e9tallique du sang impr\u00e9gna sa gorge. Ses jambes tremblantes c\u00e9d\u00e8rent. L\u2019homme observa l\u2019oiseau de proie et douta d\u2019avoir un jour appartenu \u00e0 une esp\u00e8ce si vicieuse. Pourtant, il pleura ses ailes disparues de sterne arctique.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;Et tu me voles le ciel pour assouvir tes d\u00e9sirs ? balbutia Ulysse. Tu couleras toujours ton corps dans les vents de Z\u00e9phir, frissonnante sous la caresse qui s\u2019insinuera jusque dans ta peau. Tu te gaveras des couleurs les plus vives, tu \u00e9pouseras les traits de l\u2019\u00e9cume et tes serres joueront avec les \u00e9clats de sel. Tu oses m\u2019enlever \u00e7a pour m\u2019empoisonner d\u2019humanit\u00e9 ? Tu m\u2019offres les rages d\u2019un monde saign\u00e9, bafou\u00e9, bafouill\u00e9. Fouiller les ruines souill\u00e9es, ruiner les fous. J\u2019ai vu la guerre ! Je sais ce que les hommes peuvent faire ; arracher des enfants, bombarder et se nourrir de douleurs. S\u2019\u00e9triper pour un or si laid qu\u2019il n\u2019imite pas m\u00eame les couleurs d\u2019un coucher de soleil. Sauve-moi, Circ\u00e9 ! Offre-moi un contre-filtre et je redeviendrai oiseau !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je n\u2019en ai plus, dit le faucon. Plus de r\u00e9serve. Ce mythe ne veut pas t\u2019en donner. Cherche dans une autre histoire !<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, il secoua la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>-Je te hais ! Je cacherai mon visage et mon corps pour que tu n\u2019aies jamais la satisfaction de me contempler. Je fuirai sur un bateau, oui, fendrai les troncs, je le b\u00e2tirai de <em>ces<\/em> mains. Je perp\u00e9tuerai la destruction des arbres, mais je me soustrairai \u00e0 cette \u00eele de beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>       Alors il construisit. Les \u00e9pines s\u2019enfon\u00e7aient dans ses doigts, ses bras c\u00e9daient au poids du bois, mais il pers\u00e9v\u00e9ra dans la construction de son temple au voyage. Un bateau immense, qui le guiderait dans la continuit\u00e9 de son errance. Un an passa sans qu\u2019il cess\u00e2t son travail. Circ\u00e9 l\u2019observait, les yeux frissonnants, enivr\u00e9e \u00e0 la vue de cette puissance.<\/p>\n\n\n\n<p>        Le printemps arriva enfin et l\u2019\u00e9cume s&rsquo;apaisa pour ne r\u00e9v\u00e9ler que le ventre rid\u00e9 de la mer. Le navire s\u2019\u00e9tendait dans toute sa splendeur, un trois-m\u00e2ts \u2013&nbsp;un simple radeau aurait-il satisfait Ulysse ?<\/p>\n\n\n\n<p>        Effray\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que Circ\u00e9 le suive jusque dans sa qu\u00eate, il s\u2019\u00e9vertua \u00e0 chasser chaque rat et souris des couloirs de bois sombres. Les corps minuscules se d\u00e9battaient entre ses doigts, leurs dents s\u2019enfon\u00e7aient dans sa chair. Il pers\u00e9v\u00e9ra. Lors du voyage, la faim chasserait peut-\u00eatre l\u2019enchanteresse apr\u00e8s des jours sur mer \u00e0 guetter les rongeurs de la calle\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les parasites revenaient sans cesse et la d\u00e9termination de Circ\u00e9 demeurait.<\/p>\n\n\n\n<p>      Un jour, Ulysse se retourna vers le faucon enfonc\u00e9 dans le c\u0153ur creux d\u2019un arbre, les mouvements entrav\u00e9s par la petitesse de son nid. L\u2019homme tenait une pierre et son bras arm\u00e9 s\u2019appr\u00eatait \u00e0 la jeter contre l\u2019oiseau. Ses muscles tremblants, pr\u00eats au lancer, mena\u00e7aient de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>La terreur s\u2019insinua en Circ\u00e9. Paniqu\u00e9e, elle supplia :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;Ne me tue pas, ne me tue pas !<\/p>\n\n\n\n<p>Ulysse se ravisa. Grave, il baissa son large front.<\/p>\n\n\n\n<p>-Si je te sauve la vie, ce n\u2019est que parce que tu repr\u00e9sentes l\u2019Oiseau, cracha l\u2019homme. J\u2019ai trop de respect pour ton esp\u00e8ce qui me fuit d\u00e8s que j\u2019approche, tu es la seule t\u00e9m\u00e9raire \u00e0 te confronter \u00e0 moi. Mais je veux que tu me jures par le Styx que tu ne hanteras pas mes jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Circ\u00e9 acquies\u00e7a, tremblante. La voix rocailleuse d\u2019Ulysse r\u00e9sonnait en elle. H\u00e9b\u00e9t\u00e9e, elle s\u2019entendit lui dire :<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Je te laisserai partir, je le jure par le Styx\u2026 Je ne te ferai plus aucun mal. J\u2019abandonnerai mes d\u00e9sirs et j\u2019offrirai \u00e0 mes jours une mort fade, prise dans les mailles de l\u2019ennui. Mais avant ton d\u00e9part, je veux avoir d\u00e9couvert toute la splendeur que tu as \u00e0 m\u2019apporter : laisse-moi te toucher de mes serres. Je sentirais ta chair chaude pour lui faire mon adieu et je savourerais cette derni\u00e8re \u00e9tranget\u00e9. Je veux ressentir ta puissance. Je pourrai mourir, apr\u00e8s, je n\u2019aurai plus \u00e0 rien regretter ! Je t\u2019en supplie, entends ma voix tremblante\u2026 acc\u00e8de \u00e0 ma demande !<\/p>\n\n\n\n<p>       Une peur folle de solitude l\u2019enserrait. Elle retrouverait le silence, oui, ce chant assourdissant, mais pas avant d\u2019avoir dit son adieu \u00e0 l\u2019\u00eatre qu\u2019elle admirait tant. Elle ne craignait plus son futur si elle pouvait go\u00fbter avant \u00e0 tout ce que la vie pouvait lui apporter. Circ\u00e9 pourrait alors se noyer de nouveau dans son quotidien de b\u00eate, les souvenirs de l\u2019Homme ancr\u00e9s dans sa m\u00e9moire. L\u2019\u00e9cho d\u2019Ulysse continuerait de r\u00e9sonner en elle quand il quitterait cette \u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>       Hochant la t\u00eate, il s\u2019approcha d\u2019elle. Son ossature fine roulait contre sa peau. Avide, elle absorbait le moindre d\u00e9tail de cette figure \u00e9paisse. De longues cicatrices couraient le long de ses joues r\u00eaches, sa barbe sauvage coulait jusque sur son cou rougi par le soleil. Et ses serres de chair, des doigts, effleur\u00e8rent le plumage fier de Circ\u00e9 minuscule face \u00e0 lui. Le sang pulsait au creux de la paume. Elle ressentit la pression sur ses griffes lorsqu\u2019il les serra pour la retenir.<\/p>\n\n\n\n<p>       Oh, qu\u2019importait qu\u2019il lui agripp\u00e2t les ailes, \u00e9treint par un \u00e9lan de rage ! Une douleur sourde la saisit. L&rsquo;homme affermit son emprise, la col\u00e8re contenue un an durant bouillait dans son c\u0153ur et ressortait par \u00e9clats de violence. Maigre vengeance, il porta Circ\u00e9 entre les arbres pour atteindre les entrailles de l\u2019\u00eele : sa for\u00eat sauvage. Elle n\u2019essaya pas m\u00eame de se d\u00e9battre. Il s\u2019en irait apr\u00e8s, port\u00e9 par la brise, reste mis\u00e9rable de la libert\u00e9 qui l\u2019avait toujours saisi aux tripes. Il emprunterait son bateau et continuerait seul son long voyage. Sans Circ\u00e9, et il s\u2019en assurerait.<\/p>\n\n\n\n<p>       Ulysse enferma le corps tremblant de l\u2019enchanteresse entre des barreaux, palais minuscule pour un oiseau du ciel qui avait trop aim\u00e9. Sa solitude la reprendrait de plein fouet. Avait-elle seulement accumul\u00e9 assez de souvenirs ?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8211; Tu m\u2019enfermes dans une cage de chair, je t\u2019enferme dans une cage de fer, l\u00e2cha-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors, il laissa l\u00e0 l\u2019oiseau d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour prendre l\u2019oc\u00e9an et d\u00e9verser sa haine sur les flots sal\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-medium-font-size\"><br><br><strong><em>Salom\u00e9 FRISCH<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><br><em>Lyc\u00e9e Racine, Paris. <br>Professeur r\u00e9f\u00e9rent : Delphine Garnaud.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prix de l\u2019Afpeah 2021Cat\u00e9gorie Lyc\u00e9e De tous les Cieux, Circ\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rait se perdre dans ceux de l\u2019envie. Immensit\u00e9 profonde et sauvage qui la prenait aux tripes. Le vent de la fi\u00e8vre la saisissait alors, elle en savourait la violence et tout se battait dans ses entrailles br\u00fblantes. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle n\u2019\u00e9tait qu\u2019une b\u00eate, Circ\u00e9, un oiseau de proie au bec aiguis\u00e9. Ses plumes frissonnaient d\u2019une pulsion avide, elle r\u00eavait d\u2019un monde d\u2019hommes. Le soleil la frappait d\u2019une \u00e9treinte brute. 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