« Minotaure -M800 » Genèse d’une écriture collective

« Minotaure -M800 » Genèse d’une écriture collective


Ecriture collective autour du mythe du Minotaure
Classe de 6e1 – Collège Françoise Dolto – 52800 Nogent
Professeur de lettres classiques : Madame Richalet
Co-intervenante en Accompagnement Personnalisé : Mme Monnet, professeur de lettres modernes

Septembre 2019 : Annonce de la participation au concours dès la réunion de rentrée pour les 24 élèves de la classe.

Tous les travaux ont été réalisés en classe, durant l’heure hebdomadaire d’accompagnement personnalisé en français. Nous avions la chance cette année d’être deux à intervenir sur le même créneau. Cela a permis de moduler les prises en charge (classe entière ou demi-groupes).

Dans le cadre la séquence « Monstres et héros », une première recherche de vocabulaire est menée. Comment décrire un monstre antique ? Quels sentiments inspire-t-il au héros qui l’affronte ? Travaux en groupes (4 élèves). Réalisation de deux « nuages de mots ».

Lecture intégrale en classe de l’album d’Yvan Pommaux, Comment naissent les légendes? Thésée.
La réflexion s’engage sur la transposition du mythe dans le cadre du concours. Un premier vote rapide impose un décalage dans le futur.

Travaux de groupes pour sélectionner les éléments du mythe et les personnages (à partir de l’album d’Yvan Pommaux et des connaissances acquises durant les recherches documentaires.) Les informations sont soumises à l’oral et collectées par le professeur.
Lors de la séance suivante, une fiche est distribuée aux élèves pour les aider à enrichir leurs propositions. Après un moment de réflexion individuelle, mise en commun de leurs idées par groupes de quatre.

Dès cette séance, les premiers contours de l’histoire se dessinent :

Les planètes sont présentes, le bateau volant est également là, le bouclier noir qui remplace la voile, le passé qui se recoupe avec le futur, le mythe dans le mythe (comme dans l’album de Pommaux, le point de départ étant dans le présent et des archéologues racontant la légende à partir d’un fragment de vase).

Durant la séquence Monstres et héros, les élèves ont également lu en classe des extraits d’Hésiode (combat de Zeus contre Typhon), et d’Ovide (Cadmus contre le dragon et Persée sauvant Andromède du dragon).

Leur lecture cursive de cette période est axée sur les monstres de la mythologie. Présentation de leurs découvertes dans leur carnet de lecteur/spectateur.

Un travail a été mené autour du vocabulaire du combat (armes et verbes d’action).

Janvier – Février 2020 : Etude intégrale de l’Odyssée d’Homère en classe.

Travail sur le vocabulaire de la navigation et les bateaux dans l’antiquité : Ulysse n’a probablement jamais navigué sur ce genre d’embarcation, mais la trirème marque les esprits.

Parallèlement en accompagnement personnalisé : Recherches documentaires sur les dieux grecs, leurs fonctions, leurs attributs.

Et lancement de la phase d’écriture: Les élèves sont répartis en 8 groupes de 3 (répartition par le professeur pour équilibrer les forces et les faiblesses)

Une fiche de synthèse et un rappel du sujet sont à disposition des élèves dans leurs pochettes de groupes durant toute la phase d’écriture. Les élèves ont choisi de modifier légèrement le nom des personnages.

Pour nourrir leur imaginaire, je propose également aux élèves les illustrations suivantes :

Rapidement, après discussion en classe entière, le personnage d’Ariane disparaît, Pasiphaé n’est pas conservée.

Pour l’écriture collective, j’ai utilisé un éditeur de textes en ligne

https://www.unlivreapart.fr/

Ce site permet à un professeur d’inscrire ses élèves sans collecter d’informations personnelles.

J’ai préféré cet éditeur de textes en ligne à un pad traditionnel car chaque élève peut rédiger personnellement le texte, je peux demander une correction et une phase de vote permet aux élèves de choisir le meilleur extrait et de commenter leurs choix.

Le site propose une rédaction brute du texte sans mise en forme. Comme dans un traitement de textes, les fautes sont signalées, mais non corrigées ni suggérées. Les élèves essaient de résoudre les erreurs en groupe, si possible.

Un compteur permet d’indiquer le nombre de caractères et de mots. Cet élément a été déterminant dans la motivation des élèves et cela a créé une saine émulation entre les groupes. Ils ont vite compris que pour approcher des 12000 signes, il fallait se concentrer et être efficaces !

Le recours à l’éditeur de textes en ligne a donné confiance à certains élèves parfois bloqués dans le processus d’écriture : moins de découragement pour améliorer son texte (déjà saisi lors de la séance précédente) et le repérage des répétitions a été facilité. Enfin, au fil des semaines, l’absence de ponctuation par exemple et les fautes d’orthographe ont été plus vite repérées.

Pour guider l’écriture, je propose de rédiger le premier chapitre en fonction de trois questions.
1. Raconte dans quelles circonstances Aegus s’est fait enlever.
2. Explique comment Dédale a créé le Labyrinthe
3. D’où vient le Minotaure ? A quoi ressemble-t-il ?

Chaque membre du groupe est en charge d’une partie, les élèves s’organisent au brouillon et chacun tape ensuite son extrait. Ils doivent relire leur production pour que tout s’enchaîne correctement. Ils améliorent leur production la semaine suivante avec les conseils donnés.

Le professeur assemble les trois parties de chaque groupe, apporte les dernières corrections et soumet les productions au vote. Deux extraits arrivent à égalité.

Des choix sont opérés en classe pour conserver les meilleures parties et l’histoire évolue encore.

Guide pour le second chapitre :

4. Décris Theseus, puis raconte comment il apprend que son père a disparu. Où se trouve‐t‐il quand il décide de partir le sauver ?

5. Comment Theseus se prépare‐t‐il ? Quelles armes, quels équipements va-t-il utiliser contre le Minotaure? A‐t‐il déjà affronté des monstres ?

6. Décris précisément la navette spatiale en forme de bateau que Theseus va utiliser pour tenter de soustraire son père au Minotaure. Qui sont les 13 autres membres de l’équipage qui partent avec lui ?

Les élèves voulaient conserver les 14 victimes du Minotaure, mais dans l’évolution de l’histoire, ce détail n’a finalement pas été retenu. La messagerie H.E.R.M.E.S apparaît à ce stade.

Le procédé est identique au chapitre précédent : chaque membre du groupe choisit de rédiger un des paragraphes. Le professeur assemble les éléments, un vote est effectué et des améliorations sont proposées en classe entière.

Guide pour le dernier chapitre

7. Raconte le combat entre le Minotaure et Theseus dans le labyrinthe. (Donne des détails !!) Comment le vainqueur sort‐il du labyrinthe ?
Comment parvient‐il à sauver son père Aegus ?
Comment réussissent‐ils à s’échapper de la planète labyrinthe ?

Pendant leur fuite avec leur navette spatiale, ils sont poursuivis par les soldats de Minos qui attaquent leur vaisseau, Aegus est mortellement blessé… Theseus doit jeter le corps de son père dans une mer d’astéroïdes pour prendre le module de secours et se sauver…

Le matin même, le massacre des prétendants a été étudié en classe, la flèche qui transperce le cou d’un prétendant, le sang noir sur le sol et la tête qui roule dans le sable sont autant d’éléments qui se retrouvent dans leurs productions.

La mer d’astéroïdes s’est imposée dès les premières semaines, les élèves voulaient conserver le détail du mythe grec avec la mer Egée. Il fallait par conséquent qu’Aegus meure…

Chaque élève a rédigé le paragraphe du combat contre le Minotaure (cela faisait partie de leur évaluation finale). Voici six exemples de productions d’élèves (non-corrigées, rédigées en une heure)

Après fusion des textes sur le combat le Minotaure et Théseus, les dernières améliorations ont lieu en classe entière.

Les années intergalactiques, le nom du Minotaure qui reprend une partie du code postal de leur ville apparaissent.

Il fallait trouver une raison pour expliquer la colère de Minos : comme dans le mythe d’origine, la mort accidentelle de son fils conduit à l’enlèvement d’Aegus.

La fin s’imposait également avec le rappel au mythe d’origine.

Au total, ce sont sept heures d’accompagnement personnalisé axées sur les recherches et la rédaction qui ont été consacrées à la nouvelle, auxquelles se sont ajoutées cinq heures de réflexion et d’amélioration en classe entière.

Chaque élève a rédigé au minimum trois paragraphes complets (certains de plus de 2000 caractères en une heure). Le travail a vraiment été collectif et même les élèves en difficultés ont vu au minimum une de leur proposition ou une phrase intégrée dans le texte final.

Au retour des vacances de printemps, les élèves devaient avec leur professeur d’Arts Plastiques réaliser des illustrations et une couverture pour leur nouvelle. Malheureusement la situation sanitaire n’a pas permis de mener à bien cette dernière étape.

Ce projet a été passionnant pour les élèves, ils attendaient avec impatience l’heure de rédaction, ce qui, il faut bien le dire n’est pas courant !

Caroline Richalet

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